France-Vietnam. Contribution à une histoire de l'anthropologie
Espagne Michel ; Nguyen Giang-Huong ; Nguyen Ba-Cu
KIME
29,00 €
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EAN :9782380721584
L'histoire intellectuelle de la France et celle du Vietnam sont imbriquées au moins depuis le XVIIe siècle. La curiosité inspirée par une culture très étrangère l'a souvent emporté sur la simple volonté de conquête. C'est ce qui explique sans doute la fondation d'une École comme l'École française d'Extrême Orient qui, établie à Hanoï, s'est peu à peu implantée à travers toute l'Asie et a aussi contribué à former des cadres du Vietnam indépendant. Même l'administration coloniale a parfois pratiqué l'ethnographie.Les universités françaises, le Collège de France ont vite partagé cette curiosité et la tentative de comprendre le Vietnam a joué un rôle central dans la fondation et le développement de l'anthropologie en France. Le Vietnam fait partie des composantes de la culture française et inversement. Ces croisements dans la construction des savoirs, dans l'éducation ou même la vie littéraire, pour l'observation desquels la notion d'anthropologie peut fort bien servir de fil directeur, ne sont pas des additions, des juxtapositions mais bien des réinterprétations en chaîne. Le Vietnam a aussi été une provocation en raison de la langue elle-même. Sa structure n'a cessé de fasciner les linguistes jusqu'au XXe siècle comme le montre l'exemple du prêtre linguiste Léopold Cadière. Issu d'une rencontre à l'institut d'études avancées de Paris en octobre 2022 le présent volume tente de circonscrire, à partir d'exemples choisis, des questions dont le traitement permet de comprendre en quoi l'étude des imbrications culturelles franco-vietnamiennes fournit une contribution centrale à l'histoire de l'anthropologie.
Nombre de pages
350
Date de parution
15/11/2024
Poids
526g
Largeur
145mm
Plus d'informations
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EAN
9782380721584
Titre
France-Vietnam. Contribution à une histoire de l'anthropologie
Auteur
Espagne Michel ; Nguyen Giang-Huong ; Nguyen Ba-Cu
Editeur
KIME
Largeur
145
Poids
526
Date de parution
20241115
Nombre de pages
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Tout regard attentif porté sur les textes fondateurs d'une tradition culturelle les fait apparaître dans un halo de formulations divergentes, de variantes, de phases de rédaction antérieures, de corrections après édition, qui facilitent aux lecteurs puis aux exégètes la remise en cause du sens, son déplacement. Au-delà des représentations techniques des variantes, la recherche sur le devenir des textes fait vite intervenir des phénomènes de longue durée concernant la conception de la langue, de l'historicité des formes linguistiques et de leur relation avec les définitions de la raison. Arrivé à ce stade, on doit s'apercevoir que ces phénomènes culturels se distinguent selon les ancrages nationaux. Non que les représentations française et allemande des textes et de leur genèse, pour prendre les deux principaux cas de figure, soient complètement hétérogènes. Au contraire, les importations, les croisements de méthodes jalonnent l'histoire de la relation critique au manuscrit. Les systèmes concurrents ne s'épuisent pas dans des techniques de présentation mais font entrer en ligne de compte le conflit des mémoires nationales avec leurs taxinomies archivistiques incompatibles, le conflit des conceptions de la langue et des rituels d'appropriation des ?uvres. En utilisant au passage les thématisations littéraires de la philologie, on parviendra à cerner la vertu des imbrications franco-allemandes (reconnues ou refoulées) dans la mise en place d'une réflexion sur le devenir des textes.
A l'étude des relations ou des influences entre les aires culturelles, à la pratique de la comparaison tend à se substituer l'analyse de leurs imbrications et de leurs métissages. Les diverses aires culturelles ne constituent pas des sphères closes. Chacune représente un moment dans la construction de l'identité culturelle de l'autre. S'il existe une part française de l'Allemagne et une part allemande de la France, si des pays tiers - par exemple la Russie - interviennent nécessairement dans ce dialogue, la recherche sur les transferts culturels permettra de reconnaître le mécanisme de construction des spécificités nationales, mais aussi un socle historique commun échappant largement aux comparaisons. Pour aborder l'histoire des sciences humaines, l'histoire de l'art, celle des représentations littéraires, des phénomènes de migration, pour analyser les strates étrangères d'une mémoire nationale, diverses disciplines doivent être sollicitées, et leur confrontation avec la question de l'altérité culturelle aide souvent à comprendre leur genèse. On verra en particulier la part de l'ethnologie et de l'anthropologie dans l'effort pour soumettre les systèmes culturels français ou allemand à une histoire régressive. Si la recherche sur les transferts culturels pose l'identité des nations qu'elle met en relation, c'est à la manière dont l'histoire pose ses universaux, pour en limiter la portée. En charge des transferts culturels, les études germaniques se doivent de ne pas négliger un domaine scientifique dont la centralité les renvoie à leurs origines mêmes.
