Croisant leurs regards sur la question des Ancêtres, des psychanalystes et des anthropologues ont choisi de mener une réflexion commune autour de la transmission, de la filiation, de l'ancestralité et des processus d'ancestralisation. Représentant d'une histoire individuelle, l'Ancêtre s'inscrit aussi dans une histoire collective, en tant que repère dans la filiation et contenant de la différence des générations. Point d'ancrage des processus d'identification, ni ombre, ni fantôme, l'Ancêtre se distingue du mort. Mort " revitalisé ", il signe la capacité du sujet à investir sa propre histoire, à se l'approprier et à la partager. Loin d'être neutre et uniforme, l'ancestralité est une notion qui. de par les différences entre les sociétés, ouvre à une diversification des représentations, des croyances et des rituels. Idéal ou force de vie, relique ou fabriqué, l'Ancêtre ne peut se résumer à la question des origines et n'est pas seulement un héritage : il est le maillon d'un système dans lequel s'inscrit l'humain, il est ce " nouveau " issu d'un processus d'ancestralisation.
L'émigration a aussi ce pouvoir d'adjoindre le familier et ce qu'on ne voit qu'au terme. Alors remonte ce qui mine dedans et rend le déséquilibre fécond. J'ai aimé Bonampak et cette pause offerte. J'ai contemplé le lieu, les pierres ombrées de palmes où se dessinent les glyphes. J'ai laissé se découdre ces morceaux arrachés, comme des bouts de tissus, comme des bouts de paroles. Lambeaux abandonnés ou blocs trop compacts qui veulent transmettre encore et peu à peu s'oublient, se distordent, s'effacent. La terre les enfonce, comme ce chaos dedans, quand le temps du voyage confronte à ce spectacle. Voyage maritime devenu aérien, l'eau de séparation achève le par-cours. Le fleuve borde le site, les pierres des monuments basculent en cascade, dégoulinent de pluie dans cet air saturé de gouttes d'humidité, l'onde de Palenque enveloppe Bonampak. Un deuil peut commencer. Sans suture, sans bord à bord de plaie qui se solde de rien. Un deuil de mémoire laisse remonter une terre émigrée à l'intérieur de soi. Biographie de l'auteur Sylvie Dreyfus-Asséo, psychanalyste, membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris, agrégée de philosophie, ancienne directrice de programme au Collège Internationale de Philosophie.
André Jacques ; Dreyfus-Asséo Sylvie ; Taylor Anne
Les anthropologues sont-ils seuls à mettre en cause l'opposition classique du masque, comme fausse identité, et du visage nu, comme reflet d'une intériorité qui s'offre au regard d'autrui? Le dispositif de la cure psychanalytique, sa manière d'absenter les visages en face-à-face et, du coup, de brouiller les identités, ne la questionne-t-il pas aussi? Pour les anthropologues, la fonction du masque, qui rend matériellement présente une entité normalement invisible, interroge le système des identifications et des différenciations. Dans la psychanalyse, cette capacité de médiation revient à Eros qui, à la différence de Narcisse, ne se fige pas dans sa propre contemplation mais invente les masques afin d'animer le théâtre intérieur et d'accepter la rencontre avec l'autre. Masque-déformation? Masque-transformation? Quel pouvoir conférer à ce qui peut faire passer du visage à l'identité?
Résumé : La psychanalyse, dès lors qu'elle s'est construite - d'abord à partir de la compréhension du symptôme hystérique, puis à travers l'interprétation des rêves - sur l'étude du conflit entre le désir inconscient et l'interdit, ne pouvait que rencontrer la question de la limite et de la transgression. Mais elle ne pouvait pas ne pas la rencontrer aussi au c?ur même de son exercice : le transfert, rappelle Pontalis, est un " agir ", le transfert est une passion, au point que, comme Freud l'a souligné dans ses Observations sur l'amour de transfert, " la scène a entièrement changé, tout se passe comme si quelque comédie eût été soudainement interrompue par un événement réel, par exemple comme lorsque le feu éclate pendant une représentation théâtrale ". L'idée de transgression n'est toutefois pas à proprement parler un concept psychanalytique, puisqu'elle concerne la normalité et la normativité sociale ; elle n'intéresse la psychanalyse que dans la mesure où la différenciation du psychisme en instances donne à l'interdit un statut psychique, interne, lié au développement du Surmoi. La transgression comprise ainsi concerne toutes les dimensions de la vie humaine : création, sublimation, sexualité, que le sujet soit pris isolément ou dans le réseau de ses appartenances groupales et institutionnelles.
André Jacques ; Dreyfus-Asséo Sylvie ; Hartog Fran
La façon qu'a l'homme d'être dans le temps est une interrogation commune à l'historien et au psychanalyste. Au gré des cultures, des époques, des individus, la représentation du temps et l'inscription des êtres collectifs comme des êtres individuels dans le mouvement de la temporalisation varient. Autant de variations qui font éclater notre idée commune du temps, sa fausse naturalité. Il y a une histoire du temps, il y a aussi une psychogenèse de la temporalité. Peut-être faut-il même envisager que l'idée de temps, en elle-même, procède d'une invention, à l'échelle de la culture comme de la vie individuelle. L'historien et le psychanalyste n'ont ni le même objet, ni la même méthode, leur dialogue n'en est que plus nécessaire.