Devenu un classique depuis sa première édition dans la " Petite collection Maspero " en 1970, ce livre propose un choix raisonné de textes politiques et théoriques des grands noms de l'anarchisme. En les replaçant en perspective, Daniel Guérin a retracé l'aventure d'un mouvement politique et intellectuel dont la force de contestation n'a jamais faibli depuis sa naissance au XIXe siècle. Il offre un panorama complet, sur deux siècles, de la pensée anarchiste, en restitue la richesse, fait revivre les controverses qui l'animent. Daniel Guérin entend ainsi combattre le discrédit dont fut victime l'anarchisme, souvent réduit par ses détracteurs à une idéologie individualiste " réfractaire à toute forme d'organisation ".Cette anthologie présente d'abord le travail théorique des anarchistes du XIXe siècle à travers des textes de Stirner, Proudhon, Bakounine, Guillaume et Kropotkine. Sont ensuite dressés les portraits des grandes figures du mouvement à la fin du XIXe et au XXe siècle : Malatesta, Henry, Pelloutier, Voline, Makhno, Durruti. Enfin, l'auteur met en lumière le rôle intellectuel et politique des anarchistes pendant la révolution russe et la guerre d'Espagne.Table des matières : Avant-propos à l'édition de 1970Un précurseur : Max Stirner (1806-1856)Les faux principes de notre éducationL'Unique et sa propriété (1843)AnticritiquePierre-Joseph Proudhon (1809-1865)La propriété, c'est le volLe système des contradictions économiquesProudhon dans la Révolution de 1848Manifeste électoral du PeupleDu principe d'autoritéProudhon et les candidatures ouvrières (1863-1864)Contre le " communisme "Michel Bakounine (1814-1876)Bakounine, par James GuillaumeQui suis-je ?Dieu et l'État (1871)La Société ou Fraternité internationale révolutionnaire (1865)Un fédéralisme internationalisteL'Église et l'ÉtatProgramme et objet de l'Organisation secrète révolutionnaire des frères internationaux (1868)Polémique avec MarxBakounine et Marx sur la CommuneBakounine sur l'autogestion ouvrièreLes premiers disciples de BakounineDes anticipations à l'action directe à la construction libertaireLa controverse entre César de Paepe (1842-1890) et Adhémar Schwitzguébel (1844-1895)De l'organisation des services publics dans la société futureLa question des services publics devant l'InternationaleJames Guillaume (1844-1916)Idées sur l'organisation sociale (1876)Pierre Kropotkine (1842-1921)L'idée anarchisteLe congrès de la Fédération jurassienne de 1880Déclaration des anarchistes accusés devant le tribunal correctionnel de LyonParoles d'un révolté (1885)L'anarchie : sa philosophie, son idéal (1896)Kropotkine dans la Révolution russeErrico Malatesta (1853-1932)Révolution et réactionL'anarchieMalatesta et les anarchistes au congrès de Londres (1896)Malatesta et le congrès anarchiste international d'Amsterdam (24-31 août 1907)Malatesta, l'Internationale anarchiste et la guerreUne lettre prophétiqueÉmile Henry (1872-1894)Lettre au directeur de la ConciergerieLes anarchistes français dans les syndicatsFernand Pelloutier (1867-1901)Émile Pouget (1860-1931)Les collectivités espagnolesProgramme de la fédération des collectifs d'Aragon (1937)Des exemples locaux de collectivisationLe décret de collectivisation de l'économie catalaneÉcrits de D.A. de SantillanVoline (1882-1945)La Révolution inconnueLes assises du " Nabat "Nestor Makhno (1889-1935)Le mouvement makhnovisteManifeste de l'armée insurgée d'Ukraine (1er janvier 1920)Programme-manifeste (avril 1920)Anarchisme et " makhnovstchina "Appel des " makhnovitsi " à leurs frères de l'Armée rougeCronstadt (1921)Résolution de la réunion générale du 1er mars 1921Le journal officiel de l'insurrectionLes anarchistes en prison (été 1921)L'anarchisme dans la guerre d'EspagneL'anarchisme en Espagne de 1919 à 1936La Révolution espagnole (1936)Durruti (1896-1936) et la guerre libertaireDurruti parleMiliciens, oui ! soldats, jamais !L'anarcho-syndicalisme au gouvernementTable
