Histoire et Alcool fait suite à Sciences sociales et Alcool, paru en 1995 dans la même collection. L'objectif des trois auteurs qui s'expriment dans le présent volume est double : - comprendre ce que fut l'alcool dans le passé national français ; - compléter, par un éclairage historique, l'apport des sciences biologiques et médicales en alcoologie, faire comprendre aux étudiants, chercheurs et professionnels de la santé comment la population française en est venue aux façons de boire actuelles, aux mesures de prévention récentes. Dans la première contribution, Véronique Nahoum-Grappe rappelle qu'en France, sous l'Ancien Régime, on rencontre bien l'alcool, l'intempérance, l'ivresse, etc., mais selon une problématique qui, pour nos contemporains, est toute à repenser en fonction des discours moraux et médicaux, philosophiques et théologiques du moment. Le second chapitre est centré sur le XIXe siècle, période au long de laquelle se généralise la consommation d'alcools industriels et se forge un discours antialcoolique. Myriam Tsikounas tente de comprendre pourquoi la discipline historique, en pleine efflorescence sous la monarchie de Juillet, n'a quasiment pas pris en considération les questions du " boire " et de l'ivresse, abandonnées aux médecins et aux économistes sociaux. Elle traque les rares écrits historiques dévolus au problème et montre en quoi ils s'éloignent de la doxa hygiéniste. Le dernier texte se rapproche de l'époque contemporaine. Thierry Fillaut évoque l'action antialcoolique des Pouvoirs Publics en France sous la Troisième République. Il montre comment ceux-ci sont pris entre le marteau et l'enclume quand, d'une part, ils propagent une législation pour réprimer les excès d'alcool, et, d'autre part, volent au secours de la viticulture française, n'hésitant pas, durant la Première Guerre mondiale, à faire du vin une arme physique et morale destinée à soutenir les combattants. L'auteur décrit aussi l'essor de la lutte antialcoolique au travers de la multiplication des mouvements de tempérance, qui finissent par créer un véritable groupe de pression à l'encontre du pouvoir persistant des alcooliers. Les lecteurs que ces questions d'histoire intéressent ou concernent professionnellement trouveront, en annexe, une abondante bibliographie raisonnée.
Thierry Fillaut, membre du Centre de recherches historiques de l'Ouest (Cerhio - UMR 6258), est professeur d'histoire contemporaine à l'université de Bretagne Sud (département Politiques sociales et de santé publique).
Peut-on éradiquer l'alcoolisme des lois ? Voilà une question qui, en France, soulève périodiquement bien des passions et provoque des conflits mémorables entre alcooliers et experts en santé publique. C'est ce que montrent, en parallèle saisissant, les documents réunis par Thierry Fillaut. A près d'un siècle de distance, autour de l'interdiction de l'absinthe et de la promulgation de loi Evin, on voit s'affronter ces deux forces selon des procédés (le terrain législatif, la tactique des alliances) et avec des arguments de (la santé publique contre la liberté d'entreprise) d'une troublante similitude.
Père la Victoire pour les uns, vecteur de dépendance alcoolique pour d'autres, le pinard, servi comme boisson hygiénique et complément alimentaire pendant la Première Guerre mondiale, a fait l'objet de débats passionnés et enfiévrés au cours et à l'issue du conflit. Qu'en était-il de sa distribution au front ? Quelle place occupait-il dans le quotidien et l'imaginaire des poilus ? Des récits de combattants aux avis des médecins en passant par le théâtre ou l'image, les documents retenus dans ce recueil témoignent de la complexité du regard porté sur ses bienfaits et méfaits en 1914-1918. Ils montrent également que les connaissances scientifiques d'une époque donnée, prises aux jeux contradictoires de l'économie et de la morale, peuvent induire des politiques et des actions porteuses d'effets pervers. Professeur d'histoire contemporaine en Politiques sociales et de santé publique (université de Bretagne Sud), Thierry Fillaut est chercheur associé au Centre de recherches historiques de l'Ouest. Auteur de nombreux travaux sur le boire et l'alcoolisme, il livre ici une nouvelle analyse de l'addiction tant commentée des Poilus au pinard, fondée sur la résonance entre un regard contemporain et des textes d'époque.
L'année 2010 marquera, pour de nombreux pays africains surtout francophones, 50 ans d'indépendance, donc de gestion du pouvoir entre les mains des élites dirigeantes africaines. Seulement, un demi-siècle plus tard, un constat se dégage de l'ensemble des Etats africains : le développement semble s'éloigner de l'Afrique au fur et à mesure que les années passent. Pourquoi l'Afrique demeure-t-elle à la traîne malgré toutes les richesses qu'elle possède ? Le continent noir peut-il se sortir du piège de l'aide pour son développement si la bonne gouvernance s'installe effectivement et si les mentalités changent radicalement ? Compte tenu de l'apport remarquable des diasporas intellectuelles notamment chinoise et indienne pour l'émergence de la Chine et de l'Inde, la diaspora intellectuelle africaine, avec l'élection du fils d'Afrique Barack Obama à la Maison Blanche, ne constitue-t-elle pas le meilleur pilier de l'Afrique pour sortir du labyrinthe de la néguentropie ? Dans le cadre de mes recherches de plus d'une décennie, je présente également ce que l'on pourrait assimiler à une nouvelle théorie des relations Nord-Sud. Ce sont ces réflexions et interrogations auxquelles nous essayons de trouver des solutions pour l'avenir de l'Afrique avec quelques brillants intellectuels de la diaspora africaine d'Europe et d'Amérique du Nord.
Avant la conquête française, la plus grande partie de la moitié orientale du Burkina Faso actuel était occupée par les Mossis. On appelle également "mossis" les représentants de l'ordre aristocratique qui dirige ce territoire, souvent qualifié à tort d'empire, un ordre dont les institutions se sont maintenues durant les six décennies de domination coloniale. Pourquoi et comment ce système a-t-il été préservé alors même que la société toute entière vit de grands bouleversements ? Au moment de la conquête, les chefs précoloniaux n'auraient-ils pas dû être renversés et leur système aboli ? Et lorsqu'on s'approche de la décolonisation, c'est-à-dire d'une indépendance accordée à une élite "moderne" formée à l'école coloniale, la question de l'abolition des organisations traditionnelles n'aurait-elle pas dû être de nouveau soulevée ? Comment les structures politiques mossis ont-elles su se maintenir durant la période coloniale ? Selon quelles modalités ...