Ce dossier rassemble des contributions portant sur des approches novatrices, aussi bien de termes de sources mobilisées que d'approches. Les archives et récits des victimes et rescapés juifs sont ainsi croisés avec les documents- officiels et clandestins - de l'époque. Sont redécouverts et appréciés pour leur clairvoyance précoce les travaux pionniers des historiens survivants de la Shoah, à l'instar de Nachman Blumental, directeur de l'Institut d'histoire juive de Varsovie jusqu'en 1949. L'approche micro-historique souligne la diversité locale des situations, tout en révélant des mécanismes comparables dans la persécution et la (faible) survie des Juifs dans les villes les plus connues (Varsovie, Lodz) ou plus modestes (Tarnów). La prise en compte de la matérialité - celles des corps après les gazages dans les centres de mise à mort comme Belzec ou Sobibór, celle des déchets accumulés dans les ghettos- offre des clefs supplémentaires d'intelligence du quotidien de ces hommes, femmes et enfants traqués, enfermés ou cachés, et souvent anéantis dans d'immenses souffrances. Enfin, l'histoire de l'extermination des Juifs de Pologne gagne à être replacée dans le temps long, pour voir non seulement les dynamiques d'exclusion rhétoriques et effectives à l'oeuvre dans la Pologne de l'entre-deux-guerres, mais aussi la très longue ombre portée de la Shoah, bien après la guerre et jusqu'à aujourd'hui. Aborder ces thèmes est essentiel à l'heure où s'épanouissent en Europe des discours de distorsions sur l'histoire de la guerre et sur la Shoah, qui remettent en cause des acquis irréfutables et consensuels de la science historique au profit d'une narration certes plus confortable, mais malhonnête et propre à légitimer les actes politiques les plus violents.
Nombre de pages
389
Date de parution
26/10/2022
Poids
586g
Largeur
150mm
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EAN
9782916966250
Titre
Revue d'histoire de la Shoah N° 216, octobre 2022 : Nouvelles recherches sur la Shoah et l'après-Sho
Résumé : Le docteur Marcel Petiot, surnommé Docteur Satan, est connu comme l'un des plus terribles tueurs en série français du xxème siècle - il est l'auteur d'au moins 26 meurtres dans le Paris occupé. Il fut condamné à mort et exécuté au printemps 1946, lors d'un procès qui passionna tout le pays. Plusieurs ouvrages lui ont été consacrés, mais aucun ne se base sur un travail scientifique d'historien. Jean-Marc Dreyfus a retrouvé les documents de l'enquête policière, le dossier d'instruction et même certains membres des familles de victimes, pour enfin reconstituer avec la minutie nécessaire ce chapitre de l'histoire de France. Au-delà des révélations sur le parcours des personnes assassinés ou les méthodes de Petiot, L'affaire Petiot et la Shoah remet l'affaire dans son contexte, celui de l'Occupation. La majorité des proies étaient juives, d'autres non mais avaient des liens avec des Juifs, dont les malfrats qui s'étaient mis au service de la Gestapo. Et même si les juges ont voulu éviter de faire du procès Petiot un procès politique, c'est bien là que la persécution des Juifs de France a été décrite avec ses méthodes et ses conséquences, pour la première fois publiquement, dès 1946. L'affaire Petiot et la Shoah se lit à la fois comme un true crime, grâce à une narration incarnée et haletante, et comme un livre d'histoire qui nous éclaire sur cette affaire hors-normes : l'un des plus grands tueurs en série français torturant, tuant et brûlant des Juifs entre 1942 et 1944, en plein Paris.
