Né avec les indépendances, lié, dans son développement au destin des nouvelles souverainetés, le cinéma d'Afrique noire francophone s'engage dès son origine dans un vaste mouvement de réappropriation culturelle. Il donne à voir, prioritairement, les réalités continentales du présent comme du passé. Contrairement au cinéma narratif occidental qui montre pour raconter, l'acte de raconter devient second par rapport à ce geste premier qui consiste à montrer. Dès lors l'espace, en tant que réalité géographique et sociale, mais aussi et surtout en tant que mode d'agencement narratif, devient l'enjeu fondamental de ce cinéma. Il est ce miroir en lequel s'inscrivent les images d'un monde en devenir. Il est aussi ce lieu filmique où s'affirment le mieux l'authenticité et la spécificité du cinéma africain. C'est la thèse que soutient André Gardies tout au long de cet essai, à partir d'une démarche sémionarratologique tout à la fois claire et efficace.
Depuis sa naissance le cinéma raconte, jusqu'à devenir l'un des grands pourvoyeurs de récits des temps modernes. Il n'a cessé non plus, tout en lui faisant concurrence, d'emprunter à sa devancière, la littérature narrative, sujets et histoires en tous genres. Et cette relation masque parfois ce qui fait la singularité du récit filmique. Qu'est-ce que raconter avec ces images et des sons ? Il y a, certes, dans tout film narratif, des procédures, des dispositions, des stratégies qui ne lui appartiennent pas en propre, qui relèvent de la narrativité, mais le médium cinématographique a ses exigences, sa dimension expressive. Temps, espace, personnages, narration, focalisation, savoir spectatoriel : autant de thèmes qui permettent de cerner l'originalité d'un art du récit. Il a fait du cinéma, assurément, ce qu'il est convenu d'appeler le Septième art.
Après de nombreuses années passées à l'étranger, Michel Valat achète sur adjudication une école désaffectée dans les Cévennes. Celle dont la mémé lui avait parlé, quand il était tout enfant, celle qui avait été le dernier poste de sa mère, avant qu'elle ne meure en le mettant au monde. Quarante-cinq ans plus tard, dans le village aujourd'hui déserté, il ne reste guère que le vieux Roche à avoir connu l'institutrice. Véritable mémoire du pays, c'est lui qui accompagnera les premiers pas de Michel Valat, qui le guidera vers cette mère inconnue. Mais une découverte fortuite dans la fameuse école, la lui fera rencontrer plus intimement que le meilleur témoignage. De cette longue quête du passé et de soi-même, émergera lentement, parfois au prix de surprises douloureuses, une figure aimante, celle de l'absente de toujours, aujourd'hui sinon revenue, du moins réincarnée dans le c?ur de son fils.
Chassée par la misère et l'ingratitude du sol, Juliette, comme beaucoup de jeunes filles du siècle dernier, a dû quitter sa Cévenne lozérienne et s'exiler vers les villes de la plaine, afin d'y être "placée". La vieille dame qu'elle est devenue aujourd'hui vit au rythme lent de la maison de retraite qui l'accueille. Malgré ses forces qui déclinent inexorablement, chaque jour qui passe est un jour de plus, gagné sur l'échéance ultime. C'est la vie, encore un peu. Celle que chacun porte au fond de soi; celle que le souvenir fait revivre. Alors, malgré la mémoire qui défaille, qui oublie, qui mélange les dates, les noms, les événements et les périodes, Juliette revit sa vie, avec ses peines, ses douleurs secrètes, mais aussi ses joies et ses bonheurs gagnés souvent sur l'hostilité du monde. Elle découvrira, et le lecteur avec elle, que la vie même la plus humble peut bien se révéler être un roman. En alternance, deux voix concertantes disent et interprètent cette lutte entre la promesse du néant et l'immensité vivante du souvenir.
Dans un village des hauts plateaux de la Margeride, pays de solitude et de pauvreté, que hante encore le souvenir de la Bête, un fonctionnaire du ministère de l'Agriculture, Faustin Juan, est dépêché pour tenter de comprendre les réticences du pays au progrès et au remembrement. Dans ce monde isolé, vivant encore à l'ère du char à b?ufs et de la polyculture de subsistance, il découvre un village pétri de terreurs, de jalousies et de ragots, aux habitants secrets et méfiants. Atmosphère tempérée par la beauté des paysages, l'amitié amoureuse de Reine qui tient le café-épicerie, et la complicité de Jean, le braconnier, mais aussi le désir trouble que suscitent Violette et Monique, deux jeunes écolières plus averties qu'il n'y paraît. Tous les ingrédients sont là pour qu'éclate le drame. Un roman qui traduit l'âpreté d'une terre aux hivers extrêmes, et la vie quotidienne d'un monde dont la noirceur est loin d'égaler celle du narrateur remarquablement dépeint par André Gardies qui signe là son quatrième roman.