Une approche transversale souvent inédite qui permet de nourrir la pratique historienne et offre notamment aux jeunes chercheurs et étudiants en formation le moyen de mieux situer l'état de la recherche en histoire de la médecine et de la santé aujourd'hui. Sans souci d'exhaustivité, ce numéro propose plusieurs manières d'écrire l'histoire de la santé aujourd'hui. Il interroge la place des historiens par rapport aux autres disciplines (Léo Bernard et Hélène Leuwers). Il suggère ce que serait un musée idéal d'histoire de la médecine (Nahema Hanafi, Hervé Guillemain, Hélène Leuwers) après avoir dressé un panorama muséographique subjectif et néanmoins assez exhaustif de ce type d'institutions (Nahema Hanafi). Il questionne les manières d'écrire l'histoire de la santé autour des études de cas (Sophie Vasset et François Zanetti) et du point de vue des premiers concernés, les malades (Claire Barillé et Philip Rieder). Il interroge les liens entre histoire de la médecine et histoire des sciences en proposant un décloisonnement des histoires disciplinaires à travers une histoire des médecins (Elisa Andretta et Rafael Mandressi). Ces articles permettront par leur approche transversale souvent inédite de nourrir la pratique historienne et offriront notamment aux jeunes chercheurs et aux étudiants encore en formation le moyen de mieux situer l'état de la recherche en histoire de la médecine et de la santé aujourd'hui.
Résumé : L'approche psychiatrique de nos humeurs et de nos souffrances paraît ne plus avoir de limites, ce dont témoigne l'extraordinaire impact du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), dont la cinquième version vient tout juste d'être publiée aux Etats-Unis. Sous la permanente reconfiguration des catégories pathologiques, peut-on saisir les tendances contemporaines à l'oeuvre ? Signalent-elles une médicalisation accrue des états d'âmes ou, au contraire, une forme de déprise médicale laissant toute sa place aux interventions des patients et des acteurs sociaux dans la définition de la maladie mentale ? Sommes-nous devenus les acteurs de notre folie, les entrepreneurs de nos problèmes mentaux ? Il semble qu'il soit devenu de plus en plus difficile d'échapper à l'emprise du "domaine psy". En s'appuyant sur une remise en perspective historique et des éclairages sur notre époque, les articles de ce volume décrivent les interactions entre le patient, les définitions toujours mouvantes de la science et le regard que les sociétés portent sur la souffrance psychologique.
Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en "mieux." C'est ainsi qu'Emile Coué (1857-1926), pharmacien de son état, préconisait à chacun de s'adresser à lui-même pour commencer la journée. Autour de lui, un nouveau réseau de praticiens se développe dans les années 1920, héritier de l'hypnose thérapeutique, mais affirmant désormais le rôle central du sujet dans sa cure. Avant de faire son entrée dans le langage courant, victime de discrédit, la méthode Coué connut des heures de gloire entre la Première et la Seconde Guerre mondiale. La réputation internationale de Coué (véritable vedette aux Etats-Unis), l'attrait exercé par sa méthode auprès des anciens combattants, des milieux évangéliques et du public féminin, le regard plutôt bienveillant que porte sur elle la médecine: autant de réalités qui ne laissent pas a posteriori de surprendre, tout autant que l'accueil que lui réserve la psychanalyse naissante, ou les liens tissés avec des figures et des organisations du nationalisme conservateur français. En s'appuyant sur une confrontation de la méthode Coué avec l'histoire sociale, politique, religieuse et médicale, en la resituant dans un moment clé de l'histoire des psychothérapies, Hervé Guillemain analyse les ressorts d'un succès et les raisons d'un déclin.
L'histoire de la thérapie morale et psychologique des aliénistes et des psychologues doit bien davantage aux pratiques religieuses qu'on veut bien le croire.
Inventée vers 1900, la schizophrénie est devenue en cent ans la plus grande pourvoyeuse d'hospitalisations psychiatriques. Un objet récurrent d'intérêt médiatique également. L'appellation, stigmatisante, semble d'ailleurs amenée à disparaître des classifications mondiales. L'historien Hervé Guillemain s'est plongé dans les dossiers de milliers de patients. Pour écrire non pas l'histoire de la schizophrénie mais bien celle des schizophrènes, ce nouveau sous-ensemble de population qui réunit, sous l'égide de la science et de la clinique, aussi bien des domestiques en difficulté que des migrants confrontés à la crise ou de jeunes adultes aspirant à l'émancipation. Pourquoi et comment une maladie mentale naît-elle, évolue-t-elle et meurt-elle ? A ces questions, l'auteur répond en écoutant la voix de ceux qui furent les sujets et l'objet d'un épisode phénoménal du XXe siècle.
Les grottes de la Renaissance sont des constructions artificielles évoquant par leur architecture et leur décoration les cavernes naturelles, en se référant aux nymphées de l'Antiquité. Elles ont été bâties à l'intérieur de grandes demeures ou dans des pavillons isolés au milieu des jardins, d'abord en Italie puis dans toute l'Europe du Nord à partir du milieu du xvie siècle. Commande royale ou princière, ces grottes rivalisent par leur richesse ornementale : sculptures, rocailles, coquillages, jeux d'eaux... Des recherches récentes ont permis de redécouvrir quelques-unes des plus importantes réalisations en Allemagne, au Luxembourg, en France et en Italie. Les travaux de restauration menés par des architectes, les fouilles archéologiques, les études historiques conduites dans de nombreux fonds d'archives renouvellent nos connaissances sur ce sujet.