Résumé : Combien vaut un déporté ? Combien pour une victime des nazis ? Le 15 juillet 1960, un accord diplomatique est signé dans la plus grande discrétion par l'ambassadeur de France à Bonn. La RFA s'engage à payer la somme totale de 250 millions de deutschemarks, au bénéfice des "victimes françaises du national-socialisme". Pourtant, il ne s'agit que d'une étape car bien d'autres dossiers restent à régler... Le Quai d'Orsay y travaillera jusqu'en 2001, soit plus de cinquante ans durant ! L'historien Jean-Marc Dreyfus raconte ici pour la première fois les négociations des suites de la déportation. Pour diverses raisons - la crainte de rééditer le traité de Versailles de 1919, les tensions de la guerre froide -, les accords furent délicats et souvent source d'incompréhension. Le rapatriement des corps, l'or volé aux juifs, les biens spoliés (avec Vichy en ligne de mire), les criminels de guerre, les comptes bloqués par les banques sont autant de sujets que les diplomates français eurent à traiter avec leurs homologues allemands, dont certains étaient d'anciens nazis. L'auteur montre à quel point l'antisémitisme était courant au Quai d'Orsay, où les rapports avec les Allemands furent facilités sous l'Occupation... Une histoire totalement inédite faite de rebondissements et de drames humains, qui trouve son dénouement à l'aube du XXIe siècle...
Résumé : Récemment extrait des archives du Quai d'Orsay, le Catalogue Goering est un document exceptionnel. Il s'agit de la liste complète des tableaux qui formèrent la collection rassemblée par le numéro deux du nazisme dans sa propriété de Carinhall, non loin de Berlin. Habilement conseillé par des historiens d'art, Goering profita de son pouvoir sans limites, de l'immense fortune qu'il accumula par la persécution et l'assassinat des Juifs pour assouvir sa passion de l'art et son goût pour la peinture occidentale, les grands artistes flamands du XVIIe siècle, les peintures allemandes du XVIIe siècle, mais aussi l'art classique français et italien. A la fin de la guerre, une partie des oeuvres fut retrouvée par les troupes américaines et le gouvernement français tenta de récupérer celles qui avaient été pillées en France. Rose Valland, attachée de conservation au musée du jeu de Paume, oeuvra sans répit à la mission de recherches, aux côtés des Monuments Men. Le Catalogue Goering raconte, à travers l'inventaire des oeuvres volées, l'histoire de leur collecte puis la recherche des propriétaires après-guerre - tous n'ont pas encore été retrouvés. L'historien Jean-Marc Dreyfus renoue ici les fils de l'enquête en même temps que les équipes des Archives diplomatiques décryptent cet étonnant catalogue.
Dépouiller les Juifs, c'est tout ensemble les humilier, les priver de toute protection en les appauvrissant ou en les réduisant à la misère et, dans le cas des banques et des banquiers, satisfaire à un fantasme aussi vieux que l'antisémitisme (la supposée toute-puissance de la finance juive et les imaginaires complots tramés par ses détenteurs pour détruire les nations). Corollaire et complément des deux statuts des Juifs promulgués par Vichy, l'"aryanisation" constitue en France comme ailleurs une étape nécessaire de la Shoah.Les nazis avaient mis au point dans le Reich puis dans l'Autriche de l'Anschluss des procédures destinées à faire passer les entreprises juives, en particulier les banques, dans des mains "aryennes". Dès les premiers mois de l'occupation en France, les autorités allemandes, secondées - à l'occasion devancées - par le très zélé Commissariat général aux questions juives, voulurent mettre cette expérience à profit, et il se trouva bien entendu des candidats à foison pour assurer l'"administration provisoire" des biens saisis. Si l'opération, en dépit de drames multiples, ne fut pas une réussite totale, c'est surtout parce que les pesanteurs bureaucratiques, la division du territoire en plusieurs zones, parfois la riposte adroite de quelques victimes firent traîner certains dossiers jusqu'à la Libération (les restitutions, qui sont ici analysées pour la première fois, prirent elles aussi des années...).Appuyant sa démarche sur une enquête orale étendue et surtout sur le dépouillement d'innombrables dossiers refermés depuis des décennies et dispersés au gré des circonstances et des administrations, Jean-Marc Dreyfus donne à cette question toute la place historique qu'elle mérite. Avec finesse et précision, il scrute aussi bien les destinées de grandes maisons devenues de véritables légendes comme Rothschild ou Lazard que celles d'humbles établissements d'Alsace ou de Moselle. Il n'a garde d'oublier que derrière des noms illustres ou obscurs se dissimulent des hommes de chair et de sang: quelques privilégiés ont connu l'exil, tous les autres ou presque ont subi l'exclusion, certains sont entrés en résistance, beaucoup ont été déportés pour ne pas revenir. La passion antisémite ne fait pas de différence entre pauvres et riches.