En 1932, Daniel Guérin était parti, sac au dos, pour comprendre le climat qui régnait en Allemagne. Traversant aussi bien les grandes villes que les villages, il y rencontra sur les routes nombre de jeunes chômeurs qui, faute de mieux, vagabondaient d'un endroit à l'autre. C'était "avant la catastrophe" de l'accession de Hitler au pouvoir. Il y retourna en 1933, "après la catastrophe" , rencontra des sympathisants hitlériens mais aussi des citoyens convaincus que le national-socialisme était une voie vers le socialisme, des militants ouvriers contraints à l'inaction, voire à la clandestinité, et constata la terreur qui s'installait, encadrant, guidant l'activité de toute la population. Il décrit une propagande national-socialiste démagogique et puissante. Ce livre est le récit de ces deux voyages et Daniel Guérin en tire les enseignements pour une gauche qui, majoritairement, se complaisait alors à sous-estimer ce qui se jouait en Allemagne. L'auteur nous livre à chaud son analyse du phénomène : une petite bourgeoisie atterrée et enragée par son déclin ; le plus puissant mouvement ouvrier d'Europe affaibli par un chômage massif, ses divisions et les carences de ses directions ; une grande bourgeoisie que la crise acculait à des solutions de force. A notre époque, quand prolifèrent les régimes autoritaires, quand sont exacerbées les différenciations ethniques et religieuses, quand en Europe prospèrent les nationalismes qui se nourrissent du sentiment d'abandon d'une large partie de la population, ces textes, à la fois alertes et pénétrants, sur la prise du pouvoir par les nazis sont riches d'enseignements. Cette réédition est enrichie de textes d'Alain Bihr et de Ludivine Bantigny, qui interrogent et proposent des pistes pour "éviter une nouvelle catastrophe" .
De toutes les doctrines sociales, l'anarchisme est la plus méconnue et la plus défigurée. Daniel Guérin s'est essayé, textes et faits à l'appui, à lui restituer son vrai visage. Des théories de Proudhon, Bakounine et Stirner jusqu'à la révolution russe et aux expériences contemporaines (révolution espagnole de 1936, Yougoslavie, Algérie), il confronte théorie et réalité, en montrant l'influence toujours vivante de la pensée libertaire anarchiste.
Depuis sa parution en 1946, cette interprétation nouvelle de la Révolution française n'a pas cessé d 'être commentée avec passion. Certains critiques ont prétendu, à tort, qu'elle travestissait une révolution bourgeoise - la révolution bourgeoise par excellence - en révolution prolétarienne alors que l'auteur avait seulement prétendu éclairer les embryons de révolution antibourgeoise que la révolution bourgeoise recélait dans ses flancs. D'autres ont injustement restreint le terrain couvert par l'étude en laissant croire qu'elle ne touchait qu'un seul aspect de la révolution, - les luttes sociales qui l'agitèrent - alors qu'elle aborde tous les problèmes économiques, militaires, diplomatiques, administratifs et philosophiques, posés par cette remise en question radicale de l'ancien ordre établi. C'est pourquoi, à cette nouvelle édition entièrement refondue, Daniel Guérin a ajouté, à titre de complément, les divers écrits qu'il a publiés sur la question depuis la première édition de cet ouvrage devenu classique.
De la fin des années 1990 jusqu'au milieu des années 2000, les mondes du cinéma, de la télévision, de l'art, de la mode et de l'édition s'enthousiasment pour le sexe explicite : c'est la période du " porno chic ". Durant cette poignée d'années, des cinéastes, hommes comme femmes, introduisent des scènes pornographiques dans leurs films. Des directrices de casting écument les clubs échangistes et les soirées BDSM. Les artistes inondent les galeries d'oeuvres pornographiques. Les marques font appel aux égéries de films pour adultes pour leurs campagnes de pub. Le public découvre, éberlué, l'arrivée de la téléréalité et le sexe en direct. Les textes explicites écrits par des femmes battent tous les records de vente. Il ne se passe pas une semaine sans qu'une star du X soit invitée sur un plateau TV. C'est ainsi que des mondes qui n'auraient jamais dû se côtoyer ont fini par fusionner. Ovidie a participé à cette parenthèse du porno chic, un moment charnière antérieur à internet qui a inspiré ce que les millenials nommeront plus tard la " culture porn ". Mais tout change en octobre 2017, lorsque #MeToo vient bouleverser nos regards en nous amenant à relire ces années à travers le prisme des discriminations sexistes et sexuelles. Et, pour une fois, l'industrie du X n'est pas la seule sur le banc des accusés. Car derrière la starification des actrices, il y a eu la stigmatisation, le jugement, le slut shaming. Dans cet ouvrage qui mêle récit intime et réflexions politiques, Ovidie décrypte ce mécanisme marquant au fer rouge les femmes qui, à un moment ou à un autre de leur vie, ont été sexualisées - et l'ont payé très cher.
