UNE DÉCISION RAPIDELorsque M. Blanc quitta l'appartement de sa mère, traversa la chaussée et vit la lune presque pleine, seule dans le ciel, et lorsque, arrivé de l'autre côté de la rue, il s'engagea sur le chemin en pente se terminant par un escalier où il respira le parfum des buissons qui poussaient dans les jardins de part et d'autre jusqu'à presque former une tonnelle au-dessus de sa tête, il ne put s'empêcher de repenser à la lettre. On avait insisté sur le fait qu'il était un collaborateur très fiable mais que la taille de son service devait malheureusement être revue à la baisse pour des raisons de stratégie, ce qui permettrait de créer, dans un autre secteur d'activité très prometteur de la société, de nouveaux emplois qui malheureusement ne correspondaient pas à ses qualifications et ne permettaient donc pas une solution en interne. On pouvait à tout moment le recommander sans la moindre réserve et on lui souhaitait bonne chance pour la suite.Ce coup du sort était trop récent pour que M. Blanc ait pu en saisir d'emblée toute la portée. Refoulant de désagréables questions sur l'avenir, il était parvenu à garder son calme durant la première heure qui avait suivi l'ouverture de la lettre: d'une part, on ne lui imputait aucune faute; d'autre part, profitant de l'avantage de pouvoir vivre dans un pays comme la Suisse, il était depuis bientôt vingt ans affilié à l'assurance-chômage et il avait désormais le droit, après avoir cotisé pendant vingt ans, de toucher une aide sans devoir pour autant avoir mauvaise conscience. Il lui fallait seulement ne pas oublier d'aller s'inscrire à temps au pôle emploi régional.Une fois arrivé à cette conclusion, M. Blanc avait repoussé à plus tard ses autres réflexions et avait mis la lettre de côté. Sans rien divulguer de cette mauvaise nouvelle, il était allé manger chez sa mère, le soir, comme il le faisait tous les lundis et tous les vendredis; et comme tous les lundis, il y avait eu une escalope de dinde avec des nouilles, le tout accompagné d'une platée de légumes qu'il n'aimait pas particulièrement mais qu'il mangeait quand même par égard pour sa mère. Il avait eu envie, il y a quelques années, d'une escalope de dinde avec des nouilles; et comme il avait trouvé ça bon, il avait redemandé plusieurs fois de suite la même chose, jusqu'à ce que sa mère se mette à lui en faire automatiquement. Il n'avait néanmoins jamais parlé de légumes; et être obligé de supporter que sa mère lui en remplisse son assiette comme si c'était le plat principal et non un accompagnement, alors qu'il ne finissait jamais son assiette, le contrariait chaque fois un peu plus.Arrivé en bas de l'escalier, il s'arrêta, sans savoir s'il devait faire demi-tour pour aller le lui dire. Il lui dirait simplement que le plus important dans ce plat, c'était l'escalope de dinde et que les nouilles suffisaient largement comme accompagnement; mais il savait exactement ce que sa mère répondrait: il faut aussi des légumes parce que c'est bon pour la santé - c'est d'ailleurs la seule chose de bonne pour la santé dans ce plat. Il poursuivit donc son chemin, suivit la route qui débouchait un peu plus loin sur la rue principale où passaient les bus et c'est là qu'il se rendit compte tout d'un coup que sa contrariété venait moins du repas que de la lettre. Pour la première fois depuis vingt ans, l'idée d'aller travailler le lendemain matin lui était désagréable. L'idée de s'asseoir à son bureau en sachant que ses jours étaient comptés dans cette société et que ses collègues étaient peut-être déjà au courant de son licenciement ou qu'il devrait lui-même leur en faire part tôt ou tard, cette idée l'humiliait; et plus il pensait aux semaines à venir, plus son tourment grandissait, si bien que, si cela avait été possible, il aurait renoncé sans hésiter à retourner travailler dans son entreprise.
