Extrait Extrait de l'introduction générale de Emmanuel Gabellieri «Je n'oublierai jamais la découverte de l'oeuvre de Simone Weil à travers d'abord La Pesanteur et la Grâce...» En s'exprimant ainsi en 1993, Paul Ricoeur exprimait le témoignage d'une génération qui, de A. Camus à E Mauriac, de S. Breton à R. Girard - pour ne citer qu'eux - fut fascinée et bouleversée par la découverte en 1947 d'un génie inconnu, dont l'unité de pensée semblait insaisissable, mais dont il apparaissait évident qu'elle était comparable à celle d'un «nouveau Pascal». Plus de soixante ans plus tard, qu'en est-il ? Le génie de S. Weil ne fait guère de doute pour ceux qui la lisent. Et, comme l'écrit E L'Yvonnet, Simone Weil n'a jamais été aussi lue et commentée. Mais certains s'effraient ou se fatiguent d'un génie dont ils n'arrivent pas à cerner les contours (comme si ce n'était pas là précisément la marque du génie, l'absence de génie étant à l'inverse de vouloir se contenter de contours bien définis, voire définitifs). Et parallèlement, force est de constater que la vraie lecture de S. Weil (non pas celle qui prétendrait dire la vérité de sa pensée, mais celle qui serait consciente autant que possible du contenu intégral de celle-ci), se heurte toujours à de multiples difficultés. A commencer par exemple, et pour revenir à l'initium de 1947, par celle consistant à croire que La Pesanteur et la Grâce, est un ouvrage «de» Simone Weil. Car tout le monde a lu, ou parcouru, ce qui est devenu un des ouvrages de la pensée contemporaine les plus édités et diffusés dans le monde. Mais qui a pleinement conscience qu'il s'agit d'un choix composé par Gustave Thibon à partir d'extraits des Cahiers de Marseille que lui avait laissés, avec une générosité folle, S. Weil ? Et qui, parmi ceux qui le savent, est allé de la préface explicative de Thibon (scandaleusement disparue dans un certain nombre d'éditions) au lien existant entre ces fragments et les plus de mille pages des Cahiers de Marseille ... Il faut alors poursuivre car, parmi ceux qui connaissent ce lien, combien sont allés ensuite de la chronologie d'écriture de ces Cahiers aux liens serrés qu'ils entretiennent avec les centaines d'autres pages des «grands textes» métaphysiques et spirituels de Marseille ? Et combien, enfin, ont tenté, à partir de là, de reconstruire la courbe de l'inspiration weilienne, des textes de l'adolescence aux écrits politiques des années 1930, puis des écrits de Marseille à ceux de New York et de Londres, où s'éteint à 34 ans la vie fulgurante de S. Weil ... La seule énumération de ces strates de l'oeuvre, des interrogations critiques qu'elles peuvent susciter, suffit à indiquer combien la réception de S. Weil est encore loin d'être ce qu'elle devrait être. Certes, le centenaire de sa naissance en 2009 a vu se multiplier le nombre d'ouvrages qui lui a été consacré. Mais, pour quantité d'ouvrages de vulgarisation, combien ont aidé à faire un bilan des travaux de recherche sur sa pensée ? De même, l'édition en cours des uvres complètes de Simone Weil dans la prestigieuse collection «NRF Gallimard» offre enfin l'édition critique, chronologique et unifiée, qui manquait jusqu'ici pour un regard global sur l'ensemble de l'oeuvre (gloire soit ici rendue à André A. Devaux, Florence de Lussy, Robert Chenavier, directeurs successifs de cette immense entreprise). Mais combien, dans l'Université française, encouragent les étudiants à s'engager dans la masse des 11 volumes parus à ce jour (sur 16 attendus) pour leurs recherches, pour les mémoires et les thèses qui y sommeillent par dizaines ? Nous le savons, S. Weil est trop originale pour entrer facilement dans les cadres et les débats académiques réglementés. Trop révolutionnaire pour les uns, pas assez pour les autres, trop mystique pour les philosophes professionnels, pas assez catholique pour les catholiques, trop fragmentaire pour les esprits systématiques, pas assez mesurée pour les pédagogues officiels, etc. Mais son originalité n'est que le prétexte à notre paresse et notre inintelligence. Dès qu'on pénètre un peu profondément dans l'oeuvre, ces antithèses révèlent leurs limites et leur fausseté. Seulement il faut pour cela vouloir tout embrasser, et d'abord l'ensemble des dimensions de sa pensée. D'où l'ordonnancement de ce Cahier. Honneur d'abord à la philosophie, car S. Weil fût d'abord philosophe. Mais une philosophie dont la vérité est de se relier à ce qui n'est pas elle, et d'abord à la science (qui, dans la vision grecque de S. Weil, fait nécessairement partie de la philosophie sous peine de perdre son âme), car toutes deux ont pour fin la contemplation de la beauté du monde. Puis à la littérature, car la philosophie se nourrit de la mise en scène, de la mise en récit, et de la poésie de l'existence. Faut-il s'étonner que la philosophe qui, contre tout esthétisme et culte des apparences, a remis à l'honneur dans la pensée contemporaine, la catégorie platonicienne du beau, témoigne d'une pureté de l'expression et d'une créativité poétique qui n'ont sans doute pas d'égale dans la philosophie française du XXe siècle, et en font un écrivain de premier ordre ...
