La trajectoire de Podsekalnikov dans Le suicidé est celle d'un homme qui cherche son bonheur dans une époque où l'artificialité règne, où tous nos faits et gestes sont partagés, où l'intimité n'est qu'un lointain souvenir, où le cynisme régnant peut aller jusqu'à tirer profit de la mort, où l'idéologie a infecté toutes les strates de la société, où penser librement et différemment est mal vu, voir condamnable. Attention, on parle bien des débuts du stalinisme, période heureusement terminée aujourd'hui. Cette pièce valut d'ailleurs à son auteur une censure immédiate avant même sa création, et un exil loin de Moscou et de ses théâtres. Ce texte a par la même occasion signé la fin de la vie créative d'Erdman qui termina scénariste pour films de seconde zone. Il n'écrira plus jamais pour le théâtre. En même temps, comment croire que cette pièce allait passer entre les mailles de la toute-puissante censure de l'Etat ? Evidemment la satire, la comédie, le burlesque, le vaudeville poussés jusqu'à leurs extrêmes permettaient d'espérer. Mais il n'en fut rien. Aujourd'hui, il est plus que capital de la monter. Oui, outre sa prose diablement efficace, sa drôlerie inespérée et sa puissance dramatiquement philosophique, il y a quelque chose qui la rapproche de tant de problématiques sociétales actuelles, toutes proportions gardées. "Je veux vivre" : voilà la simple requête de Podsekalnikov qui voit d'une rumeur propagée sur son possible suicide s'enflammer la société comme une traînée de poudre : ce sera à qui pourra revendiquer ce geste morbide pour sa cause et le récupérer alors pour ses propres intérêts, ou ceux de sa lutte, sans aucune pudeur ni empathie. Oui, souvent, là où la morale est trop revendiquée, c'est là que la morale vient à manquer... Satire d'une actualité évidente et en même temps pièce terriblement efficace, Le suicidé permet de refaire du plateau de théâtre l'endroit où la démesure des sentiments humains doit rentrer dans la juste mesure des mots.
Nombre de pages
136
Date de parution
03/10/2024
Poids
184g
Largeur
140mm
Plus d'informations
Plus d'informations
EAN
9791094086988
Titre
Le suicidé
Auteur
Erdman Nikolaï ; Camar-Mercier Clément
Editeur
ESSE QUE
Largeur
140
Poids
184
Date de parution
20241003
Nombre de pages
136,00 €
Disponibilité
Sur commande en 2-4 jours
Pourquoi choisir Molière ?
Efficacité et rapiditéCommandé avant 16hlivré demain
Économique et pratiqueLivraison dès 3,90 €
Facile et sans fraisRetrait gratuiten magasin
Disponibilité et écouteContactez-nous sur WhatsApp
Erdman Nikolaï ; Markowicz André ; Picon-Vallin Bé
Préface de Béatrice Picon-Vallin:Vertiges du grotesque.Ce qu'un vivant peut penser, seul un mort peut le dire. Nicolaï Erdman.C'est une pièce sur les raisons qui nous ont fait rester vivants, alors que tout nous poussait au suicide. Nadejda Mandelstam.En 1925, un jeune auteur de 25 ans, Nicolaï Robertovitch Erdman (1900-1970), est porté au sommet de la gloire. Sa première grande pièce, Le Mandat, jouée au GosTIM à Moscou, remporte un triomphe dans la mise en scène de Vsevolod Meyerhold. Il écrira Le Suicidé, sa seconde pièce qui, interdite, ne sera jamais jouée en U.R.S.S. de son vivant, puis abandonnera toute velléité d'écriture dramatique conséquente, parvenu qu'il est «à la triste conviction qu'il n'est pas utile»... Dans les encyclopédies soviétiques, on se trompera sur sa date de naissance et quand, vingt ans après sa mort, on publie enfin en 1990 un ouvrage rassemblant ses oeuvres, c'est la version censurée dans les années trente du Mandat qui est choisie!Nicolaï Erdman, petit homme mince, calme, à la diction curieusement bégayante, est arrêté en octobre Meyerhold n'a donc jamais pu monter le spectacle à la fois très théâtral et très contemporain dont il rêvait, capable d'ouvrir un débat dans la salle, d'aiguiser les contradictions, de diviser le public et d'accentuer les positions de chaque spectateur. Pourtant, le lien qui le lie à Erdman est extrêmement profond. En témoigne cette lettre adressée à Meyerhold en 1937, où l'auteur au destin tragique écrit: «Avoir son théâtre, c'est le bonheur le plus rare, le plus difficile et le plus grand pour un auteur dramatique. Pendant treize ans, je me suis considéré comme un auteur heureux, parce que j'avais un théâtre que je pouvais appeler mon théâtre, et ce bonheur m'emplissait d'une extrême fierté, parce que mon théâtre était votre théâtre.»
« Alors? Nadejda Petrovna? on a eu peur ? Vous croyez que la loi n'existe pas dans la république des soviets ? Elle existe? Nadejda Petrovna? elle existe. Il n'y a pas un État au monde où l'on permette de noyer les gens dans le vermicelle au lait. Vous croyez? Nadejda Petrovna? parce que vous faites vos prières en tête-à-tête avec un gramophone? que vous êtes intouchable ? Vous passerez en justice? maintenant? pour gramophone et contre-révolution. »