
La fabrique des émotions disjointes
Les faits d'affects sont à valences multiples. Ils méritent donc d'être interrogés dans le pourquoi de leurs motifs souvent inconscients, dans le comment de leurs manifestations gestuelles et, tout aussi bien, dans le pour quoi de leurs destins éthiques et politiques. Car tout cela fonctionne ensemble dans chaque moment de l'histoire. Ce volume, comme le précédent, s'autorise à vagabonder entre des analyses de cas singuliers très divers, mais pour voir s'y dessiner une configuration particulière bien que, malheureusement, très puissante et répandue. Les faits d'affects y sont réglés selon une disjonction : "fronts contre fronts", en quelque sorte. On entre là dans le vaste domaine d'une anthropologie politique des sensibilités et, notamment, de ce que Svetlana Alexievitch nommait les "documents-sentiments" relatifs à l'expérience des femmes russes enrôlées dans les combats de la Seconde Guerre mondiale. Comment, alors, ne pas s'interroger, en amont sur la "fabrique des émotions" dans le cadre propagandiste nazi, en aval sur la notion économique de "promotion" capitaliste ? Comment, au fil de ce parcours, ne pas revenir à la notion - toujours à revisiter, de Hegel à Marx et de Freud à l'anthropologie contemporaine - du fétichisme, là où justement les relations des sujets aux objets prennent un tour réifié, aliéné, mortifère ? La disjonction affective ne caractériserait-elle pas, pour finir, ce "malaise dans la culture" duquel nous peinons à nous extraire dans un monde où notre liberté dans le "partage du sensible" se heurte constamment à une sorte de loi du marché affectif ?
| EAN | 9782707349873 |
|---|---|
| Titre | La fabrique des émotions disjointes |
| Auteur | Didi-Huberman Georges |
| Editeur | MINUIT |
| Largeur | 135 |
| Poids | 426 |
| Date de parution | 20240314 |
| Nombre de pages | 390,00 € |
Pourquoi choisir Molière ?
Du même auteur
-

L'éboulis de l'être
Didi-Huberman GeorgesOn gravit un chemin de terre. Là-haut, dans les montagnes du Péloponnèse, le temple d'Apollon Epikourios à Bassaé se dresse mais, aussi, tombe en éboulis. Occasion d'une rêverie philosophique au milieu des colonnes qui se lézardent, des soubassements qui s'effondrent et des pierres éparses dans le champ en contrebas. Puis vient éclore la réminiscence de " L'origine de l'oeuvre d'art ", ce texte esthétique majeur de Martin Heidegger. Et la nécessité de sa relecture critique.EN STOCKCOMMANDER15,00 € -

Celui par qui s'ouvre la terre. Saint Georges, versions d'une légende
Didi-Huberman GeorgesL'iconographie de saint Georges est fascinante, pour sa diffusion dans le monde chrétien – oriental puis occidental – comme pour sa plasticité extrême, son inventivité figurative toujours renouvelée. Au-delà du jeu habituel entre personnages du récit (le chevalier, la princesse, le dragon) et attributs récurrents (la lance, la croix ou la gueule animale), cet essai vise à ouvrir méthodiquement l'analyse iconographique à une dimension tout à la fois plus anthropologique et plus formelle. Les acquis de l'analyse structurale des rites, des mythes ou des récits légendaires sont ici convoqués pour leur mise en évidence des transformations. Mais ils sont à leur tour "ouverts" à une dimension d'"exégèse interne" des motifs, des formes ou des mouvements. C'est alors une phénoménologie et une dynamique figurale des processus d'ouverture – ouverture du corps martyrisé, de la femme conquise, du territoire acquis, de l'animalité domptée, etc. – qui passent au premier plan. Et cela jusque dans le nom même de "Georges" qui, précisément, signifie "celui par qui s'ouvre – ou s'oeuvre – la terre".EN STOCKCOMMANDER24,99 € -