Présentation de la pensée de Simone Weil (1909-1943). Textes commentés, vocabulaire, bibliographie. Sur la collection Collection dirigée par Jean-Pierre Zarader.Cette petite collection a choisi d'aller à l'essentiel: les concepts fondamentaux qui seuls permettent de saisir l'unité et la cohérence d'une pensée. Chaque ouvrage de la collection comprend trois parties: un exposé doctrinal s'attachant à mettre en évidence le noyau conceptuel d'une philosophie; des textes commentés, permettant d'approfondir cette analyse, tout en offrant l'occasion ? et l'expérience ? d'un contact direct avec l'?uvre elle-même; un vocabulaire, enfin, qui s'efforce de présenter et de clarifier ces mots (souvent techniques, mais parfois d'une banalité trompeuse) dans lesquels s'exprime toute philosophie.
Cette petite collection a choisi d?aller à l'essentiel : les concepts fondamentaux qui seuls permettent de saisir l'unité et la cohérence d'une pensée. Chaque ouvrage de la collection comprend trois parties : un exposé doctrinal ? des textes commentés ? un vocabulaire. Simone Weil (1909-1943) a opéré un triple tournant au sein de la philosophie française d'inspiration cartésienne. D'abord, une accentuation de celle-ci vers une pensée de la « perception-travail », ouvrant la tradition réflexive à une problématique pratique et sociale. Ensuite, à partir de l'expérience de l'oppression, du malheur et de la barbarie, opposée à celle de la grâce, un dépassement radical des philosophies modernes du sujet. Enfin, le déploiement d'une métaphysique de la médiation dont l'audace spéculative, articulant hellénisme, christianisme, pensée orientale et modernité, est unique dans la philosophie contemporaine.
La phénoménologie voulait rompre avec les dualismes issus de la métaphysique. Mais, à la suite de la distinction husserlienne entre "ce qui apparaît" et "l'apparaître" , elle ne cesse d'opposer "l'essence" à "l'existence" , "l'être" à "l'étant" , la "vie" au "monde" , "l'objet" à "l'événement" . Ce dualisme cherchant des données "pures" rappelle étrangement la doctrine cartésienne des "natures simples" . Or la phénoménalité concrète n'est jamais constituée de données pures, mais toujours d'un enchevêtrement de déterminations. L'essence de la phénoménalité ne saurait donc être circonscrite par réduction à un principe ou un mode jugé plus essentiel ou exclusif d'un autre, car l'essence de la phénoménalité, c'est précisément cet enchevêtrement de déterminations, c'est le phénomène de synthèse comme phénomène. Mais nous voulons "faire l'Un trop vite" (Platon), là où toute réalité concrète est constituée de polarités dont nous ne saisissons pas le principe d'unité. Reconnaître une structure polaire de l'être et de l'étant, reconnaître tout phénomène comme un "entre-deux" , un metaxu, telle est la tâche d'une métaxologie qui interrogerait l'énigme et l'option par quoi chaque phénomène peut être transformé en idole ou être le lieu d'une grâce. Alors pourra-t-on retrouver la dimension "transnaturelle" (Blondel) de toute réalité.