Ces entretiens avec Maître Karlfried Graf Dürckheim vont à la fois faire découvrir et mieux connaître un guide spirituel de notre temps, un maître d'Occident. Car, nourri des philosophies et pratiques orientales, l'auteur du célèbre ouvrage Hara, centre vital de l'homme, a su créer une voie d'approche à l'éveil absolument originale dont ce livre-ci témoigne. Les questions de Frantz Woerly ont toutes trait à notre vie moderne, elles nous concernent tous. Et les réponses de K.G. Dürckheim apportent lumière et prise de conscience, aide et énergie positive afin de mener mieux, plus richement, plus profondément, notre vie quotidienne. Ce livre est, en effet, en lui-même, un guide. Il nous ouvre les chemins d'une connaissance intime qui débouche sur l'universel : il déclenche une remise en cause et une action essentielles.
L'expérience de la transcendance n'est pas réservée à ceux qui fuient le monde : l'homme moderne peut la faire en pratiquant "le quotidien comme exercice spirituel", ainsi que l'enseignent par exemple les maîtres zen japonais dans la cérémonie du thé ou likebana. Pour notre monde occidental trop souvent dominé par la raison analytique et le développement technique, Karlfried Graf Dürckheim indique les voies concrètes d'un renouveau spirituel. Riches d'espoir, ces voies apprennent comment rejoindre l'Essentiel, comment accéder à une autre dimension de l'existence. Il s'agit de laisser s'exprimer le divin qui nous habite.
Qu'est-ce que la magie? Après un siècle de recherches et de discussions, la question reste ouverte, et le terme même n'a pas reçu une définition satisfaisante. Cette imprécision explique que les spécialistes de l'histoire des sciences, des religions et des cultures traditionnelles aient de nouveau placé la magie au centre de leurs recherches. Dans ce débat, la teminologie et les sources héritée du monde gréco-romain jouent un rôle central, car le vocabulaire même de la magie remonte à cette époque tandis que les papyrus et les livres magiques d'Égypte - une Égypte qui, conquise par les Grecs puis par les Romains, restait pour eux un lieu exotique et mystérieux - n'ont cessé de passionner tous ceux qui se sont intéressé à la question.L'inventaire et le commentaire des principales sources gréco-romaines servent ainsi à définir la figure du sorcier, les principes de son art - initiation, diagnostics, rites d'envoûtement, accès aux dieux et à un savoir supérieur - ainsi que la place des pratiques magiques par rapport à la religion. Écrit par l'un des meilleurs spécialistes des religions du monde classique, cette analyse, précise et conforme aux approches historique et anthropologique modernes, pose les termes du débat actuel sur la magie. A tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la pensée scientifique, religieuse et ésotérique il fournit un instrument de travail de première importance. Fritz Graf est professeur de philologie à l'Université de Bâle. Il est l'auteur de livres sur les cultes de l'Ionie du Nord et sur la mythologie grecque, ainsi que de nombreux travaux sur les religions du monde classique.
Employé de classe internationale pour hôtel de classe internationale. C'est ainsi que l'hôtel Samarcanda entend recruter un nouveau groom. Máximo, dix-sept ans, trois poils de barbe, bien décidé à sortir de l'enfance, se porte candidat. Adolescent solitaire un brin obsessionnel, passionné par la lecture de revues scientifiques et fasciné par les mécanismes de sa pensée, qu'il observe pendant des heures, il est convaincu que cette expérience sera sa véritable entrée dans le monde des adultes. Comme souvent dans les romans d'apprentissage, rien n'est conforme à ce qui était prévu, et c'est tant mieux. Passé et futur se bousculent et forment un précipité subtil et drôle, où l'on résout à la fois le mystère de l'origine tout en sautant dans l'inconnu - l'amour peut-être ? Où l'on découvre aussi que personne n'est exactement celui qu'on croit : il faut être indulgent. Et même tendre. Ce court roman époustouflant de maîtrise, splendidement écrit, est une des plus belles choses qu'il nous ait été donné de lire sur l'art délicat de grandir.
