Il arrive qu'une existence puisse ressembler à une interminable partie d'échecs racontée par un idiot qui en cherche le sens. Pièce après pièce, le plateau se vide avant de laisser l'un des rois à son triste sort et lé joueur sans illusion. Dérisoires tragédies qu'on évacue d'un geste négligent mais qui deviennent parfois des histoires saisissantes. C'est sans doute parce que Janis Ezerins, mort jeune, pratiquait la langue d'à peine quelques centaines de milliers de locuteurs qu'il n'a pas droit aujourd'hui à la reconnaissance que mériterait son génie. Il suffit pourtant de découvrir ses nouvelles où le destin vient frapper à la porte de créatures perdues sur le grand échiquier pour se convaincre qu'il possédait un don, celui de narrer les fameuses petites ironies qui dévastent les vies trop tranquilles de ses créatures. Ce recueil tente de réparer cette injustice tout en offrant au lecteur, ce joueur de tous les possibles, de sublimes moments de doute.
Illustrations de Greg VezonQuelques années après Maîtres du vertige, Serge Lehman poursuit son exploration d'un vaste et profus continent méconnu de la littérature française en proposant une nouvelle anthologie consacrée à l'âge d'or de la science-fiction de notre pays qui n'a décidément rien à envier aux créations du monde anglo-saxon qui l'ont éclipsée.Romans, nouvelles, illustrations, bandes dessinées, cinéma, critique, tous les champs sont visités en détail par cet aventurier de l'érudition qui sait associer plaisirs du lecteur, enthousiasmes du redécouvreur et précisions du chercheur afin de faire émerger les courants, les nuances, les interrogations et les singularités d'une époque qui, entre les deux guerres mondiales, vit la France au firmament du genre.Six récits figurent au sommaire de ce volume qui remet en lumière des noms aussi importants que Régis Messac, Jean Ray, Théo Varlet, José Moselli, Tancrède Vallerey et, à seigneur tout honneur, le chantre déçu du merveilleux-scientifique, Maurice Renard.Avec ce nouvel ouvrage de référence, Serge Lehman poursuit son travail passionné de réhabilitation, en même temps qu'il nous offre le merveilleux bonheur de plonger dans les ?uvres d'un imaginaire aussi troublant que puissant.
L'humanité est obsédée par son futur qu'elle imagine de moins en moins heureux à mesure qu'elle détruit son présent.Loin de la S.F. à grand spectacle, Jean-Luc Coudray a choisi d'en sourire en imaginant de petits contes prophétiques qui plongent le lecteur dans les délires d'univers nouveaux peuplés d'humains excessifs, comme autant de prolongements de nos errances modernes. Parcouru de robots intrusifs, de fusées HLM, de bébés à louer, de retours à la préhistoire, de conférences autoritaires, de zoos fantasques, de météorologies cotées en bourse, ou de paradis troublants, chacun de ces mondes s'articule sur une conception bien précise du bonheur. Une sorte de catalogue ébouriffant de ce qui nous attend et que nous n'attendons pas.Le bonheur est désormais à votre portée, et dans un futur très immédiat.Couverture : François Ayroles
Miomandre Francis de ; Quiriny Bernard ; Lejonc Ré
Qui a dit que voyager en métro tenait du déplacement anodin ? Quand le héros de ce roman méconnu décide de prendre la direction Etoile pour rejoindre une fête entre amis excentriques, il n'imagine pas qu'il va croiser, dans une rame déserte, le visage bouleversant d'une jeune femme. Comme le destin s'en mêle, il est stupéfait, revenu à la surface, de faire la connaissance de l'inconnue, la diaphane Bellatrix, avec laquelle il passera deux heures qui changeront le cours de sa vie. C'est le début d'un voyage imprévu, celui d'une vie entière placée sous le signe, parfois douloureux, de la passion amoureuse, une passion faite, comme le métro, de stations qui se succèdent jusqu'au terminus. Francis de Miomandre savait, comme nul autre écrivain, "emballer les choses sérieuses dans des papiers de soie colorés" : il le prouve avec ce sublime, fantasque et mélancolique roman d'amour qui est aussi un chant sur ta fuite du temps. Le moment est venu de redescendre dans le sous-sol de Paris pour entendre sa voix nous conter cette ode aux étoiles.