La vocation du roman est de donner à penser. Prodigue en détails qui laissent songeur, il en dit à la fois trop et trop peu: il esquisse et esquive la pensée. Son langage consiste en idées esthétiques, non en concepts: suggestives, impossibles à circonscrire, comme ouvertes sur l'incertain. La fiction se méfie du discours de la vérité. Le XIXe siècle français représente de ce point de vue un tournant dans l'histoire du genre, le moment où se manifeste son essence: le romancier, bon gré mal gré, renonce à la pensée catégorique. Alors que, dans un tourbillon d'idéologies en concurrence, s'édifie le monde nouveau de la société démocratique, le roman explore "le présent qui marche", comme dit Balzac. Il s'interroge sur la place de l'homme dans cette société mouvante, sur ses désirs et ses angoisses. Pour ce faire, il se renouvelle lui-même: apparaissent le roman intime, le roman historique, le roman réaliste. Face au discours spécialisé du savant, du psychologue, du sociologue, de l'historien (de Maine de Biran, de Tocqueville, de Michelet, par exemple), le romancier se pose en "docteur ès sciences sociales", cherchant à saisir le réel dans sa complexité - et avouant sa perplexité. Le roman donne à penser, mais ne prétend plus instruire. Tel est le paradoxe de la pensée romanesque: à la fois prolixe et sceptique.
Nombre de pages
450
Date de parution
22/04/2010
Poids
450g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782021011722
Titre
Le roman est un songe
ISBN
2021011720
Auteur
DUFOUR PHILIPPE
Editeur
SEUIL
Largeur
140
Poids
450
Date de parution
20100422
Nombre de pages
450,00 €
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De Stendhal à Zola, le roman réaliste est le roman-feuilleton de la société démocratique engendrée par la Révolution française. Lui-même genre démocratique, il fait entendre le pluralisme des discours libéraux, socialistes, chrétiens, républicains, monarchistes... Cette prose est politique : elle ne représente pas le réel, elle questionne les discours de son temps sur le réel. De tonalité satirique, le roman manifeste une démocratie désenchantée en mal de valeurs, alors qu'après 1830 triomphe un libéralisme bourgeois de plus en plus oublieux de l'idéal des Lumières au point de rallier le darwinisme social bientôt théorisé par Herbert Spencer. A travers le destin des personnages, depuis le jeune homme cherchant sa place jusqu'aux comparses figurant les invisibles de la société, la fiction réaliste pointe les pathologies d'une démocratie qui n'arrive pas à faire cohabiter la liberté, l'égalité et la fraternité. Tocqueville explorait les possibles de la démocratie, les romanciers en repèrent les ratés. Balzac, Stendhal, Flaubert, Hugo, Zola portent ces interrogations dans des récits qui débordent leurs opinions contrastées d'individus en une pensée romanesque qui résonne fortement dans notre monde d'aujourd'hui.
Racontant des histoires, Flaubert sonde le langage : il écrit l'histoire des langages de son temps (le langage de la science, de la religion, du politique, comme la conversation quotidienne), et dit leur faillite ou leur vide désespérant.
C'est un essai à partir de l'opposition que fait Balzac entre ce qu'il appelle la littérature des Idées, qui prévalait au XVIIIe siècle, et la littérature des Images, qu'il voit se dessiner au XIXe siècle. Philippe Dufour interroge cette dernière notion et montre que le vide métaphysique qui s'installe au XIXe siècle (Dieu est mort) donne lieu à un nouveau rapport au monde sensible, à la Nature (sachant que Dieu n'y est plus lisible) et au langage ainsi qu'à de nouveaux régimes de l'analogie, du symbolisme, etc. Il revisite dans cette perspective les différents mouvements littéraires du XIXe siècle, romantisme, réalisme, symbolisme, à travers des auteurs comme Lamartine, Baudelaire, Flaubert, Maupassant, Laforgue, Verlaine, Rimbaud, etc. , mais aussi à travers la littérature et le lied allemands, des aperçus sur la littérature anglaise, portugaise, la peinture d'un K. D. Friedrich ou d'un Maurice Denis, etc. En bref, c'est à la fois de l'histoire culturelle (européenne) et de la poétique, d'un très haut niveau. Des microlectures à la Jean-Pierre Richard se combinent avec de grandes synthèses très convaincantes, car Philippe Dufour a le sens du raccourci synthétique et de la formule bien frappée. Il a une belle écriture, vive et élégante, et non dénuée d'humour.
L'objet de ce livre est la représentation de la parole dans le roman français du XIXe siècle, alors que le rapport à la langue a été bouleversé : depuis la Révolution française, plus moyen de croire comme l'homme classique à une langue fixée, naturellement claire et spirituelle. Au sentiment d'unité de la langue succède désormais l'évidence d'une fragmentation: des langages s'affrontent, se posant chacun en détenteur de la vérité. Le romancier représente cette mêlée des langages, repérant ceux qui dominent, ceux qui disparaissent, ceux qui émergent, ceux qui sont refoulés.Il en résulte une nouvelle poétique du dialogue que la première partie de l'ouvrage s'attache à décrire. Le dialogue n'est plus utilisé seulement à des fins dramatiques : il devient un lieu privilégié d'observation du langage, de son fonctionnement ou de ses dysfonctionnements. Les répliques s'espacent au lieu de s'enchaîner comme dans le dialogue théâtral, pour laisser place à des commentaires du narrateur écoutant le non-dit des paroles. Les styles indirect et indirect libre sont des techniques désormais privilégiées pour mettre à distance la parole vive, pour la filtrer. Le narrateur décrit également la voix, les gestes, les regards, tous les signes non-verbaux qui interviennent dans les échanges : le dialogue donne ainsi à lire une conception élargie de la communication. C'est un des enjeux de cette première partie que de montrer comment une forme esthétique (la facture du dialogue) est porteuse d'une pensée du langage (la communication ne se réduit pas aux paroles prononcées).
Lola est une enfant de 12 ans, tuée dans d'atroces circonstances le 14 octobre 2022. Placée en garde à vue, la principale suspecte, D. B., est mise en examen pour meurtre, précédé, accompagné ou suivi d'actes de tortures ou de barbaries, et pour viol. En quelques heures à peine, ce terrible fait-divers bouleverse l'opinion publique, faisant l'objet d'un emballement médiatique inédit. La cynique récupération politique qui s'ensuit entraîne la remise en question de grands principes démocratiques, avec notamment des appels à une justice expéditive et un rétablissement de la peine de mort. Ce livre, écrit par les avocats de D. B., première femme condamnée à la perpétuité incompressible, raconte de l'intérieur les contours de cette affaire hors norme, depuis ses premiers instants jusqu'à la plaidoirie finale, en passant par le récit d'une reconstitution exceptionnelle ou la description d'une Unité pour Malades Difficiles. A partir du point de vue trop peu entendu des avocats "du Mal., La Sinistre Comédie dépeint surtout une effroyable traversée des enfers, caractérisée par l'inquiétant basculement populiste des élites médiatiques et politiques dans leur rapport à la justice et au crime. "S'il faut savoir se taire dans le respect du Droit, il ne faut pas avoir peur de parler pour le défendre. C'est la raison de ce livre."