Dans un passage de Self-Reliance (1841), Ralph Waldo Emerson oppose deux modalités de l'accès au savoir : l'une, qu'il appelle tuition, privilégie la transmission de modèles canoniques ; l'autre, intuition, se caractérise par la résistance à toute forme de discipline imposée du dehors et met en évidence le pouvoir créateur de la pensée. Les successeurs d'Emerson ont vite perçu la portée de ce discours qui dessine quelques-unes des principales figures américaines de la discipline et de l'indiscipline : on pense par exemple a ? Thoreau et au concept de désobéissance civile, repris par de nombreux mouvements de résistance (dans le cadre du Civil Rights Movement, au plus fort de la lutte contre le sida dans les années 1980 et 1990, dans la montée, au même moment, du graffiti comme art politique, ou plus récemment chez les activistes de Black Lives Matter). La question de la discipline et de l'indiscipline engage aussi de nombreux enjeux d'ordre esthétique et épistémologique. Explicitement pensée par Emerson en rapport avec la création artistique, la rupture délibérée avec les modèles dominants se pose notamment avec la question de l'avant-garde. De même, la réflexion sur la discipline et l'indiscipline engage un rapport à l'interprétation et au savoir ainsi qu'à sa transmission : le vocable émersonien de tuition est emprunté à dessein au lexique de l'enseignement, et la mise en cause de ce qui se transmet du maître au disciple interroge aussi la délimitation des champs disciplinaires, sans oublier les formes de contrôle plus ou moins autoritaire auxquelles elle donne naissance (Michel Foucault). Enfin, se poser la question des disciplines et des indisciplines nous amène inévitablement à nous interroger sur notre positionnement dans l'institution, sur notre rapport aux normes et aux injonctions subies et que nous nous imposons.
Carpenter's Gothic ne fait, d'un bout à l'autre, que renier l'Amérique, depuis ses (fausses) origines puritaines jusqu'au présent de l'époque reaganienne. Or tout répudier, c'est paradoxalement le seul moyen d'accompagner jusqu'au bout le mouvement même de l'écriture, qui, comme l'écrit Deleuze, est dérive et trahison. Le roman accumule les images de chute, de déchéance et de mort ; évocation d'un univers en voie d'extinction, il est cheminement, sinon vers le rien, du moins vers le presque-rien qui subsiste encore à titre précaire dans les dernières pages, quand tout est consommé et que pourtant demeure, à l'issue d'une dernière phrase sans ponctuation finale, la possibilité d'une suite indéfinie. Or ce presque-rien, ainsi mis à nu à l'instant même où il s'abîme dans l'illisible page blanche, est précisément ce qui fait qu'un texte est encore possible. C'est à cela qu'est due l'extraordinaire splendeur du diamant noir qu'est Carpenters Gathic : à sa façon de dépouiller le geste d'écrire, de l'isoler de tout ce qui n'est pas lui, de révéler comme jamais son pouvoir de déviance et de fuite, de le montrer suspendu à l'attente de la rencontre avec l'indéterminé qui tient lieu de l'origine absente et, toujours-déjà là, est antérieur à toute fondation comme à tout projet.
La tension entre l'autorité d'une parole et d'un pouvoir hérités et la quête d'une indépendance légitime traverse l'histoire et les cultures des Etats-Unis. Qu'il s'agisse de proclamer une indépendance politique, culturelle, intellectuelle, littéraire ou artistique par rapport à l'Europe ou d'affirmer une identité propre au territoire, les Etats-Unis n'ont cessé d'entretenir un rapport trouble à l'autorité - entendue ici principalement au sens d'auctoritas- en maintenant un état de crise dynamique. Or, il n'y a pas de la légitimité tant politique que culturelle sans un canon, sans un ensemble de règles fixant l'organisation et les modalités d'action du pouvoir politique. Toutefois, aux USA, ce canon s'est révélé ambivalent en raison de son rapport au pouvoir et d'une "fétichisation" qui lui a conféré une légitimité contestée, mais aussi parce qu'il s'est approprié les marges tout en les excluant. C'est au prisme de la tension entre exclusion et appropriation que ce numéro de la RFEA examinera les problématiques afférentes aux concepts de légitimité, d'autorité et de canon.
