Prologue de l'oreille « Pourquoi que vous avez plaqué votre femme? demanda-t-elle. ? Parce qu'elle aime trop les crevettes », dit-il Faulkner, Sanctuaire Par conséquent, il me semblait nettement plus opportun d'en finir dès aujourd'hui. Je devais accepter l'idée qu'il s'était passé quelque chose. Une évidence que cette chose; je pouvais donc commencer à angoisser car je savais mes évidences bordées par la fragilité. L'hésitation s'y greffait toujours comme une seconde peau. On respire un peu plus qu'à l'habitude, on accumule du souffle juste ayant d'entrer, on rêve au temps d'avant l'évidence. On rêve au temps où l'on aimait gentiment l'oreille de sa fiancée Mireille. Cette pensée m'angoisse, une ombre calme mais tenace. Je n'aime plus son oreille. C'est énorme et faible comme une fissure. Comment continuer? On ne peut décemment feindre de l'intérêt pour une oreille déchue. Jusqu'ici je l'avais tant aimée, son oreille. Elle m'était devenue sympathique après huit mois d'une liaison décente; je l'avais même léchée certains soirs. Elle me dégoûte maintenant avec toute son idiote rondeur. La porte du domicile de Mireille semblait savoir, je ne peux l'expliquer, c'est le bois qui tiédissait. Les objets testent toujours nos émotions comme des amis silencieux, sans voix et sans oreilles. La porte s'ouvrit. Au lieu de me précipiter comme à mon habitude sur Mireille, j'ai rêvé un instant que nous aurions précédemment fécondé un fils qui dormirait sagement dès dix-neuf heures (une éducation à la norvégienne); j'aurais pu alors contempler ma progéniture pour gagner du temps. Puis, j'admis que si nous avions un enfant, le moment présent eût été plus laborieux; en un sens, je fus soulagé. C'était presque une méthode, s'angoisser davantage pour voir du rose. Les délices d'autrefois (sa fragilité névrotique), son petit visage à présent gâché, j'étais si lâche. L'odeur du drame me prenait sous les aisselles pour me tasser au plafond. Je ne demandai même pas ce qu'elle avait préparé à dîner malgré un appétit d'habitude. Je tenais bon; je fermai les poings pour absorber le récit de sa journée, je hochai la tête d'une manière honorable, efficace, honorablement efficace. Je me découvris une capacité à illusionner. Capacité certes minable puisque j'attrapai ma serviette de table pour m'éponger. L'essentiel était qu'elle ne me demande surtout pas ce que j'avais. « Qu'est-ce tu as mon chéri? Je te trouve un chouia bizarre. » C'est le chouia qui m'a achevé. Oui je m'éponge, moi le sec. Je voulais tant contourner l'inévitable, mais mon corps me trahit; je mens comme un sérum de vérité. Sur ma tête se lit le choc de l'oreille, ah. C'est fini. « Je n'aime plus ton oreille. » Il y eut un soupir médiocre, et des larmes égales. Avouons que cette séance fut assez digne. On ne s'éternisa pas. En général, c'est tout le problème de l'amour, l'agonie. Le motif que j'ai invoqué y fut certainement pour beaucoup, provoquant chez elle une réaction vive, brutale, excessive. Elle me propulsa sur le palier d'un coup de pied. J'avais toujours soupçonné en elle la capacité à être l'homme de notre couple. Elle savait réagir, virer les malpropres, les amants qui, subitement, n'aiment plus son oreille. Je décelais un peu trop de brutalité, je n'aimais pas ça la brutalité, pas très féminin la brutalité. J'avais bien agi finalement, Mireille était trop brutale. Et vulgaire. Oui, très vulgaire. - Gallimard
Je pense à Iris qui fut importante tout de même, à Émilie aussi, à Céline bien sûr, et puis d'autres prénoms dans d'autres pénombres, mais c'est Alice, toujours Alice qui est là, immuable, avec encore des rires au-dessus de nos têtes, comme si le premier amour était une condamnation à perpétuité". Alice et Fritz s'aiment, et passent leur vie à se séparer. Les raisons: la cyclothymie des mouvements passionnels, les parents et les beaux-parents, le travail et les collègues, les amis d'enfance, deux Polonais comme toujours, les cheveux et les dents, une longue histoire de cravate, la jalousie, et Schopenhauer bien sûr.