Le travail est-il, quoi qu'on fasse, l'opposé de la liberté et de la " vraie vie ", dont l'humanité pourrait, et devrait parvenir à se libérer ? Ou bien est-il une modalité essentielle de l'accomplissement de soi, un lieu essentiel de la vie sociale en même temps que d'une transformation du monde capable de libérer l'homme du règne de la nécessité ? La modernité a exalté cette seconde perspective. Mais la crise de la modernité fait resurgir la première, et semble conduire à osciller entre ces représentations opposées. Par rapport à ces tendances souvent enchevêtrées dans le débat contemporain, la pensée de Simone Weil 11909-19431 peut apparaître paradoxale. D'une part, nul n'a davantage qu'elle, à partir de son expérience directe de la condition prolétarienne des années 1930, analysé et dénoncé l'aliénation du travail. Mais d'autre part, aucun autre philosophe n'a sans doute affirmé autant la valeur humaine et spirituelle du travail authentique, et la possibilité réelle d'élaborer une " civilisation " et une " spiritualité " du travail.
Ce petit écrit entend rassembler, pour ainsi dire de manière dogmatique, les thèses de la psychanalyse sous la forme la plus ramassée et dans la version la plus définitive. Bien entendu, sa visée n'est pas d'exiger la croyance ni de susciter la conviction. Les assertions de la psychanalyse reposent sur un nombre incalculable d'observations et d'expériences, et seul celui qui répète ces observations sur lui-même et sur d'autres est engagé sur la voie menant à un jugement personnel.
L'anarchisme, au moins tel que je le comprends, est une tendance de la pensée et de l'action humaines qui cherche à identifier les structures d'autorité et de domination, à les appeler à se justifier, et dès qu'elles s'en montrent incapables, à travailler à les surmonter. Loin d'avoir "échoué", il se porte très bien. Il est à la source de beaucoup de progrès - très réels - des siècles passés, y compris depuis les années 1960-1970. Des formes d'oppression et d'injustice qui étaient à peine reconnues, et encore moins combattues, dans un passé récent, ne sont plus considérées aujourd'hui comme tolérables. C'est une réussite, pas un échec. N. C.
Quand Paul Celan (1920-1970) s'établit à Paris à l'été 1948 ses poèmes ne sont connus que d'une poignée de gens ; à sa mort, en avril 1970, son nom est associé à l'une des oeuvres poétiques les plus importantes de la littérature allemande. Pourtant, aborder cette oeuvre, a fortiori pour un lecteur francophone, n'a rien d'évident : si les poèmes relèvent bien d'une écriture qui réclame pour elle une "obscurité congénitale" la critique a aussi pu contribuer à en obscurcir le sens. Il faut donc sans cesse reprendre le travail de lecture d'après les coordonnées que Celan a fixées, en partant de ce qu'il appelle "l'accent aigu de l'actualité", inséparable de "l'accent grave de l'histoire" et de "l'accent circonflexe de l'éternité". Appuyé sur de nombreux documents inédits (lettres, traductions et notes privées) qui éclairent sa vie et ses choix poétiques, ce volume donne accès à un "autre" Celan qui se situe tant dans une tradition dont il discute la pertinence que dans une époque qu'il guette avec une acuité implacable, attrapant dans son écriture les mots, les textes et les personnes de son temps. Juif, Celan a ancré son écriture dans l'événement de l'extermination des siens pour en faire une arme critique et analytique, esthétique aussi. Grâce aux contributions de spécialistes de l'oeuvre, cette entreprise est placée dans un réseau de discussions critiques qui l'éclairent depuis des positions multiples : linguistique, traductologique, philosophique et biographique mais aussi historique et poétique, etc.
Madame la vicomtesse de Beauséant était blonde, blanche comme une blonde, et avait les yeux bruns. Elle présentait noblement son front, un front d'ange déchu qui s'enorgueillit de sa faute et ne veut point de pardon. Ses cheveux, abondants et tressés en hauteur au-dessus de deux bandeaux, qui décrivaient sur ce front de larges courbes, ajoutaient encore à la majesté de sa tête. L'imagination retrouvait, dans les spirales de cette chevelure dorée, la couronne ducale de Bourgogne ; et, dans les yeux brillants de cette grande dame, tout le courage de sa maison ; le courage d'une femme forte seulement pour repousser le mépris ou l'audace, mais pleine de tendresse pour les sentiments doux." Honoré de Balzac.
