La France s'est voulue et se veut toujours une nation littéraire : la Grèce des Modernes. Royauté, Eglise, Républiques ont concouru à cette fierté. Elles ont favorisé les Lettres dans l'éducation des jeunes Français et respecté les formes sociales accueillantes aux gens de lettres. L'Académie française, institution d'Etat, a été le creuset d'une véritable magistrature nationale de la littérature. La conversation, institution privée, s'est élevée en France au rang d'un art : elle y a ouvert un forum des esprits dont le lieu et le lien communs étaient la littérature. L'Académie et l'art de la conversation ont donné corps au mythe du " génie de la langue française ", qui donnait au français littéraire la vocation d'idiome pour une République universelle des esprits. Phénomène politique et social, les Lettres dans l'histoire de France se prêtent à vérifier l'axiome selon lequel " la littérature est l'expression de la société ". Dans ces trois essais et dans sa préface, Marc Fumaroli analyse les diverses facettes de cette incarnation de la littérature dans la nation française. Il met aussi en évidence que les Lettres (Boccace les nommait " théologie poétique ") ont leur ordre propre. Elles expliquent la société plus encore que celle-ci ne les explique. Le sillage de la théologie poétique défie et surplombe, quand il ne l'informe pas, le déterminisme sociologique et historique. Infime acteur de l'histoire, Chateaubriand n'avait donc pas tort de se sentir plus grand que Napoléon. Son ?uvre détient les clefs du songe dont l'Empereur lui-même n'avait été qu'une figure et une ombre.
Nombre de pages
365
Date de parution
24/11/1994
Poids
233g
Largeur
109mm
Plus d'informations
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EAN
9782070328598
Titre
Trois institutions littéraires
Auteur
Fumaroli Marc
Editeur
FOLIO
Largeur
109
Poids
233
Date de parution
19941124
Nombre de pages
365,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'Europe est le théâtre de rivalités politiques et artistiques entre les grandes dynasties que sont les Bourbons et les Habsbourg. Le mécénat d'art, ecclésiastique et royal, a fortement contribué, à cette période, au fleurissement culturel européen. Dans une langue limpide et savoureuse, Marc Fumaroli, historien littéraire et historien de l'art, laisse transparaître dans cet ouvrage toute sa passion et son enthousiasme pour les arts européens de cette époque. Il y fait valoir le rôle des académies royales, des artistes et de la peinture dans la diplomatie européenne, évoquant tour à tour certains des personnages les plus célèbres qui ont jalonné le Grand Siècle et le Siècle des Lumières : Louis XIV, Poussin, Velázquez, Richelieu, Rubens, Fragonard... Du baroque au néoclassicisme, ce recueil de textes richement illustrés et soigneusement sélectionnés par l'auteur rappelle l'extrême profusion artistique à laquelle l'Ancien Régime donna lieu.
C'est une histoire à trois temps. 1684 : Baltasar Gracian publie en France son ouvrage L'Homme de cour. Ce sera l'énorme fortune, auprès des courtisans français, des maximes espagnoles qui disent comment se comporter en gentilhomme, sans pour autant jamais ou si peu faire appel à la sagesse antique. De l'homme de cour à l'homme de goût, Gracian propose un type moderne de laïc, aguerri moralement et politiquement, à la mesure des situations insidieuses de conflits guerriers entre États de même confession. 1687 : C'est le début en France de la célèbre Querelle des Anciens et des Modernes, qui sera européenne. D'aucuns entendent prouver que l'Antiquité gréco-romaine n'a pas ignoré le conflit, réactivé par Gracian, entre tradition et nouveauté, mais a travaillé à une synthèse entre la maturation au présent et les fondations héritées du passé. Du conflit entre les Abeilles et les Araignées, faut-il conclure à la supériorité morale des Anciens ? 1748 : C'est le retour à l'Antique. Convaincus désormais de leur supériorité sur les Anciens dans l'ordre des sciences et des techniques, les Modernes marquent cependant un retour esthétique et politique aux Anciens, à la lumineuse simplicité de leur style, à la virile liberté de leur civisme, et ils relancent la «guerre des goûts» dans l'Europe des Lumières.
Les exercices de lecture que j'ai réunis dans ce volume ont été écrits, et parfois réécrits, au cours de longues années. Les oeuvres, ou les groupes d'oeuvres, auxquels ces exercices s'appliquent, essais de tous ordres, mémoires, récits de voyage, tragédies, poésies, romans, s'étendent du XVIe au XIXe siècle. Certaines de ces oeuvres figurent parmi les classiques de la littérature française. D'autres, le plus grand nombre, voisinent plus ou moins étroitement avec ces "sommets" aperçus de tous et contribuent à les éclairer. S'il fallait trouver après coup un fil conducteur à ces exercices, dont chacun a été conçu pour lui-même et peut être lu à part, ce serait la fonction de la littérature en France comme lien de civilisation entre individus jaloux (le leur individualité, fonction qui l'a mise en concurrence avec sa mère et rivale, l'Eglise et la religion chrétienne. D'exercice en exercice, absorbé et éveillé chaque fois autrement, je ne me suis jamais proposé d'échafauder une théorie de la littérature, ni une méthode de critique littéraire, mais de découvrir dans chaque cas la juste distance de regard et d'écoute qui replace en leur lieu, en leur heure, en leur humeur propre, l'oeuvre ou le groupe d'oeuvres qui m'ont retenu, afin d'en recueillir le murmure intime ou les intentions communes. C'était prendre le risque de l'extrême diversité, voire de l'éclatement, mais c'était aussi aller au-devant (le la chance de ressaisir des fidélités insistantes et fécondes, rajeunies pendant de nombreuses générations. M. F.
