Deux fois reine, mère de trois rois, Aliénor d'Aquitaine (1124-1204) a régné 67 ans et en a vécu 80, au cours desquels elle a mis au monde une douzaine d'enfants, côtoyé les ecclésiastiques les plus influents (Suger, Bernard de Clairvaux, Thomas Becket) et sillonné l'Europe en tous sens. Un destin exceptionnel pour une femme hors du commun qui perturba en son temps les conceptions traditionnelles qui attribuaient aux seuls mâles l'exercice et la transmission du pouvoir, le choix du partenaire amoureux et le patronage artistique et littéraire. C'est à treize ans que la jeune héritière du riche duché d'Aquitaine épouse le futur roi de France, Louis VII, dont elle et sa s'ur Pétronille mettent la cour en émoi par leur exubérance. Tout sépare les époux: on le dit homme du Nord, austère et dévot, elle, une Méridionale enjouée et frivole. Dix ans plus tard, n'ayant encore donné naissance à aucun rejeton mâle, elle accompagne son mari en Terre Sainte lors de la deuxième croisade. À Antioche, elle retrouve son oncle Raymond avec lequel elle aurait eu une liaison, et annonce au roi son intention de faire annuler leur mariage pour cause de consanguinité. La rupture est consommée. À peine libre, cette encore fort belle femme de trente ans jette son dévolu sur Henri Plantagenêt, futur roi d'Angleterre et son cadet d'une dizaine d'années, qui l?épouse. Elle lui donnera trois filles et cinq fils, au grand désespoir de Louis VII! Elle soutient pourtant contre son mari la révolte de trois de ses fils qui, impatients de recevoir de leur père la réalité tangible du pouvoir promis, s'allient au roi de France. Cette trahison lui vaudra d?être retenue captive pendant 15 ans. Redevenue libre, elle assume le gouvernement du royaume jusqu'au retour de croisade du nouveau roi d'Angleterre, son fils Richard C'ur de Lion. Enfin retirée à l'abbaye de Fontevraud, cette femme infatigable tente à la fin de sa vie de réconcilier Plantagenêts et Capétiens en mariant sa petite-fille Blanche (la future Blanche de Castille) au futur Louis VIII. À sa mort en 1204, l'empire Plantagenêt s?écroule, scellant le triomphe de la monarchie capétienne. Très tôt, Aliénor a fait l'objet d'une « légende noire » qui voit en elle la séductrice impénitente à laquelle les chroniqueurs ont prêté mille liaisons coupables. Femme de caractère, pétrie de cette culture occitane volontiers libertine qui a donné naissance aux poèmes licencieux de son propre aïeul, Guillaume IX, elle est assurément une reine « courtoise », en situation de rupture par rapport au modèle féminin admis. Replongeant dans les sources avec sa rigueur et son intelligence du passé coutumières, Jean Flori s'interroge cependant sur la réalité de ses frasques et sur son rôle ? jadis magnifié, aujourd'hui contesté avec autant d'excès ? dans la formulation et la diffusion de ce qu'on nomme, peut-être à tort, « l'amour courtois ». Fut-elle réellement cette protectrice des troubadours, artistes et romanciers, ou une simple source d'inspiration? L'auteur insiste également sur les liens qu'elle entretenait avec Chrétien de Troyes, sur ce formidable essor des romans chevaleresques dans le milieu Plantagenêt et sur les rapports idéologiques entre la cour historique d'Henri II et celle mythique d'Arthur. Un livre-somme, aussi pénétrant et riche d'hypothèses nouvelles que son précédent Richard C'ur de Lion paru dans cette même collection, au moment où on s'apprête à célébrer le huitième centenaire de la mort d'Aliénor par de nombreuses manifestations en France comme en Angleterre.
Les tensions récentes qui s'exaspèrent depuis quelques décennies entre le monde occidental et le monde musulman attirent l'attention croissante du public sur les croisades, lointaines et souvent très mal connues. D'autant que, si en Occident, on a depuis longtemps, et à tort, pris l'habitude d'associer la croisade à une entreprise légitime et morale, pour nombre d'autres populations, et ceux qui aujourd'hui s'en réclament, ce terme est au contraire synonyme de massacre et d'intolérance. Cette lecture antagoniste est source de nombreuses confusions et idées reçues que Jean Flori s'attache à déconstruire.
