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La dette
Gumucio Rafael ; Hausberg Bertille
METAILIE
22,00 €
Épuisé
EAN :9782864248910
Il avait passé pratiquement toute sa vie d'adulte caché derrière une épaisse barbe noire. À vingt-deux ans, jeune marié et exclu de l'université, un dossier qui jouait contre lui, Fernando Giron sentait avec une urgence absolue que son apparence devait être menaçante, sérieuse, convaincue, adulte et profonde. Sans y réfléchir, il laissa pousser une barbe faussement négligée comme celle des hippies dans les films ou des guérilleros cubains sur les tracts ou encore celle des grands personnages du XIXe siècle dans les livres d'histoire. D'ailleurs, dans le pays où il était parvenu à l'âge d'homme, le Chili des années 80, il était courant dans son groupe d'amis de cacher sa bouche derrière un voile funèbre, d'observer une pause prudente avant toute prise de position, d'esquisser un demi-sourire caché avant de savoir s'il y avait assez d'espace pour parler sans être épié. En ce matin d'été, Fernando décide cependant de renoncer à ce joker et de jouer avec ses propres cartes. Une paire de ciseaux, deux rasoirs et Fernando se découvre soudain païen, adulte, enfant et soldat romain prêt pour la bataille. Un visage de poster, de couverture de livre et même de héros. Il continue donc à se regarder complaisamment dans la glace quelques secondes de plus. Et si, comme dans le film des Pink Floyd, il se rasait entièrement les cheveux, les sourcils et la poitrine? Il se sent doucement honteux à cette idée. Tous les connards vont penser que j'ai un cancer, se dit-il. Ce sont les vieux prétentieux qui se rasent le crâne quand ils commencent à devenir chauves. C'est bon pour les pédés de se regarder aussi longtemps dans la glace, se reproche-t-il finalement sans bouger d'un centimètre du champ du reflet. Mais son regard tombe ensuite sur le nuage de poils noirs qui couvre le lavabo immaculé et il n'est plus aussi sûr de rien. L'image avait quelque chose de sinistre, de dur, d'irréparable. Un je ne sais quoi de funeste, aurait dit un écrivain. Des poils, ses poils pareils à des pattes d'araignée, une horreur muette, quelques poils blancs rageurs, des poils intensément noirs sur un lavabo intensément blanc. C'est bon, connard, décide-t-il. Ça commence à devenir pathologique. Il rase quelques poils rebelles sur ses joues, humidifie le résultat et juge son visage plus ouvert, plus jeune mais pas tant que ça, correct, frais, décidé. En sortant de la cabine pour se rendre à la plage où l'attend sa femme en bikini noir, il oublie totalement son nouveau visage aussi vite qu'il avait oublié l'ancien. Il se rappela son visage nouvellement rasé au bureau, le jour de la reprise du travail après les vacances. Le pauvre, j'aurais dû le prévenir, pensa-t-il en croisant Juan Carlos Riquelme, son comptable, qui arborait une barbe identique à celle que Fernando venait d'éliminer de sa vie. Non seulement la barbe de Juan Carlos mais aussi ses vêtements, ses manières, sa démarche et sa façon de rouler les r étaient ceux de Fernando. Tout comme les autres, là-bas, dans le bureau de la production, qui copiaient ses chaussures, ses cheveux décoiffés et même sa montre avec son bracelet en peau de porc. Fernando baissa la tête et les yeux, honteux du ton condescendant pour ne pas dire profondément marqué par l'esprit de classe de ses réflexions, ce ton qu'il avait appris de sa femme et qui, chez elle, sonnait de manière parfaitement naturelle.
Cercas Javier ; Grujicic Aleksandar ; Louesdon Kar
Résumé : Un Javier Cercas "athée, anticlérical, laïc militant, rationaliste obstiné, impie rigoureux" , se voit proposer par le Vatican d'accompagner le pape dans un voyage officiel. L'écrivain accepte à la condition de disposer de cinq minutes seul avec François pour pouvoir lui poser la seule question qui vaille - une promesse faite à sa mère : est-il raisonnable de croire à la résurrection de la chair et à la vie éternelle ? Et voilà le fou sans Dieu, guidé dans les méandres de la curie romaine par des "Avengers" en soutane, qui embarque le 31 août 2023 à bord de l'avion qui conduit le divin aréopage en Mongolie. Un roman sans fiction qui pourrait aussi bien être un incroyable thriller sur le plus grand mystère de l'histoire de l'humanité.
Sepúlveda Luis ; Concejo Joanna ; Maspero François
Aux millions de lecteurs qui ont lu ce roman de Luis Sepúlveda, il reste le souvenir limpide d'une histoire parfaitement racontée. Juste ce qu'il faut de mots pour dire la vie d'Antonio José Bolivar Proano, vieil homme rodé aux a risques de la jungle, lecteur balbutiant malgré son âge, mais passionné. Mais voilà que l'imprudence et la bêtise de quelques gringos l'obligent à refermer ses livres pour aller traquer - à contrecoeur - un fauve qui rode non loin du village... A la mine de plomb et aux crayons de couleur, Joanna Concejo vient y ajouter une infusion forte de jungle, de fleuve et de pluie, qui colle à la peau et à l'âme. Et sur cette toile intensément verte et détrempée, une constellation de corps et d'objets. Avec une minutie époustouflante.
Le Petit est l'histoire d'un enfant qui ne rentrera plus jamais de l'école : la chaudière de l'établissement a explosé - cela s'est produit dans une bourgade de Biscaye, le 23 octobre 1980. Toute une classe d'âge (les 5 à 6 ans) a péri. L'auteur est entré à pas feutrés dans la maison de l'un d'eux. Deuil et courage, illusoire reconstruction, impossible oubli. Pour son grand-père, "le petit" vit à jamais. Le chagrin est monté au ciel : "l'aéronef se perd à l'intérieur d'un nuage. Où peut-il bien se rendre ? On murmure (...) que cinquante enfants sont à bord et que c'est une maîtresse qui pilote ; à ses côtés, le copilote est un instituteur. La cuisinière de l'école, elle, déambule le long du couloir, entre les sièges, et joue le rôle d'hôtesse de l'air. Elle s'occupe des petits, leur caresse la tête, leur chante des chansons de l'époque où elle-même était gamine. Ils sont tous morts." Un éclair de joie illumine l'esprit embrumé du vieil homme. On a dû mal compter. Ils ne sont que quarante-neuf fantômes à bord de l'avion. Son "petit" est sauf.