Quelle est cette ville d'Afrique de l'Ouest, persistant à s'appeler d'un nom très françis et très chrétien alors que la population qui la compose et le pays dont elle fut longtemps la capitale sont majoritairement musulmans? Qu'est-ce que Saint-Louis du Sénégal sinon un formidable lieu de mémoires, aujourd'hui classé au patrimoine de l'humanité par l'UNESCO, installé primitivement sur un site non moins exceptionnel, une île entre fleuve et océan, sésert et terres arables, propice à la fiction et au romanesque? Dans ce livre, Jean-Pierre Dozon nous fait découvrir, à la manière d'un palimpseste, les visages successifs de Saint-Louis. D'abord comptoir de traite, fondé à l'époque de Colbert, se métamorphosant en cité créole, elle devint, sous Faodherbe, la porte d'entrée et le lieu d'expérimentation de la colonisation française en Afrique, puis de la IIIe République conquérante qui l'érigea en commune de plein exercice assimilant tous ses habitants (blancs, noirs ou métis) à des citoyens. Montrant ainsi que Saint-Louis ressortit largement à notre histoire nationale, le livre cependant débouche sur une autre mémoire, celle du fondateur de la confrérie musulmane des Mourides, Cheikh Ahmadou Bamba, qui y fut jugé et condamné par les autorités françaises à la fin du XIXe siècle. Parce que la geste de celui-ci n'a cessé de grandir au fur et à mesure que cette confrérie s'affermissait au sein de la société sénégalaise post-coloniale, le destin de Saint-Louis semble donc désormais balancer entre sa vocation patrimoniale et la vitalité mémorielle de ses ressortissants mourides.
Nombre de pages
132
Date de parution
07/02/2012
Poids
190g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782811106010
Auteur
Dozon Jean-Pierre
Editeur
KARTHALA
Largeur
135
Date de parution
20120207
Nombre de pages
132,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Édifiées durant plusieurs décennies au travers d'histoires coloniales, les relations franco-africaines se sont étrangement prolongées, voire renforcées, au tournant des années 60 : comme si un lien plus puissant que l'avènement des indépendances en avait resserré la trame. Comment les relations de la France avec l'Afrique ont-elles acquis cette singularité qui, selon le juste mot de Hannah Arendt, conduisit la France à traiter ses colonisés " à la fois en frères et en sujets " ? Comment un besoin grandissant d'Afrique, avec son cortège de violences et de dominations, a-t-il, dès l'Ancien Régime, tissé les fils d'une fraternité sans pareil ? Où l'on voit l'Afrique devenir de plus en plus indispensable à la France sur fond d'intrigues historiques ambiguës, ponctuées d'épisodes grandioses et douloureux. Où l'on assiste aussi à l'émergence d'un " désir de France " en Afrique qui achève le tableau d'un insolite chassé-croisé entre une puissance coloniale et son empire.
L'ouvrage analyse la façon dont les Etats nationaux africains, héritiers des découpages coloniaux ont été, depuis la fin de la guerre froide et l'expansion du néolibéralisme, exposés à de fortes dérégulations et à de graves turbulences qui pouvaient laisser penser à leur possible dépérissement. Il en a résulté une montée des particularismes ethniques, des revendications identitaires et, surtout, une profusion de mouvements religieux, principalement chrétiens et islamiques, parfois de cultes plus traditionnels, qui entendent réformer "fondamentalement" la vie sociale et s'immiscer de plus en plus dans la vie politique. S'il met en exergue cette évolution en forme de "gouvernances confessionnelles", susceptible de générer de nouveaux conflits, l'ouvrage défend l'idée qu'en dépit de leurs affaiblissements, de leurs ballottements entre Dieu et Diable, la plupart des États africains résistent, malgré tout, à leur balkanisation et devraient, donc, être soutenus dans la voie de leur renforcement institutionnel et d'intégrations régionales.
Tout en évoquant plus largement son parcours de recherche, l'auteur revient sur ses terrains anthropologiques en Afrique étroitement liés à des épidémies. Il nous fait d'abord découvrir la maladie du sommeil, autrement nommée trypanosomiase humaine, qui connut de gravissimes flambées à l'époque coloniale ; puis il nous ramène au temps du VIH/sida, notamment aux années 1980-90 où certains pays africains avaient des taux de séroprévalence sans commune mesure avec le reste du monde et n'accédèrent à la trithérapie que tardivement. Enfin, il examine certains aspects des épidémies d'Ebola qui frappèrent récemment plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et qui suscitèrent une grande inquiétude dans les pays du Nord. Riche de ces terrains et de relations avec les disciplines biomédicales, l'auteur aborde également ses réflexions et ses engagements en anthropologie de la maladie et de la santé et, pour finir, il livre quelques analyses sur la pandémie actuelle du Covid-19 et sur ce qu'elle a suscité comme "fake news" et comme théories du complot.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.