Extérieurement j'ai vécu à l'époque où l'expression République des Lettres désigne, plus ou moins ironiquement, le petit échiquier étroitement parisien ou festivalier, plus que jamais agité, dont les pièces du jeu annuel sont des centaines de romans, et la récompense des parties gagnées, des dizaines de prix littéraires. Intérieurement, pendant plus d'un demi-siècle, j'ai malgré tout vécu, privément avec quelques amis et, depuis moins longtemps, dans l'actuelle Académie des Inscriptions, au sein d'une République européenne des Lettres d'un tout autre genre et d'une tout autre époque. Tel aura été mon "engagement". Me dégageant de l'actualité présente sans pour autant l'ignorer, j'ai cherché à comprendre l'actualité disparue d'une société de savants lettrés solidaires où je me plaisais et qui évoluait étrangement avec une jalouse liberté de mouvement et d'esprit dans des régimes politiques et religieux qui, selon nos critères actuels, passent pour despotiques. Cette étrangeté ou, si l'on préfère, ce paradoxe continue à me fasciner, bien que peu à peu j'aie mieux compris le secret avantage dont jouissaient, en pleine connaissance de cause, mes amis (et objets d'étude) : celui de savoir vivre sur deux étages du temps, l'un se réfléchissant dans l'autre, l'un hors du temps parce que fruit mûr du temps, l'Antiquité gréco-romaine, et l'autre dans un tout autre temps historique, en voie à son tour de mûrissement, mais cette fois sans le réflecteur des "humanités", et de plus en plus déboussolé depuis que ce miroir lui a été ôté." Marc Fumaroli.
Après avoir raconté, dans le premier tome de ses Mémoires, son enfance dans le Maroc d'avant-guerre et son arrivée en France en 1945, Driss Chraïbi reprend le fil de son récit autobiographique. Au début des années 50, il découvre une autre planète, l'Alsace, et s'y installe avec sa femme dans une sorte d'ermitage amoureux voué à l'écriture. Puis ses premiers succès d'écrivain le ramènent à Paris et la communauté maghrébine trouve en lui l'une de ses premières voix dans le milieu littéraire. Défilent ensuite les années France Culture, les années canadiennes, les années à l'Ile d'Yeu, les amis et les rencontres (François Mitterrand, Lucien Bodard...), les paysages, les livres et les femmes de sa vie.
Oui, j'y avais repensé. Qu'est-ce qu'il s'imaginait. Je n'avais pratiquement fait que penser à ça depuis ce matin, mais y penser avait fini par prendre la forme d'une ville, d'un premier amour, la forme d'un porte-conteneurs." Le corps d'un homme est retrouvé au pied de la digue Nord du Havre, avec, dans sa poche, griffonné sur un ticket de cinéma, un numéro de téléphone, celui de la narratrice. Convoquée par la police, elle prend le train pour Le Havre, ville de son enfance, de sa jeunesse, qu'elle a quittée il y a longtemps. Durant ce jour de retour, cherchant à comprendre ce qui la lie à ce mort dont elle ignore tout, elle va exhumer ses souvenirs mais aussi la mémoire de cette ville traumatisée par la guerre, ce qui a disparu, ce qui a survécu, et raviver les vestiges d'un amour adolescent.
Dans l'East Texas profond de la Grande Dépression, la pauvreté règne et dévaste la région comme une tornade. Le jeune Harry Crane découvre le corps mutilé d'une femme noire sur le bord de la rivière Sabine. Il est convaincu que le meurtre est l'oeuvre de l'Homme-chèvre, un monstre de légende. Le nombre de victimes s'alourdit, un homme est lynché et le père de Harry, l'homme de loi local, enquête.
Brontë Emily ; Bellour Raymond ; Lacretelle Jacque
Emily Brontë possède donc le plus singulier des pouvoirs : celui de sa dépendance à l'égard des faits. Avec quelques touches, elle sait évoquer l'âme d'un visage et rendre le corps superflu ; en parlant de la lande, elle fait souffler le vent et gronder le tonnerre. Virginia Woolf. Quand, parmi tous les arbres, je cherche celui dont la forme s'harmonise le mieux avec le cadre du roman tragique d'Emily Brontë, c'est l'image d'un vieux robinier tortueux qui me vient à l'esprit, d'un vieux robinier tordu par le vent qui souffle toujours dans la même direction ; l'écorce est noire, le tronc est creux et, dans ce creux, la pluie a formé une petite flaque où baignent quelques feuilles mortes. John Cowper Powys