
La société
Extrait Je me suis réveillé une première fois à deux heures quatorze, comme chaque jour, puis beaucoup plus tard, comme chaque jour, sans douleur particulière, avec même une petite satisfaction, comme une érection insolite pointant en même temps que le soleil, si soleil il y avait. J'ai hésité un court instant, puis je me suis assis, allongé, recroquevillé sur le côté, levé, enfin, avec la puissance d'un ressort jaillissant du cauchemar, et je suis resté debout, longtemps, les mains se décrispant peu à peu car j'entendais grincer l'ascenseur, du haut vers le bas m'a-t-il semblé. J'avais sommeillé dans la limite du raisonnable : une dizaine d'heures en position étendue yeux ouverts, puis trois ou quatre les genoux ramassés sous le menton, le solde longtemps après, sur le ventre, yeux clos. La lumière s'est allumée. Au moment où elle s'éteignait, vingt secondes plus tard, il y a eu un bruit nouveau de l'autre côté du mur. Ce n'était pas le son progressif ou déclinant propre au mouvement - éloignement, rapprochement -, mais une résonance sèche, discourtoise ai-je pensé, du moins pour qui se soucie d'autrui et donc de l'heure très matinale à laquelle le bruit s'est introduit au rez-de-chaussée de l'immeuble. Un aboiement. La lumière s'est de nouveau allumée. Puis éteinte. J'ai observé à travers le trou de la serrure, et j'ai vu un chien maintenu en laisse, une laisse métallique qui cliquette lorsque le cabot s'ébroue, content à la perspective de la pissette du matin, comme nous autres, mâles éveillés, lorsque nous agitons notre petit animal au-dessus de la cuvette. La bestiole était dirigée par une jeune fille qui officie au sixième, nounou, au pair, je ne sais, payée pour commencer sa journée à retenir un molosse dont le contenu des sphincters giclerait sur le pourtour fleuri du gazon, les quatre pattes bien accrochées au sol, langue pendante, oreilles dressées, poussant fort, puis, l'opération terminée, déchirant l'herbe d'un subtil mouvement de l'arrière-train laissant entendre qu'on peut ramasser derrière, glisser dans la pochette plastique et jeter dans une poubelle. Ce que la jeune fille a fait, j'ai vérifié. Après quoi, elle s'est laissé embarquer par l'animal au point que je me suis demandé qui promenait l'autre, lui cavalant au bout de sa laisse, elle suivant tant bien que mal, les deux bras tendus et arc-boutés pour ne pas lâcher, le visage de plus en plus rouge, congestionné m'a-t-il semblé lorsqu'ils sont repassés devant la fenêtre haute de mon logement avant de revenir sur leurs pattes en direction de l'immeuble.
| Nombre de pages | 233 |
|---|---|
| Date de parution | 01/10/2014 |
| Poids | 238g |
| Largeur | 130mm |
| EAN | 9782246808770 |
|---|---|
| Titre | La société |
| Auteur | Franck Dan |
| Editeur | GRASSET |
| Largeur | 130 |
| Poids | 238 |
| Date de parution | 20141001 |
| Nombre de pages | 233,00 € |
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