La vie de Frantz Fanon se lit comme un thriller de la décolonisation et de la guerre froide. Elle est aussi un témoignage essentiel des bouleversements politiques et intellectuels du XXe siècle. Après avoir combattu dans les rangs de la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale, Fanon, jeune psychiatre martiniquais charismatique et talentueux, publie à 27 ans Peau noire, masques blancs , ouvrage prophétique qui s'imposera avec le temps comme un classique. Il approfondit son expérience clinique au centre hospitalier de Saint-Alban (Lozère), berceau d'innovations thérapeutiques qui marqueront profondément sa recherche d'une psychiatrie désaliénée au service des humiliés. Cette quête de la désaliénation, il la met à l'épreuve de la situation coloniale lorsqu'il est muté en Algérie, à la veille de la guerre de libération. Il s'engage corps et âme dans le combat anticolonial, d'abord à Tunis où il met ses compétences médicales au service du Front de libération nationale (FLN), puis comme ambassadeur itinérant du mouvement en Afrique subsaharienne. Fauché par une leucémie foudroyante au moment même où paraît son livre le plus célèbre, Les Damnés de la terre , Fanon meurt le 6 décembre 1961, laissant derrière lui une oeuvre qui suscite depuis soixante ans une multitude d'interprétations et d'appropriations créatrices dans le monde entier. Servie par la plume élégante d'Adam Shatz, cette biographie politique et intellectuelle s'impose comme un ouvrage de référence.
Partout en Europe, à l'abri des regards, les centres de rétention destinés à organiser l'expulsion des sans-papiers se multiplient. Au nom du contrôle des frontières, des milliers de personnes y voient leurs droits fondamentaux bafoués. Surmontant les difficultés d'accès à ces lieux, Louise Tassin est parvenue à enquêter au coeur et autour de ces dispositifs. Grâce à une immersion inédite dans des centres d'Ile-de-France et sur les îles de Lesbos et Lampedusa, elle livre un tableau vivant et documenté de cet enfermement de masse. Avec elle, on découvre qu'une partie du personnel en charge de la rétention a connu des trajectoires migratoires similaires à celles des " retenu. es ". Autrement dit : pas d'enfermement des étranger. es... sans l'appui d'une main-d'oeuvre immigrée précaire. Le contrôle des frontières est par ailleurs largement délégué à des acteurs privés (entreprises, associations, collectifs locaux), qui travaillent en coopération avec les fonctionnaires de police, quand ils ne s'y substituent pas. Quid de la responsabilité des Etats, des conditions d'enfermement, de la transparence des dispositifs dans ce contexte ? Les expériences des étrangères et des étrangers retenus résonnent d'un centre à l'autre et d'un pays à l'autre. Partout s'exprime le sentiment d'être injustement traités en criminels. Que fait la rétention à celles et ceux qui y sont placés ? Et comment l'existence de ces lieux façonne-t-elle les représentations de l'étranger ?
Nombreux sont les ouvrages qui retracent avec une ambition d'exhaustivité les caractéristiques du monde du travail et proposent une synthèse des acquis de la recherche. La démarche adoptée dans ce livre est différente. A partir de récits d'enquêtes, Christelle Avril, Marie Cartier et Delphine Serre explicitent les outils empiriques et conceptuels à mettre en oeuvre pour mener une étude sociologique du travail. Ce guide d'enquête est aussi un guide d'analyse des situations de travail et des pratiques des travailleurs. Dans cet ouvrage, loin d'être sacralisée ou déniée, la "théorie" est présentée de façon concrète. En effet, les auteurs mobilisent des enquêtes menées sur des métiers variés, depuis les ouvriers et les caissières jusqu'aux médecins, en passant par les violonistes et les boulangers. Les concepts prennent sens à l'épreuve des faits et les enjeux s'affinent au contact d'exemples concrets. Ces enquêtes sont toujours exposées en détail, afin d'offrir un accès privilégié aux coulisses du métier de sociologue, à ses méthodes, mais aussi aux multiples facettes des expériences de travail, passées et présentes. Ce guide s'adresse aux étudiants, aux chercheurs en sociologie ou en sciences sociales, mais aussi aux professionnels qui réfléchissent aux pratiques de travail. Les auteurs, toutes trois sociologues, y transmettent avec passion et pédagogie leur goût pour les enquêtes et les ficelles du métier. Il intéressera tous ceux qui souhaitent armer empiriquement et théoriquement leur réflexion sur le travail et les travailleurs.
