Plus de vingt ans après sa mort, le 9septembre 1981, Jacques Lacan reste encore paradoxalement un personnage à découvrir. Très réticent face à ce qu'il appelait la "poubellication", il n'aimait guère rendre publics ses opinions, ses pensées et même son travail. Il n'a publié son célèbre recueil de textes, les Écrits, qu'à l'âge de soixante-cinq ans et ne se confiait que très rarement au-delà du cercle des intimes ou de ses disciples dans le milieu de la psychanalyse. Comment commençait-on une analyse avec Lacan ? Que disait-il et comment agissait-il "en privé" ? Pourquoi son enseignement de la psychanalyse a-t-il tant fasciné ses auditeurs ? Pourquoi son rayonnement fut-il exceptionnel non seulement dans le champ de la "santé mentale" mais aussi dans celui de la pensée contemporaine, en France comme à l'étranger ? Ce grand théoricien, souvent réputé illisible, fut-il aussi un grand clinicien ? À ces questions et à bien d'autres, les témoignages de treize psychanalystes d'origines très différentes, qui furent, pour certains dès l'après-guerre, des membres de son entourage immédiat, et quasiment tous en cure ou en "contrôle" sur le divan de la rue de Lille, fournissent autant de réponses. Ces propos très libres, souvent "intimes", à l'occasion critiques, apportent un éclairage original sur un personnage d'exception. Ils ont été suscités par Alain Didier-Weill qui a eu avec Lacan l'expérience d'un dialogue analytique privé et public dans le cadre de son Séminaire.
Nombre de pages
265
Date de parution
03/09/2010
Poids
184g
Largeur
110mm
Plus d'informations
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EAN
9782081249882
Titre
Quartier Lacan
Auteur
Didier-Weill Alain ; Weiss Emil
Editeur
FLAMMARION
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110
Poids
184
Date de parution
20100903
Nombre de pages
265,00 €
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Qu'y a-t-il dans le regard étonné que le nouveau-né pose sur le monde ? dans le "pourquoi" insistant de l'enfant ? dans la sidération de l'adulte à l'écoute d'une note, d'un rythme, d'un trait d'esprit inouïs ? dans le vol suspendu du danseur ? Le surgissement d'un nouveau radical qui va bien au-delà du renouveau lié à la remémoration d'un signifiant refoulé, tel que Freud l'avait formulé. Il est la clé d'un lieu auquel le mot ne donne pas accès et que Lacan situait "plus loin" que l'inconscient. Mais comment s'approcher d'un tel lieu ? L'acte de création semble y mener lorsqu'il offre à notre perception de quoi appréhender l'invisible, l'inouï. Et n'y a-t-il qu'une réponse à cet étonnement ? Quelles instances psychiques met-il en jeu ? Pour répondre à ces questions, la religion offre une piste intéressante : le choix inconscient que provoque le nouveau radical sera celui de l'hérétique (qui veut que l'étonnement subsiste) ou celui de l'inquisiteur (qui veut le voir abdiquer). C'est ainsi que certains philosophes contemporains - tel Alain Badiou - sont conduits, au nom du dogme chrétien inventé par saint Paul, à ne voir qu'une imposture dans l'étonnante universalité des lois de la Parole données par Moïse. L'étonnement est ce qui cesse avec le dogme : lorsqu'il est la voie par laquelle le sujet entre en résonance avec la loi et l'outrepasse ; lorsqu'il rend le complexe d'?dipe plus complexe en le renvoyant à son ancêtre Dionysos, dieu de ce qui sonne et résonne ; lorsqu'il donne accès au nouveau absolu délivrable par le réel.
La vocation à devenir humain nous est, à l'origine, transmise par une voix. Cette " sonate maternelle " est reçue par le petit enfant comme un guide intérieur qui le destine à la parole, et ainsi, à l'altérité. L'hypothèse qu'une telle pulsion invoquante existe est décisive, car elle nous permet de penser autrement les rapports entre loi et désir, pulsion de vie et pulsion de mort, création et mélancolie. Avec audace, Alain Didier-Weill nous invite à réfléchir, parmi d'autres questions, à l'étrange surdité de Freud à l'égard de la musique, en particulier dans la tragédie grecque dont il méconnaît la figure centrale. Dionysos. Deux brèves études sur Moïse et saint Paul interviennent en contrepoint de cette méditation autour de l'énigme que constitue la voix maternelle. Entre la vocation dans laquelle s'engage une parole en quête de sens et l'invocation qui l'anime quand elle est guidée par le son, y a-t-il conjonction ou rencontre impossible ? Par cette question sont abordés les liens de la psychanalyse avec le triple héritage grec, chrétien et biblique.
Freud, nous le savons, était amateur d'art, mais il était surtout intéressé par l'art du Quattrocento ou de l'Antiquité, sur lequel il s'est appuyé pour construire ses théories soit en le prenant comme modèle (?dipe roi ou Hamlet) soit en l'utilisant comme support clinique (Léonard de Vinci, Signorelli). Comment ne pas être étonné qu'il ait ignoré une bonne part des productions artistiques de son époque ? Pourtant ses contemporains, peintres, poètes, écrivains, architectes, musiciens, traitaient des mêmes impasses de la construction subjective, des mêmes expressions du désir, des mêmes questions fondamentalement humaines... Tous les auteurs réunis ici, psychanalystes, philosophes, historiens, éclairent, à leur manière, un pan de cette ignorance mutuelle entre Freud et la Vienne de son époque. Au-delà de la richesse de chacun des exposés, apparaît une lecture nouvelle et forte du rapport du sujet à son temps, et des impasses de la subjectivité dans le rapport à la culture, qui éclaire bien des avatars de notre modernité.
A quelles conséquences prêtent la reconnaissance ou la nonreconnaissance de " l'homme " qui est annoncée dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme ? A ceux qui considèrent que la croyance en " l'homme " universel contribue au désordre du monde, s'opposent ceux qui se trouvent poussés à affirmer que c'est, au contraire, sa négation qui induit le malaise de notre culture. Au delà de sa dimension d'universalité, l'expression " l'homme " évoque aussi un indéterminé qui, en posant l'existence d'un au-delà du déterminé, demande au philosophe, à l'homme politique, à l'artiste, au psychanalyste de se prononcer sur le sens qu'acquiert aujourd'hui pour eux le mot " liberté ". La psychanalyse maintient vivace le droit de l'homme à devenir ce qu'il n'est pas encore, en accentuant, au-delà des différents articles de la déclaration universelle, l'existence d'un article unique et absolu : droit de l'homme devenu parlant à se reconnaître et se faire reconnaître comme parlant : tout à la fois endetté et libéré par la parole.