Au mitan du XIIIe siècle la dynastie ayyoubide quittait le pouvoir en Egypte et bientôt en Syrie. Le sultanat de Saladin avait été caractérisé par une forte présence kurde à la fois au sein des armées du royaume et dans les plus hautes fonctions civiles politiques et judiciaires. Sa chute au profit d'un groupe de militaires turcs d'origine servile, les Mamelouks, entraîna la marginalisation progressive des émirs et des notables kurdes. L'influence des Kurdes au sein de l'Etat mamelouk naissant fut bien réelle, mais au fur et à mesure qu'elle s'éteignait, elle se muait en une faible capacité de nuisance menant à de vaines conjurations. Les Kurdes n'eurent plus qu'une place politique périphérique dans l'Egypte et la Syrie du début du XIVe siècle. Que devenait alors la asabiyya kurde ("l'esprit de corps") qui avait soutenu la dynastie ayyoubide ? La phase historique qui s'ouvrait marquait les débuts d'une reconfiguration de la place des Kurdes au Levant ainsi qu'aux marges des Empires, au Kurdistan. L'ouvrage a donc pour ambition l'étude du processus pluriel de construction d'un territoire des Kurdes entre Anatolie et plateau iranien. Des tribus belliqueuses ancraient leur histoire dans les montagnes de ce lieu-refuge. Elles y établissaient l'ordre intra et intertribal, matrice de leur autonomie. Les grands Etats du Moyen-Orient (Mamelouks et Ilkhanides mongols), quant à eux, entérinaient cet édifice et contribuaient de manière décisive aux transformations spatiales, par le pouvoir de nommer les lieux et de coopter les hommes. La convergence paradoxale de leurs politiques impériales rivales s'impose comme le facteur crucial d'une autochtonisation des Kurdes.
Le monde chrétien, par l'accusation de "déicide", a longtemps justifié la vie errante et fragile des Juifs en diaspora, comme l'Islam plus tard les accusera d'avoir "falsifié" le message de leurs prophètes. A ce destin de peuple paria, les pères fondateurs du sionisme ont refusé de consentir : opprimés comme peuple, les Juifs devaient se libérer comme nation. En ce sens, leur mouvement s'inscrivait dans le droit-fil de la Révolution française, de la sécularisation des cadres de pensée aussi bien que des nationalismes du XIX ? siècle. Or, loin de conjurer la judéophobie, le sionisme est tôt devenu, pour les courants de pensée réactionnaires comme pour les idéologies totalitaires, la figure repoussoir de la modernité démocratique, assimilée tantôt à une forme moderne du "complot juif", tantôt au colonialisme et au racisme. C'est pour mieux comprendre le temps des commencements que Georges Bensoussan traite le sionisme comme une question d'histoire et montre comment, au-delà du seul peuple juif, il interroge les mutations de la foi dans des temps sécularisés, les rapports d'une langue à une nation, d'un peuple à un territoire et, en définitive, les multiples visages de la libération d'une condition aliénée.
Dans cette fresque historique, Rashid Khalidi tresse l'histoire de la Palestine, du début du XXe siècle à nos jours, et son histoire personnelle - il est issu d'une grande famille palestinienne qui compte deux maires de Jérusalem, des professeurs, un juge, un diplomate de l'ONU, des journalistes... Il met en oeuvre une démarche originale qui nous permet de comprendre comment, à chaque étape historique, des événements de toutes sortes à l'échelle locale, régionale et surtout internationale se sont conjugués pour déposséder progressivement les Palestiniens de leur pays. Une analyse très accessible, mais aussi très rigoureuse sur le plan scientifique.
Ce livre propose une histoire urbaine et sociale de Gaza, du premier conseil municipal sous l'Empire ottoman (1893) à la fin du "mandat britannique" (1948). S'appuyant sur une approche microsociologique, l'auteur retrace la fabrique de la ville, décrit la composition de la société, les différents centres de pouvoir, l'activité économique, éducative et culturelle ainsi que les sociabilités qui font le quotidien : religiosités populaires, alliances matrimoniales, cuisine... Sont également examinées les relations entre groupes confessionnels, les tensions avec l'administration britannique, l'augmentation du nombre d'immigrés juifs en particulier européens et la montée des organisations civiles et politiques, de la grève de 1936 à la Grande Révolte. En montrant comment la domination britannique - bien loin de l'idée de "mandat" - a reconfiguré l'espace, les pouvoirs et les liens sociaux, puis comment la Nakba a bouleversé la ville (afflux massif de réfugiés, confiscations foncières, raréfaction des ressources), l'ouvrage redonne à Gaza son épaisseur historique et rappelle sa centralité dans l'histoire palestinienne.
Les mots "terre d'Israël" renferment une part de mystère. Par quelle alchimie la Terre sainte de la Bible a-t-elle pu devenir le territoire d'une patrie moderne, dotée d'institutions politiques, de citoyens, de frontières et d'une armée pour les défendre? Historien engagé et volontiers polémiste, Shlomo Sand a dénoncé à grand bruit le mythe de l'existence éternelle du peuple juif. Poursuivant ici son oeuvre de déconstruction des légendes qui étouffent l'Etat d'Israël, il s'intéresse au territoire mystérieux et sacré que celui-ci prétend occuper: la "terre promise" sur laquelle le "peuple élu" aurait un droit de propriété inaliénable. Quel lien existe-t-il, depuis les origines du judaïsme, entre les juifs et la "terre d'Israël"? Le concept de patrie se trouve-t-il déjà dans la Bible et le Talmud? Les adeptes de la religion de Moïse ont-ils de tout temps aspiré à émigrer au Moyen-Orient? Comment expliquer que leurs descendants, en majorité, ne souhaitent pas y vivre aujourd'hui? Et qu'en est-il des habitants non juifs de cette terre: ont-ils, ou non, le droit d'y vivre?