A la croisée de la philosophie, de la psychanalyse et de la sociologie, cet ouvrage invite à réinterpréter les écarts à la norme, les problèmes disciplinaires, les différents troubles de l'attention et pathologies repérées chez l'enfant et l'adolescent dans le champ scolaire. Les droits de l'enfant, dont l'émergence constitue un progrès culturel, ont profondément modifié les statuts et liens réciproques des éducateurs et des éduqués, ainsi que le rapport à l'enfant, à sa parole, à son corps, à sa responsabilité et à sa culpabilité. Consentement, principes non violents, écoute de l'enfant sont censés guider tout éducateur. Or ces idéaux prometteurs d'émancipation se retournent fréquemment en normes, et peuvent même s'accommoder de formes éducatives vieillissantes. Une réelle tension entre paradigme égalitaire et poids des normes s'exerce à l'école par le biais d'étiquetages médico-sociaux, et on peut voir coexister une forme scolaire ancienne, caractéristique de la transmission verticale, avec des schémas de transmission horizontale. Participant de cette même logique, la notion d'intérêt de l'enfant justifie aujourd'hui de nouveaux espaces de négociations revendiqués par les parents. Il y a là un espace pour le déploiement de valeurs et de normes communautaires, ou encore pour des attitudes consuméristes, comme lorsque des parents veulent mettre l'institution éducative au service de compétences cognitives supposées précoces de leur enfant. Alors que la diversification et l'individualisation sont les maîtres mots des réformateurs pédagogiques, il est parfois difficile de repérer la limite entre adaptation aux besoins de l'enfant et revendication illégitime. C'est pourquoi cet ouvrage, issu d'une recherche transdisciplinaire, propose une prise de distance par rapport aux normes nouvelles qui pèsent, parfois à l'insu des acteurs de l'éducation, sur l'enfance. Il s'efforce de clarifier les idéaux, les valeurs, que le nouveau discours éducatif exprime, il interroge aussi le renouvellement des pratiques que suscitent ce discours. Laurence Gavarini est Professeure émérite en Sciences de l'éducation à Paris 8. Elle a une pratique clinique d'orientation psychanalytique auprès de groupes de professionnels en formation. Ses recherches portent sur l'éthique, la subjectivité, l'adolescence, la crise de l'éducation. Dominique Ottavi est Professeure émérite en Sciences de l'éducation à l'Université de Paris Nanterre ; elle poursuit des recherches portent sur l'histoire des idées éducatives, sur l'Education et l'histoire de la psychologie de l'enfant et a notamment publié De Darwin à Piaget (CNRS éditions, 2009). Ilaria Pirone est maître de conférences en Sciences de l'éducation à l'Université Paris 8, psychologue clinicienne. Ses recherches portent notamment sur la question du récit et l'articulation entre normes et éthique dans le champ de l'éducation.
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Nombre de pages
180
Date de parution
18/10/2022
Poids
275g
Largeur
139mm
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EAN
9782379242663
Titre
Le normal et le pathologique à l’école aujourd’hui
Gavarini Laurence ; Lebrun Jean-Pierre ; Petitot F
Ce livre analyse les conditions dans lesquelles la maltraitance est appréhendée de nos jours et les écueils de perception qui s'y rattachent: les difficultés des intervenants à agir dans l'espace familial, la notion idéalisée de l'enfant. En effet, l'idée devenue courante que l'enfant est une espèce en danger amène à aborder différemment les familles et les adultes en charge de l'enfant, et conduit à considérer l'enfant comme un adulte ou comme un roi... A cette représentation de l'enfant victime potentielle se conjugue celle d'un soupçon qui pèse sur les adultes de son entourage. Ce climat de suspicion ferme alors la porte à toute parole directe en cas de doute ou d'inquiétude. S'engage alors la voie de la délation au tiers judiciaire voire médical, instrumentalisé. L'asymétrie entre parent et enfant est le fondement de la position d'éducation et de protection de l'enfant comme sujet en devenir. Battre en brèche cette logique hiérarchique des générations et suggérer l'équivalence, c'est oublier que l'enfance est un temps d'apprentissage de la condition humaine, de la vie en société, et des règles et devoirs que la vie en commun impose. Dans ce contexte de remise en question de la famille comme espace de protection de l'enfant, les professionnels sont sollicités pour restaurer les parents dans leur position et leurs compétences.
Comment les normes sont-elles produites et transmises dans des formes, en particulier dans des formes dites "brèves" ? Quel est le rapport entre une forme réglée et la normativité ? Quelles opérations de classement et de règlement du monde se lisent dans la structure des formes ? Pourquoi des énoncés, juridiques, poétiques, politiques, se veulent-ils brefs et en quoi cette qualification intervient-elle dans la production d'une normativité ou, différemment, dans la perception qu'il y a des règles ? Loin de considérer la brièveté comme un fait en soi ou une mesure objective des choses, les contributions pluridisciplinaires réunies ici en interrogent la valeur d'opacification ou de clarification, de réduction de la pensée mais aussi de mémorisation des règles, de décontextualisation autant que de production d'un certain ordre d'intelligibilité. Ce sont ainsi des actions ? inscrites dans des pouvoirs et des institutions, productrices de discours, de modélisations, de formalités ? qui constituent le coeur de ces analyses.