La culture classique et humaniste offrait des armes théoriques pour résister à la tyrannie du pouvoir politique et pour dénoncer les menaces de la société marchande. En revanche, face à la mise en réseau de la société, accomplie aussi bien par le web que par la mondialisation des échanges économiques, les outils d'analyse font défaut. Nos sociétés bourdonnent de plus en plus comme des ruches où chacun se transforme en vecteur d'information. Il y a là quelque chose d'inquiétant, mais difficile de dire quoi. Faut-il incriminer Internet ? Faut-il au contraire se précipiter vers le monde du virtuel, jusqu'à y entraîner l'école, afin de ne pas passer pour archaïque ? Difficile en effet de résister à la liberté, même quand elle semble s'emballer et surtout quand elle se donne l'apparence d'un destin. Le propos d'Alain Finkielkraut et de Paul Soriano n'est pas ici d'annoncer l'Apocalypse mais de s'en prendre, en philosophe et en sociologue, à la naïveté des discours qui chantent les louanges du cyberespace. À contre-courant de l'apologie de l'interactivité, de l'ubiquité, de la flexibilité, les auteurs se dressent contre l'utopie mortifère du monde unidimensionnel de la connexion immédiate : sans durée, sans mémoire (devenue inutile), sans frontières, sans institutions& sans réalité. Sur le débat autour d'Internet, on pourra lire Ces événements nous dépassent& de François Ascher, Internet, et après ? de Dominique Wolton, Lire, écrire, parler, penser dans la société de l'information de Paul Soriano. --Emilio Balturi