Celle qui se dissimule, dans ce récit, sous le nom de Nadia, tombe amoureuse d'un jeune homme turbulent, chapardeur et coureur. Elle l'épouse, mais, entre-temps, Ahmed est devenu un islamiste radical, membre puis bientôt " émir " local du GIA, l'organisation responsable des massacres qui ensanglantent l'Algérie. Ce qu'elle raconte, après que son mari a été tué dans un accrochage avec l'armée, c'est sa vie de " mère des croyants ", en réalité cantinière et bonne à tout faire d'une bande terroriste, fuyant bientôt de planque en planque. C'est aussi la vie au jour le jour d'un village des environs d'Alger, dont la population, d'abord favorable aux " barbus ", finit par se retourner contre eux, excédée par leur sauvagerie. C'est l'imprévisible transformation d'un petit voyou en tueur fanatique. C'est, enfin, le jeu de cache-cache tragique et marqué en même temps, de part et d'autre, par un amateurisme assez stupéfiant, auquel se livrent forces gouvernementales et islamiste. A la mort de son mari, Nadia, à la fois complice et victime, hésitera entre tristesse et soulagement : " Heureuse d'être sortie du cauchemar dans lequel je vivais, j'aurais pour autant souhaité que ma vie d'épouse ne se termine pas de cette manière. Que le père de mon fils, avec qui je n'avais vécu que trois mois, et que j'avais aimé passionnément, ne finisse pas jeté, corps sans tête, dans un ravin de la Mitidja. "
Lola est une enfant de 12 ans, tuée dans d'atroces circonstances le 14 octobre 2022. Placée en garde à vue, la principale suspecte, D. B., est mise en examen pour meurtre, précédé, accompagné ou suivi d'actes de tortures ou de barbaries, et pour viol. En quelques heures à peine, ce terrible fait-divers bouleverse l'opinion publique, faisant l'objet d'un emballement médiatique inédit. La cynique récupération politique qui s'ensuit entraîne la remise en question de grands principes démocratiques, avec notamment des appels à une justice expéditive et un rétablissement de la peine de mort. Ce livre, écrit par les avocats de D. B., première femme condamnée à la perpétuité incompressible, raconte de l'intérieur les contours de cette affaire hors norme, depuis ses premiers instants jusqu'à la plaidoirie finale, en passant par le récit d'une reconstitution exceptionnelle ou la description d'une Unité pour Malades Difficiles. A partir du point de vue trop peu entendu des avocats "du Mal., La Sinistre Comédie dépeint surtout une effroyable traversée des enfers, caractérisée par l'inquiétant basculement populiste des élites médiatiques et politiques dans leur rapport à la justice et au crime. "S'il faut savoir se taire dans le respect du Droit, il ne faut pas avoir peur de parler pour le défendre. C'est la raison de ce livre."
Résumé : L'histoire de la nouvelle indépendance de l'Algérie s'écrit sous nos yeux, depuis ce 22 février 2019 où des foules de femmes et d'hommes ont exigé dans tout le pays de reprendre en main leur destin. Cette contestation populaire continue depuis de se mobiliser chaque vendredi, après avoir obtenu la démission du président Bouteflika, en poste depuis vingt ans, et le report d'une élection vidée de sens. Car elle aspire, au-delà de la sanction de tel ou tel dirigeant, à la refonte sur des bases enfin démocratiques du système en place depuis la fin, en 1962, de la domination française. Cet essai, où la réflexion historique se nourrit de l'expérience de terrain, replace les événements en cours en Algérie dans la longue durée de son mouvement national. Il offre, pour la première fois, un cadre d'interprétation à une actualité foisonnante, s'interrogeant sur la portée stratégique de la non violence, sur la place réelle des jeunes ou des femmes dans cette protestation, sur le poids d'une économie de rente, mais aussi sur le rôle central des supporters de football ou les tactiques des groupes islamistes. Il montre comment la hiérarchie militaire, jusqu'alors protégée dans son arbitraire par un pouvoir civil de façade, est contrainte de gérer ouvertement cette crise, avec une brutalité de plus en plus affichée. Un livre indispensable pour comprendre la vague de fond qui traverse l'Algérie et qui aura des retombées durables dans ce pays et bien au-delà.
Durant plus de 130 ans de présence française, de 1830 à 1962, colons et Algériens se sont côtoyés, croisés, affrontés, haïs, aimés... Durant plus de 130 ans, ils ont vécu sur la même terre et été les acteurs volontaires ou désignés de la domination coloniale. Draria, aujourd'hui faubourg d'Alger, a été l'une des premières implantations françaises. En une dizaine d'années à peine, ce hameau agricole s'est peuplé de familles de paysans et d'artisans venus de France ou d'Europe. Les nouveaux arrivants ont pris possession des lieux et établi les règles d'une coexistence qui s'est achevée avec la guerre d'indépendance de l'Algérie. Colette Zytnicki se penche sur un siècle de vies partagées dans le village de Draria. Elle suit, génération après génération, l'histoire quotidienne des familles de colons et d'" indigènes ". Elle révèle les bouleversements les plus profonds et les histoires banales ou hors du commun qui dessinent les contours de la vie d'un village à l'heure coloniale.
Le 22 septembre 1997, à Bentalha, banlieue d'Alger, se déroule l'un des massacres de civils les plus sanglants de la « sale guerre » algérienne. Le lendemain, Hocine Zaourar, photographe algérien de l'AFP, saisit une femme s'effondrant de douleur contre un mur de l'hôpital où ont été transportés les blessés. La photographie connaît une diffusion mondiale immédiate: elle fait la Une de plus de 750 quotidiens. La presse la baptise dans un même élan: « Madone de Bentalha », « Piéta de Bentalha », « Une madone en enfer »? Le cliché, qui circule accompagné de fausses légendes, incarne dès lors toute la souffrance des civils dans le conflit algérien. Plusieurs fois primée et support d??uvres d'art, la Madone de Bentalha est aujourd'hui un symbole atemporel, un véritable lieu de mémoire des massacres contemporains.Il fallait l'analyse éclairée de Juliette Hanrot pour saisir ce mythe et sa portée: le regard de nos sociétés occidentales contemporaines sur les violences extrêmes et sur cette photographie de guerre, vierge de sang. Juliette Hanrot est professeur agrégée d'histoire et diplômée de Sciences Po. Elle enseigne au lycée Ionesco d'Issy-les- Moulineaux.
Qui détient le pouvoir en Algérie ? Qu'est-ce que la "décennie noire" ? Pourquoi les Algériens se sont-ils révoltés en février 2019 ? Pourquoi l'armée a-t-elle lâché le président Bouteflika ? La jeunesse rêve-t-elle toujours de départ ? L'Algérie est-elle une alliée de la Russie ? Les Algériens détestent-ils la France ? Avec ses ressources naturelles importantes en gaz et en pétrole, sa jeunesse éduquée et volontaire, l'Algérie dispose de nombreux atouts. Pourtant, les Algériens se définissent comme "un peuple pauvre pour un pays riche". L'autoritarisme du pouvoir, les freins à la création d'entreprise, le chômage, le manque de logements, l'état déplorable des infrastructures et de l'agriculture laissent le pays entravé de toutes parts, sans compter la vie quotidienne souvent compliquée. L'annonce d'un "cinquième mandat" d'Abdelaziz Bouteflika, malade et invalide, a déclenché un mouvement de contestation historique de la jeunesse algérienne. La population, entraînée massivement dans le "Hirak", réclame une transition démocratique afin que l'Algérie puisse enfin vivre son indépendance, confisquée depuis des décennies.