Erasmo Aragón est un journaliste salvadorien exilé au Mexique. Au début des années 1990, le gouvernement du Salvador et la guérilla entament des négociations ; il songe à regagner son pays d'origine, ce qui lui permettrait également de planter là sa femme et sa fille, qui l'énervent prodigieusement (d'autant plus qu'Eva sa femme vient de lui révéler sa liaison avec un acteur de pacotille). Hanté par des souvenirs confus, de vieilles culpabilités et la peur de ce qui l'attend au Salvador - après tout, il a toujours soutenu la guérilla - il vit dans un état second, coincé entre les vapeurs de l'alcool et les bouffées d'angoisse. Terrorisé par une douleur lancinante au foie qui l'empêcherait presque de boire si elle ne le poussait pas à se précipiter un peu plus dans la vodka tonic, il consulte don Chente Alvarado, un vieux médecin placide qui lui prescrit des séances d'hypnose censées le soulager. Au réveil, il ne se rappelle de rien. Paranoïaque, égoïste, velléitaire, le narrateur nous entraîne dans un flot de phrases délirantes, au bord de la crise de nerfs, de soirées arrosées en lendemains de cuites, obsessionnel jusqu'à la déraison, organique, désagréable. Avec ce roman brillant, Castellanos Moya continue sa grande exploration de la violence, ici incrustée au plus profond de l'individu, comme si la guerre habitait les corps bien longtemps après la fin des hostilités.
Le 9 août 1971, à Medellín, un homme d'affaires, Diego Echevarría, est enlevé. Grand admirateur de la culture allemande il avait fait construire un pastiche du château de La Rochefoucauld. Il y vivait en écoutant Wagner avec sa femme et sa fille, Isolda, qu'il veut garder à l'abri du monde. L'atmosphère de la demeure est oppressante pour l'adolescente qui trouve dans le parc comment tromper sa solitude. Elle vit dans un monde de fées, de lucioles et d'esprits des bois. La police quadrille la ville à la recherche de Diego, la télévision montre son portrait, les négociations de la rançon piétinent. Mono, l'un des ravisseurs, est obsédé par Isolda depuis l'enfance, il lui raconte les longues heures passées à la guetter, perché dans les arbres, il dit " notre " Isolda. Des menaces invisibles venues du monde extérieur se glissent silencieusement entre les arbres du parc. Inspiré de faits et de personnages réels (l'un des complices du Mono se nommait Pablo Escobar), dans une Medellín qui ne va pas tarder à basculer dans la spirale de la corruption, de la violence et du trafic de drogue, l'auteur construit, avec un remarquable sens de la tension, un conte de fées ténébreux, qui devient la chronique d'un crime et l'histoire d'une obsession amoureuse, celle du kidnappeur pour la fille de son otage. Un roman fantastique entre les frères Grimm et les frères Cohen.
Tatouage, piercing, scarifications, cutting, burning, peeling... Les marques corporelles sont à la mode et se sont débarrassées des valeurs négatives qui leur étaient associées. Que signifient-elles aujourd'hui pour les jeunes générations? Le Breton inscrit ces pratiques dans la tendance contemporaine à considérer le corps comme inachevé, un brouillon ouvert à tous les embellissements, à toutes les modifications. De même relie-t-il sa réflexion à ses recherches sur les conduites à risque, largement développées dans Passions du risque en montrant l'importance des marques corporelles dans le processus de « remise au monde », de reconstruction de soi des jeunes en difficulté. Moins ambitieux que ses livres précédents, Signes d'identité en constitue ainsi une sorte de chapitre supplémentaire particulièrement documenté. --Michel Abescat-- -- Télérama
Une belle nuit de pleine lune, quelque part en Norvège, dans les années 1970. Un couple dort. Soudain, madame se réveille, se transforme en loup-garou, trucide son époux - puis se rendort paisiblement. Au matin, les jumeaux Iselin et Edvard découvrent avec consternation la scène de carnage conjugal. Ils comprennent alors qu'ils sont les héritiers d'une très ancienne malédiction lycanthropique, et décident de fuir. Ils trouveront refuge, l'une auprès de terroristes passablement niais, l'autre dans une communauté de hippies ahuris. Mais rien ne sert de courir : on ne renie pas sa propre bestialité - pas plus qu'on n'échappe à celle d'un monde où l'homme est littéralement devenu un loup pour l'homme. Fable anarcho-animalière ? Satire politique ? Thriller nihiliste ? Délire surréaliste ? Les Violences est un OLNI (objet littéraire non identifié) qui, sous des abords baroques, se lit comme une allégorie terriblement actuelle et lucide, réglant son compte, dans un éclat de rire sauvage, à toutes les utopies de notre siècle barbare.