Terribles brisants aux abords de l'île d'Aros, les Merry Men sont un piège redoutable pour les navires en perdition. On raconte qu'un vaisseau de l'Invincible Armada s'est échoué sur ces récifs battus par une mer démontée. Charlie, un jeune Écossais en vacances à Aros, décide de retrouver l'épave de l'Espirito Santo et son trésor englouti... Un magnifique roman par l'auteur de L'Île au trésor.
L'Effraie des clochers, la chouette blanche de nos campagnes (ou la dame blanche) au vol souple et silencieux, est le rapace nocturne d'Europe le mieux étudié. Sa biologie de reproduction, son alimentation, ses déplacements sont bien connus. Des milliers de nichées ont été suivies, des dizaines de milliers d'oiseaux bagués et des centaines de milliers de proies analysées... Les dernières connaissances sur l'effraie, en France et dans le monde, réunies pour une découverte approfondie de ce bel oiseau qui niche dans les clochers d'église et les bâtiments ruraux, proche de l'homme, fragile et menacé, mais aux facultés d'adaptation étonnantes.
Farouche et nocturne, la Martre des pins est un fantôme de la forêt ; c'est le seul carnivore européen qui vit essentiellement dans les arbres. C'est un prédateur agile, rapide et acrobate. Son alimentation est très opportuniste et varie donc selon les saisons. La martre est si méconnue qu'on l'accuse de méfaits sans fondement scientifique et la beauté de son pelage (transformé en une fourrure très recherchée) à longtemps causé son malheur. Aujourd'hui, c'est fini. La martre a gagné notre respect et mérite sa réhabilitation récente. Cet ouvrage est aussi l'histoire du combat pour faire reconnaître son droit à la différence.
Le 21 juillet 1969, 450 millions de terriens entendent Neil Armstrong, chef de la mission Apollo 11, prononcer ces mots célèbres : " C'est un petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'humanité ". En tout, 12 hommes marcheront sur la Lune. Mais pour aller où ? Comment ? Et surtout pour quoi faire ? Avec quels moyens, quelles difficultés ? Si le contexte géopolitique et les considérations techniques des missions Apollo sont connus des amoureux de l'espace, ces explorations d'un grand intérêt historique, à la base de toutes les connaissances sur le Système solaire, restent largement méconnues du grand public, et même des spécialistes ! Rédigé dans un style clair et attrayant, et complété par une iconographie riche et des interviews des derniers protagonistes vivants, cet ouvrage permet au lecteur de marcher sur les traces des astronautes, comme s'il se trouvait avec eux sur le sol de notre satellite. Un véritable récit d'aventure pour découvrir ce que ces pionniers de la conquête spatiale ont vraiment accompli.
Steyer Jean-Sébastien ; Lehoucq Roland ; Mangin Lo
Il manquait une clef essentielle pour comprendre le monde de Tolkien : la science. On connaissait le formidable écrivain, créateur de mondes, inventeur de langues, on découvre le botaniste, le paléontologue, le géologue, le passionné d'archéologie et de chimie. En autodidacte des sciences, Tolkien a beaucoup observé et s'est posé mille et une questions sur la faune, la flore, les courants marins, les volcans. Voilà ce qui rend si crédibles ses univers imaginaires et ses créatures. 38 experts (archéologue, astrophysicien, philosophe, paléontologue, économiste, psychanalyste, volcanologue, botaniste, chimiste, médecin...) ont passé au tamis les nombreux romans, poésies et correspondances de Tolkien pour en dévoiler les racines scientifiques. Chaque chapitre est ainsi l'objet d'une découverte : le sens caché de l'Anneau qui corrompt, pourquoi les Hobbits ont de grands pieds, l'origine du peuple des Nains, les animaux qui ont inspiré ses dragons, un Ent est-il possible... Illustré par de superbes dessins inédits d'Arnaud Rafaelian, ce livre destiné aux fans de Tolkien, aux amoureux des sciences, et aux autres éclaire d'une lumière inédite cette oeuvre monde.