C est juste après avoir terminé un de ses chefs-d uvre, Huit et demi, que Fellini se lance dans le plus ambitieux de ses projets: Le Voyage de G. Mastorna. Génial, mais démesuré et coûteux, trop souvent repoussé, le film ne verra jamais le jour.De rares traces subsistent néanmoins: des essais de Mastroianni pour le rôle-titre, quelques photos de tournage, et un synopsis magnifique, écrit en collaboration avec Dino Buzzati et Brunello Rondi, une réponse inspirée à Dante et à sa Divine Comédie, qui se lit comme un roman.Le réalisateur y met en scène son double fantasmé, G. Mastorna, violoncelliste un peu terne et antihéros parfait, dans sa traversée d un purgatoire typiquement fellinien. Le texte, inédit en France, recèle tout le génie, toute la créativité du réalisateur et se révèle plein de surprises et d inventions: un atterrissage forcé en plein centre de Cologne, un cortège papal surréaliste, une hyper gare avec des trains hauts comme des immeubles, une fête macabre où on joue à se jeter du huitième étage, autant d éléments qui font de ce synopsis l incarnation même de la mythologie fellinienne.Si le film n a jamais vu le jour, on sait qu il est resté le grand regret de Fellini, qui a travaillé avec Manara sur son adaptation en bande dessinée. On sort de cette lecture abasourdi de tant d inventivité et rasséréné par cette magnifique réflexion métaphorique sur l au-delà qui, « grandiose et désespérée, douce et enivrante », résonnera longtemps, à l image des dernières notes entendues par G. Mastorna.