Emile VERHAEREN ; Marceline DESBORDES-VALMORE ; Romain ROLLAND ; Joseph FOUCHE ; Marie-ANTOINETTE ; Marie STUART ; MAGELLAN BALZAC ; Introduction, notices et bibliographie d'Olivier Philipponnat. Déjà parus dans la même collection : I. Romans Et Nouvelles II. Romans, Nouvelles Et Theatre III. Essais.
Le livre de référence sur Anne Frank, un ouvrage exceptionnel. En cette année qui célèbre les 70 ans du Journal d'Anne Frank, un livre inédit qui permet de se plonger dans l'écriture d'Anne Frank, la genèse et la création de son journal, sa découverte et sa réception dans le monde entier, et l'histoire de la famille Frank. Comprenant toutes les versions du Journal publiées à ce jour (version A, B et D), permettant ainsi de comprendre l'évolution du texte dans le temps, L'Intégrale contient aussi pour la première fois traduits en France une quarantaine de contes et de petites histoires écrits par Anne Frank en marge de son Journal. Enrichi de documents exclusifs (lettres, photos, arbre généalogique, plan de l'annexe), l'ouvrage propose également quatre essais exceptionnels offrant un regard passionnant sur le contexte entourant le Journal. D'une part biographiques avec une exploration fascinante de la famille Frank et de la vie d'Anne avant la guerre, ces essais s'attachent aussi à nous donner une perspective historique très utile pour comprendre comment ce témoignage unique se retrouvant dans les mains du père d'Anne Frank à son retour des camps est devenu un tel phénomène mondial. Mirjam Pressler, traductrice et experte du Journal, Gerhard Hirschfeld, émérite historien allemand, et Francine Prose, essayiste américaine de renom signent ces quatre essais d'une grande richesse.
Voici rééditée pour la 4ème fois cette seule édition intégrale commentée de l'ensemble des 201 contes des frères Grimm auxquels sont joints les 28 textes qu'ils ont supprimés dans la dernière mouture de leur recueil, et 10 légendes pour les enfants. Nous l'avons cette fois réédité en 1 volume de 1175 pages. Extrait de la presse unanime et élogieuse à la sortie du livre en 2009. Enfin paraît en France la première édition intégrale des 239 contes collectés par les frères Grimm, y compris les censurés, y compris les retranchés. Cette édition est indispensable à tous ceux qui aiment les livres. (...) Il y a au fond du conte, continuant de rêver, en état de rébellion à l'état pur, en état de splendeur à l'état pur, un jadis animal aussi intraitable que l'enfant incorrigible. Pascal Quignard, Le Monde des livres Les contes des Grimm doivent leur magie à la souffrance qui les fixe et la liberté qui les porte. (...) La plupart des auteurs feraient de cet enfer des machines moralistes, des manuels édifiants, ou, pire encore, des romans psychologiques. Ici, rien de tel. Lire est un acte libre. L'imagination est l'action : elle va vite, comme une vie courte réduite à l'essentiel. Philippe Lançon, Libération Classées au patrimoine mondial de l'Unesco, les 239 histoires recueillies par les frères Grimm, " vivent encore aujourd'hui ", comme on dit de leurs héros. Cette nouvelle traduction leur rend fraîcheur et rugosité. Isabelle Rüf, Le temps Soit donc deux beaux volumes, copieusement annotés et soigneusement illustrés (...). Postface, notes copieuses, index précis : l'appareil critique est sans faille, mais jamais pesant ? libre au lecteur de choisir de l'oublier ou d'en faire son miel. Nathalie Crom, Télérama