Pourquoi la croisade? Qui l'a voulue? combien ont-ils été à prendre la route et quels ont été leurs chefs? Les réponses à ces questions - et à bien d'autres - passent toutes par l'évocation d'un personnage clef, Pierre l'Ermite, figure familière des manuels de nos grands-parents mais à présent négligée par nombre d'historiens,Or une critique serrée des textes montre bien qu'il y eut dès le début, derrière une unité de façade, une large diversité de mobiles et de buts, Si le pape voulait d'abord affermir son contrôle sur l'Église et sur la société, si les Grands entendaient se tailler outre-mer des principautés, les plus humbles, fussent-ils chevaliers, croyaient fermement qu'ils allaient à Jérusalem pour livrer, avec le Christ revenu, le combat final pour instaurer le royaume de Dieu sur la terre, Et c'est Pierre l'Ermite, prédicateur ardent, souvent fanatique, qui sut mettre ces masses en mouvement pour les mener vers la cité sainte; lui dont les harangues déclenchèrent les massacres de juifs dans les villes d'Allemagne; lui qui inlassablement releva les énergies afin que l'entreprise reste - pour le meilleur et pour le pire - ce qu'elle était au départ: une affaire spirituelle, une guerre sainte, II ne pouvait à la longue manquer d'apparaître comme un gêneur Voilà pourquoi les sources, toutes cléricales, le tiennent en suspicion, occultent son rôle et vont jusqu'à le dénigrer, Pourtant l'histoire de la première croisade "ne saurait se dispenser d'une profonde réévaluation de l'action de ce chef charismatique au courage exceptionnel et à la popularité immense.l'aisance avec laquelle se déploie l'érudition fait de ce livre capital la plus captivante des enquêtes en remettant radicalement en cause d'interprétation traditionnelle de la croisade et de ses sources,Docteur d État ès lettres et sciences humaines (1983), Jean Flori, directeur de recherche au CNRS depuis 1987, a travaillé à l'Institut universitaire de la recherche scientifique de Rabat de 1987 à 1992. Membre dit (.entre d'études supérieures de civilisation médiévale de Poitiers, il est spécialiste de l'histoire des idées et des idéologies, en particulier de la chevalerie, de la guerre sainte et de la croisade."
La chevalerie, c'est d'abord une image, celle de nobles héros aux armures étincelantes, brandissant des bannières aux couleurs chatoyantes pour se jeter, la lance ou l'épée au poing, au secours de l'affligé, de la veuve et de l'orphelin. La réalité est plus complexe et l'évolution plus chaotique. Le mot « chevalier » est d'ailleurs ambigu et plus encore la notion de « chevalerie ». Son acception latine, la militia, désigne la force armée au service de l'État. Au Moyen Âge, cette fonction publique s'est privatisée et ses caractères aristocratiques et militaires se sont accrus. C'est le renforcement de la cavalerie lourde qui lui donne son impulsion entre le IXe et le XIe siècles. Mais, il faut attendre le XIIe siècle pour que la chevalerie s'affirme, avec la généralisation de la charge à la lance couchée. Elle se donne alors un code déontologique, fondé sur l'honneur, qui va « humaniser » quelque peu les « lois de la guerre ». Dans le même temps, l'Église tente de lui assigner une mission et une éthique conformes à sa cause. Ainsi s'ébauchent, du XIe au XIIIe siècle, les traits essentiels d'une chevalerie qui se mue peu à peu en confrérie d'élite de la noblesse.
Nouvelle édition augmentée de ce petit pamphlet nécessaire à lire et à diffuser ! Salomé Saqué nous relate des faits, vérifiés et sourcés, sur l’extrême-droite, ses méthodes, ses origines comme ses dangers pour les droits et la démocratie. Mais elle nous donne aussi des pistes pour résister ensemble. Un ouvrage éclairant qui inspire à faire front commun avec beaucoup de justesse mais aussi de force et qui invite à un vrai débat démocratique.
L’autrice dresse ici un état des lieux des attaques grandissantes envers les droits des femmes à disposer de leur corps. Entre recul de l’accès à l’IVG, discours pour un « réarmement démographique » et montée idéologique du masculinisme et de l’extrême droite, le monde semble porter une attention grandissante à leur utérus sans demander l’avis des concernées. Cri d’alarme autant qu’invitation à résister et à agir pour la sauvegarde des droits, voilà un essai court mais percutant à mettre entre toutes les mains.