Résumé : En 1894, Elisée Reclus est invité, à la suite des attentats qui ont frappé Paris, à défendre l'anarchisme. Avec une concision lumineuse, le géographe de renom en éclaire les principes et l'inscrit dans une longue tradition de contestation. Son "optimisme de la santé " , théorisé par François Bégaudeau dans une préface inédite, le conduit à concevoir progrès scientifique et progrès de l'humanité comme agissant de concert pour l'émancipation de l'individu. La liberté de penser qui se répand fait ainsi de tout un chacun un anarchiste "sans le savoir" .
Bookchin Murray,Gerber Vincent, Stevens Annick, Ar
Enfin traduit dans son intégralité en français, voici l?un des plus influents ouvrages de l?intellectuel étatsunien et une référence incontournable pour comprendre les origines théoriques de la notion d?écologie sociale. Pourquoi relire ou découvrir Murray Bookchin (1921-2006) aujourd?hui et plus particulièrement cet ouvrage de 1971 ? D?abord parce que c?est dans ce recueil de textes qu?il pose les premiers jalons de ce qu?il allait conceptualiser plus tard sous l?étiquette d?"écologie sociale". Mais surtout parce qu?on y trouve une verve utopique qui fait grandement défaut à l?heure actuelle, nous rappelant que d?autres voies sont envisageables pour définir les règles du vivre-ensemble. La société que Bookchin s?attelle à imaginer est un système économique fondé sur les concepts d?écologie sociale, de municipalisme libertaire et d?abondance. Cette abondance correspond à une société dans laquelle l?être humain a amplement les moyens de satisfaire ses besoins d?existence pour se consacrer à l?assouvissement de ses désirs réels. Précurseur sur le front des énergies renouvelables et des technologies permettant de réduire la pénibilité du travail, il y soutient que les sociétés post-industrielles ont le potentiel de muer en des sociétés d?abondance à même de favoriser l?accomplissement des potentialités sociales et culturelles latentes dans les éco-technologies. Dans ce recueil, Murray Bookchin combine sa vision anarchiste et écologiste avec les potentialités prometteuses d?une ère d?abondance. Dépassant l?économie politique marxiste, ancrée dans une ère de pénurie matérielle, Bookchin soutient que les outils nécessaires pour une auto-organisation de la société ont largement été développés et que, combinés avec la perspective écologique, ils ont grandement modifié le paysage révolutionnaire.
Il est temps de redécouvrir l'œuvre de Célestin Bouglé (1870-1940), non seulement parce qu'il fut l'un des sociologues majeurs de son époque, aux côtés de Durkheim, mais aussi et surtout en raison de son infatigable combat pour une République laïque et solidaire. Dreyfusard, vice-président de la Ligue des droits de l'homme, radical-socialiste engagé dans les combats politiques de son temps, éditorialiste influent à la Dépêche de Toulouse, Bouglé a exploré des thèmes qui restent encore d'une étonnante actualité, au moment où la question de la solidarité revient en force dans le débat public. Dans Les Idées égalitaires (1899) il explique comment, en Occident, se sont progressivement imposés les idéaux affirmant l'égale dignité de tous et la valeur éminente de l'individu. Il montre aussi que ces idéaux humanistes nourrissent les meilleurs courants de la gauche républicaine: Jaurès lui-même n'affirmait-il pas que le socialisme est un "individualisme", mais "logique et complet"? Car l'analyse de Bouglé est sous-tendue par un projet politique cohérent, dans une proximité affichée avec le socialisme républicain, dont les thèmes clés sont la laïcité, l'école publique, l'exigence d'une politique active de solidarité incarnée par la philosophie du "solidarisme". Lors de la grande vague néo-libérale des années 1980, le slogan: "Solidaire, si je veux!", exprimait bien un discours hostile aux politiques de solidarité, accusées de niveler les talents et d'étouffer la responsabilité individuelle. Au contraire, Bouglé montre que la doctrine sociale de la République est irréductible à ces caricatures : pour le solidarisme républicain, la possibilité pour chacun de s'affirmer dans sa singularité implique une société profondément solidaire.
Les droites en France, mode d'emploi. Dans cet ouvrage de référence, Gilles Richard insiste sur le pluralisme d'une mouvance qui joue un rôle éminent dans la vie politique de la nation. Un pluralisme qui, depuis 1815, a connu d'impressionnants bouleversements. Si droite et gauche, au XIXe siècle, s'opposent sur la question du régime, le clivage est, au siècle suivant, devenu social. Et ces enjeux revêtent aujourd'hui encore une brûlante actualité : si les droites semblent devenues hégémoniques, elles ne sont pas unies pour autant, la question nationale ayant ressurgi pour opposer la droite néolibérale et la droite nationaliste. Une synthèse précieuse à l'heure où le clivage entre les citoyens et le gouvernement grandit.