Cet ouvrage accompagne l'exposition des dernières oeuvres de Lassaâd Metoui au Château des Ducs de Bretagne, Musée d'histoire de Nantes, dans le cadre du Voyage à Nantes 2024. Peintre calligraphe, Lassaâd Metoui présente des séries sur toiles et des oeuvres à l'encre sur papier japonais Koso. Il puise son inspiration dans la culture japonaise, en particulier dans les écrits du philosophe Kitaro Nishida. Méditation, Intuition, Le monde de la nature, Le monde de la conscience... , tels sont les noms de ces nouvelles séries de grands formats, accompagnées par des notes de "carnets de voyage". Aplats noirs massifs, courbes lancées, tracés au mouvement ample, disques de couleurs fluo ou d'effet miroir, le vocabulaire calligraphique de Lassaâd Metoui se retrouve pleinement dans ces espaces équilibrés, à la recherche de la lumière.
Quelques heures après la naissance de leur fils, Pierre annonce à Nathalie qu'il a invité Michel, son meilleur ami, à la maternité. Le moment semble mal choisi, d'autant plus que cet ami a décidé de venir avec Sophie, sa nouvelle fiancée. Une visite qui tourne vite au règlement de comptes avant de bouleverser la vie de tous les personnages. Dans cette nouvelle comédie de David Foenkinos, où l'on retrouve son univers plein de fantaisie et d'humour, le plus beau jour n'est pas forcément le meilleur.
En Bretagne, un bibliothécaire décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs. Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu'elle estime être un chef-d'oeuvre, écrit par un certain Henri Pick. Elle part à la recherche de l'écrivain et apprend qu'il est mort deux ans auparavant. Selon sa veuve, il n'a jamais lu un livre ni écrit autre chose que des listes de courses... Aurait-il eu une vie secrète ? Auréolé de ce mystère, le livre de Pick va devenir un grand succès et aura des conséquences étonnantes sur le monde littéraire. Il va également changer le destin de nombreuses personnes, notamment celui de Jean-Michel Rouche, un journaliste obstiné qui doute de la version officielle. Et si toute cette publication n'était qu'une machination ? Récit d'une enquête littéraire pleine de suspense, cette comédie pétillante offre aussi la preuve qu'un roman peut bouleverser l'existence de ses lecteurs.
Brodsky Joseph ; Aucouturier Michel ; Bordier Jean
L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.
Ce n'était pas un monde perdu dont je me souvenais, ces mois que nous avions passés ensemble dans les années quatre-vingt. C'était le même temps qui avait continué sa course, et avait fini par nous rattraper." De prime abord, la vie du narrateur semble terminée. Le diagnostic de maladie de Parkinson a d'abord été posé, puis sa femme l'a quitté. Mais un jour, au milieu d'un parc de Copenhague, il croise Anna, son amour de jeunesse, une femme libre qu'il a tant aimée autrefois. Aujourd'hui, elle ne se soucie pas de ce diagnostic, et elle l'entraîne dans le drame de sa propre vie, une histoire emblématique de notre temps, remplie d'abus de pouvoir et de trahisons. Jens Christian Grøndahl écrit une partition subtile où au milieu des souvenirs sont exposées les problématiques les plus actuelles - qui vont de la maladie à l'égarement politique, du fossé entre les générations aux violences faites aux femmes. Une fois encore, Jens Christian Grøndahl nous éblouit par sa capacité à saisir l'esprit du temps et à montrer comment l'on peut choisir de se relever après avoir subi une chute et faire le choix de la vie.
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.
À la mort de sa grand-mère, une jeune femme hérite de l?intrigante commode qui a nourri tous ses fantasmes de petite fille. Le temps d?une nuit, elle va ouvrir ses dix tiroirs et dérouler le fil de la vie de Rita, son Abuela, dévoilant les secrets qui ont scellé le destin de quatre générations de femmes indomptables, entre Espagne et France, de la dictature franquiste à nos jours.La commode aux tiroirs de couleurs signe l?entrée en littérature d?Olivia Ruiz, conteuse hors pair, qui entremêle tragédies familiales et tourments de l?Histoire pour nous offrir une fresque romanesque flamboyante sur l?exil.« Un magnifique roman sur l?exil. Un petit bijou. » Le Parisien« Une fresque familiale vibrante. » Version Femina« Un texte délicat, poétique et poignant. » RTL« Racé comme du Almodóvar. Un coup d?éclat et un coup de maître. Une écrivaine démente. » Le Point« Par la grâce d'un livre, les racines refleurissent. » Courrier de l'Ouest« Cette épopée ne s'oublie pas. » Le Figaro« Le partage est la morale de ce récit ardent. » Le Monde des livres« Un émouvant premier roman autour d?une lignée de femmes frondeuses, marquées par le déracinement. » Elle« Un superbe premier roman. » Europe 1« Une réussite. » Causette Notes Biographiques : Olivia Ruiz est auteure, compositrice et interprète. D?origine espagnole, elle a grandi à Marseillette. Trois de ses grands-parents ont fui la guerre civile mais n?en ont jamais parlé. De ce silence est né son premier roman, La commode aux tiroirs de couleurs.