Entre la Prusse de Frédéric II ou de Bismarck et l'Autriche de Marie-Thérèse ou de François-Joseph, s'étendait jadis un territoire, la Saxe électorale, devenue royaume de Saxe. Synonyme de porcelaine, d'une porcelaine décorée des aimables bergeries du XVIIIe siècle français, la Saxe a été durant deux siècles une Allemagne virtuelle. Il faut déconstruire l'histoire intellectuelle, orientée sur l'illustration du national pour retrouver les couches profondes d'une région originellement habitée aussi par des Slaves, traversée par cette frontière secrète qu'est le cours de l'Elbe, une région qui apparaît comme la résultante de multiples transferts culturels. Proche de la Bohême et de l'Italie, associée à la Pologne par une union qui dura plus de soixante ans, devenue grâce à des technologies souvent importées d'Angleterre un des moteurs de l'industrialisation allemande, toujours à l'écoute des révolutions parisiennes, mariant jusque dans l'architecture de Dresde le luthéranisme de stricte observance et le catholicisme italien, la Saxe a fondé son identité sur les métissages. Les foires de Leipzig où se rencontrent des soyeux lyonnais, des artisans italiens, des pelletiers judéo-polonais et des négociants balkaniques, la foire du livre, où s'affirme une littérature allemande et où se décident publications et traductions, sont avec la galerie de Dresde et le monument de la Bataille des nations (1813) les signes d'une perméabilité culturelle assumée ou parfois refoulée. La philosophie et les sciences sociales à l'Université de Leipzig tenteront de penser cette universalité singulière qui définit l'originalité allemande comme un lieu d'échanges.
Il y a exactement deux siècles, en 1821, Charles Nodier inventait l'appellation "genre frénétique" pour désigner la face sombre du romantisme, sa part d'horreur et d'excès, et il fustigeait l'immoralité du genre tout en reconnaissant les séductions sulfureuses que celui-ci exerce sur le lecteur. Alors que la critique du XXe siècle, des surréalistes à Annie Le Brun et Jean-Luc Steinmetz, a retourné la condamnation moralisatrice du XIXe siècle en faisant l'éloge de la portée subversive de ces oeuvres qui structurent leurs intrigues autour du conflit entre le bien et le mal, il est temps d'adopter une approche dépassionnée des morales du romantisme noir. Si les oeuvres noires, comme on le leur a parfois reproché, se caractérisent par leur manichéisme, celui-ci peut prendre des formes variées. Les romans valorisant la vertu et l'innocence de l'héroïne s'opposent ainsi aux récits sadiens faisant goûter au lecteur les délices vertigineuses de la cruauté. Dès l'époque romantique se multiplient les oeuvres ambivalentes, qui, infusant l'ironie dans le modèle du roman noir, rendent plus incertaine la frontière entre bien et mal. Quelles sont les valeurs défendues dans ces fictions ? Les variations morales dessinent-elles une évolution historique ? Sont-elles corrélées à des tendances esthétiques particulières ? Les études réunies ici proposent quelques réponses à ces questions, à travers l'analyse de l'axiologie du romantisme noir de Ducray-Duminil à Gaston Leroux, en passant par Nodier, George Sand, Balzac ou Pétrus Borel.
Comment des écrivains qui n'ont pas vécu la Shoah racontent-ils cet événement ? En France, cette question s'est posée de manière polémique à la parution des Bienveillantes de Jonathan Littell (2006) et de Jan Karski de Yannick Haenel (2009). Cet essai est consacré à l'ensemble de la littérature écrite en français par la génération des petits-enfants, soit par vingt-deux auteurs, qu'il s'agisse de descendants de victimes de la Shoah ou d'auteurs qui se sentent héritiers de cette mémoire. L'analyse de ces oeuvres permet de se pencher sur des questions très actuelles, comme la délicate appropriation d'un héritage, les supposés dangers de la fiction, ou encore l'utopie qui consiste à croire que l'on peut se faire témoin du témoin ou réparer le passé.
Si la plus importante figure philosophique du vingtième siècle était une femme, ce serait Simone Weil (1909-1943), comme on commence à le discerner aujourd'hui. En parcourant les lieux par où elle est passée, ce livre tente de reconstituer le chemin intellectuel et spirituel de Simone Weil. A chaque lieu, qui constitue un moment mental, est attaché un questionnement majeur de son oeuvre, si bien qu'à la fin la pensée de la philosophe apparaît dans sa globalité : c'est d'abord une philosophie de l'esprit où le miracle de la pensée tient dans le mystère des inspirations qui nous traversent. Mais Simone Weil ne peut suivre le fil de ses pensées que si elle se confronte à l'actualité de son époque, de 1929 à 1943, et qu'à travers les milieux sociaux très différents où elle sème le trouble (du syndicalisme à la France libre de Londres, en passant par le monde des usines, la guerre d'Espagne, l'exode de Juifs français) et les rencontres qu'elle fait. C'est une pensée à la fois très intérieure (mystique même) et complètement ouverte aux problèmes économiques, sociaux et politiques d'une tranche d'Histoire que ces pages essaient de reconstruire à partir de la géographie concrète que sa vie dessine. Cependant, l'ouvrage refuse d'enfermer Simone Weil en son temps et prend le risque d'actualiser sa pensée en interrogeant ce que sont devenus les campagnes, les villes et les pays qu'elle a traversés, jusqu'à faire un état des lieux de la France d'aujourd'hui. Une lecture des lieux à partir de sa pensée ; une lecture de sa pensée à travers les lieux.