Partant du constat qu’une dizaine de milliardaires contrôlent quasiment la totalité des médias en France, Olivier Legrain tente d’apporter des données pour comprendre cette concentration des médias, la menace qu’elle fait peser sur la démocratie et les solutions à notre portée pour lutter contre ce qui se joue actuellement. Désinformation, jeux politiques, richesses indécentes et autres contournements des lois et des principes du journalisme sont ici démontrés avec clarté dans un pamphlet qui, à la manière de Résister de Salomé Saqué, informe et invite à l’action collective.
Jeudi dernier, c'est la journée la plus horrible de ma vie, le jour des plus grandes humiliations. J'ai vu que ce que tu appelles "amour" n'était qu'un caprice à satisfaire quel qu'en soit le prix. J'ai aussi vu qu'à moins de me soumettre à ce caprice je n'avais pas de place ni dans ta vie, ni dans ton humanité, ni dans ton estime. La question n'est pas de savoir si je t'aime assez pour supporter tes états d'âme ou si je le souhaite, je sais que je ne veux plus jamais subir ce que j'ai vécu jeudi dernier. Jamais". De la passion d'Emma Goldman pour Ben Reitman, le "roi des hobos", à son combat pour l'émancipation, voici neuf textes, six lettres, et une difficulté : vivre ses idées.
Tour à tour duchesse d'Aquitaine, reine de France puis d'Angleterre par son mariage avec le futur Henri II, Aliénor domine par sa personnalité hors du commun le XIIe siècle occidental. Cette souveraine lucide et lettrée s'imposa vite comme une femme de pouvoir, outrepassant les traditionnelles attributions conférées aux femmes, et occupa une place déterminante dans les relations entre la France et l'Angleterre. Loin de la légende noire que la postérité a pu lui tisser, elle fut également une véritable mécène, protégeant artistes et troubadours. Une femme maîtresse de son destin, qui s'éteignit à l'âge exceptionnel de quatre-vingt-deux ans.
C'est un étrange ensemble que cet " empire " constitué en quelques années par le comte d'Anjou Geoffroy Plantagenêt et son fils Henri II. Il est le fruit de conquêtes, mais aussi d'une habile diplomatie, de mariages avantageux et d'une bonne part de chance. On y voit sous le même pouvoir l'Aquitaine, la Normandie, l'Angleterre, l'Irlande et parfois l'Ecosse. A l'occasion, le regard des Plantagenêts se porte sur le Languedoc, sur l'Empire germanique, ou sur la Méditerranée. Cela ne forme pas un Etat. Souverain en Angleterre, le Plantagenêt est vassal sur le continent. Les hommes, les langues, les cultures reflètent des identités différentes, que ne traduisent pas moins les institutions du monde laïque et les attitudes de l'Eglise. Et si la mer est une route, elle est aussi un obstacle au milieu de l'empire. Quand s'achève le temps des Plantagenêts, il ne reste de l'empire continental qu'une Guyenne si loin de l'Angleterre. C'est alors que le conflit avec la France prend d'autres proportions, avec d'autres enjeux et une couleur désormais nationale. Mais à mesure que disparaît un empire, un autre naît, un empire économique aux dimensions de l'Europe.
Résumé : Quand la mondialisation a-t-elle commencé ? Avec la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb en 1492 ? Bien avant, en réalité. S'appuyant sur un large éventail de sources inédites et sur une archéologie de pointe, Valerie Hansen démontre qu'un objet, une idée ou un cultepouvait faire le tour du monde dès l'an 1000. A cette époque, des caravanes sillonnaient déjà les déserts sans fin de la route de la soie pour relier l'Europe et l'Asie ; des navires vikings descendaient les fleuves jusqu'à la Mer noire et Constantinople tandis que d'autres, partis vers l'ouest, bravaient l'Atlantique pour accoster à Terre-Neuve. En l'an 1000, le commerce d'épices, d'or, d'encens et d'esclaves battait son plein sur les marchés du Caire, de Bagdad et de Quanzhou, les principaux centres du commerce international d'alors. C'est à la découverte de cette période vivante et colorée que Valerie Hansen nous invite, ce moment unique de l'Histoire humaine où explorateurs, marchands et guerriers ont connecté le monde pour lui donner le visage qui est le sien aujourd'hui.