Au milieu des années 1970, Chantal Thomas, qui vient juste de soutenir sa thèse, décide de partir. Loin. À New York, alors ville de tous les dangers. Elle s'installe chez une amie d'amie. Le désir circule, les fêtes s'enchaînent. Un puissant souffle d'aventure anime la ville.Au milieu des années 1970, Chantal Thomas, qui vient juste de soutenir sa thèse, décide de partir. Loin. À New York, alors cité de tous les dangers. Elle s'installe chez une amie d'amie. Le désir circule, les fêtes s'enchaînent. Un puissant souffle d'aventure anime la ville.Aujourd'hui, amenée à séjourner dans l'East Village pour un été, elle retrouve un quartier totalement changé. Seules quelques traces demeurent de la marginalité d'autrefois, des graffitis sur les rares immeubles non encore « réhabilités » et dont Allen S. Weiss, partenaire de ce livre, va extraire des images photographiques qui rappellent un temps révolu.Car l'East Village était un lieu d'immigration et de bohème pauvre, inventive, où tout le monde se rêvait poète, où se rencontraient Allen Ginsberg, William Burroughs, Herbert Huncke, et les fantômes bien vivants d'Andy Warhol, de Lou Reed et du Velvet Underground.Au fil des pages, sur un mode à la fois précis et romanesque, Chantal Thomas évoque St. Mark?s Church, le Chelsea Hotel, les bars, les rues, les peurs, les amours, dans un flottement des genres qu'elle restitue à plaisir, comme portée par la grâce d'une mémoire à même de revivre et faire revivre l'intensité d'une époque ouverte à tout. Par les temps qui courent, ce livre est une merveilleuse évasion, et le rappel d'une chose : la liberté est possible, elle est même un excellent principe de vie...I remember you well in the Chelsea HotelYou were talking so brave and so free...Leonard CohenAvec des photos d'Allen S. Weiss
Ces Essais critiques sont un pan essentiel de la réflexion de Roland Barthes sur le théâtre et la littérature. Des auteurs classiques, comme Voltaire ou Baudelaire, y rencontrent des modernes, comme Queneau ou Robbe-Grillet ; mais il ne s'agit ni d'un palmarès ni d'une galerie d'exemples : du combat brechtien à "l'activité structuraliste", en passant par la naissance du "nouveau roman", se dessine ici le tracé d'une des expériences intellectuelles exemplaires de notre époque, qui est la découverte et l'exploration - à travers les domaines privilégiés de l'écriture littéraire et du langage théâtral - de cet inépuisable empire des signes, où la pensée moderne mesure son espace et son pouvoir.
Tout le monde jure, tout le monde s'insulte: Coluche, San Antonio, le Capitaine Haddock, Brassens, les québécois, les personnages de Pagnol, ceux de Molière, les Guignols, la banlieue et les beaux quartiers, les automobilistes... Scatologiques, politiques, phallocrates, racistes, homophobes, généralement injustes, les injures volent souvent bas. Quant aux jurons, qu'ils invoquent Dieu, les filles de joie ou les excréments, ils ne valent guère mieux. Faites le deuil de l'élégance, mais certainement pas de la curiosité avec ce dictionnaire culturel des gros mots. Chaque injure et chaque juron sont replacés dans leur contexte et leur évolution. Un voyage passionnant dans les marges de notre langue, une balade qui raconte en filigrane l'histoire de notre société, de ses tabous ou de son progressisme. De Abominable à zut en passant par Empaffé, Morveux ou Merdeux, toute l'histoire des insultes et gros mots: un livre essentiel, Tonnerre de Brest !!
La littérature française en 200 notions clés ! La poésie épique, la querelle des Anciens et des Modernes, l'Encyclopédie de Dideret et d'Alambert, le Nouveau Roman... la collection pour les Nuls propose un tour d'horizon de la littérature française à travers 200 notions clés illustrées !