Les Anges de l'Histoire. Images des temps inquiets
Didi-Huberman GeorgesNos temps sont inquiets ou inquiétants, c'est vrai. Comment penser cela ? Comment donner forme - une forme qui ne soit pas stérile, pas seulement désespérée - à cela ? La tradition religieuse en Occident a produit une philosophie de l'histoire "théologico-politique " : un dogme de la fin des temps (eschatologie) associé à une notion " glorieuse" du pouvoir (politique). Tout cela mis en scène dans des visions effrayantes où les anges de l'apocalypse exécutaient militairement les ordres divin concernant le devenir de nos sociétés humaines. Aux temps modernes, une pensée de l'ici-bas est venue contester cette vision de là-haut. Les anges de l'apocalypse sont devenus les êtres-anges de l'histoire : étranges, en effet, car ils manifestent, par crises immanentes, la façon dont les temps historiques nous atteignent, nous étreignent directement. En 1939 et 1940, Walter Benjamin, penseur antifasciste alors aux abois, écrivit, quelques mois avant son suicide, un texte capital pour notre pensée contemporaine : ses "thèses" - qui n'en sont pas vraiment - "Sur le concept d'histoire" . Au centre de ce texte se trouve mise en scène la confrontation avec une simple image : la petite aquarelle de Paul Klee intitulée Angelus Novus. C'est l'allégorie d'un nouvel "ange de l'histoire" . Ce livre - qui prolonge un questionnement ouvert dans Survivance des lucioles - tente d'interroger cet ange au prisme de son caractère enfantin mais aussi dialectique, de son rapport à la tradition - juive, en ce cas - autant qu'à l'imagination d'une philosophie de l'histoire capable de forger les motifs d'une possible espérance politique.EN STOCKCOMMANDER22,00 € -

Ce qui nous soulève. Tome 1, Désirer, désobéir
Didi-Huberman GeorgesNous avions beaucoup enduré et puis, un jour, nous nous sommes dit que cela ne pouvait plus durer. Nous avions trop longtemps baissé les bras. A nouveau cependant ? comme nous avions pu le faire à l'occasion, comme d'autres si souvent l'avaient fait avant nous ? nous élevons nos bras au-dessus de nos épaules encore fourbies par l'aliénation, courbées par la douleur, par l'injustice, par l'accablement qui régnaient jusque-là. C'est alors que nous nous relevons : nous projetons nos bras en l'air, en avant. Nous relevons la tête. Nous retrouvons la libre puissance de regarder en face. Nous ouvrons, nous rouvrons la bouche. Nous crions, nous chantons notre désir. Avec nos amis nous discutons de comment faire, nous réfléchissons, nous imaginons, nous avançons, nous agissons, nous inventons. Nous nous sommes soulevés. " Ce livre est un essai de phénoménologie et d'anthropologie ? voire une poétique ? des gestes de soulèvement. Il interroge les corps avec la psyché à travers le lien profond, paradoxal, dialectique, qui s'instaure entre le désir et la mémoire. Comme il y a " ce qui nous regarde " par-delà " ce que nous croyons voir " ; il y aurait peut-être " ce qui nous soulève " par-delà " ce que nous croyons être ". C'est une question posée en amont ? ou en dedans ? de nos opinions ou actions partisanes : question posée, donc, aux gestes et aux imaginations politiques. Question posée à la puissance de se soulever, même lorsque le pouvoir n'est pas en vue. Cette puissance est indestructible comme le désir lui-même. C'est une puissance de désobéir. Elle est si inventive qu'elle mérite une attention tout à la fois précise (parce que le singulier, en l'espèce, nous dit plus que l'universel) et erratique (parce que les soulèvements surgissent en des temps, en des lieux et à des échelles où on ne les attendait pas).Sur commande, 2 à 4 joursCOMMANDER32,00 €
Du même éditeur
-

Ceux qui appartiennent au jour
Doude van Troostwijk EmmaLe temps d'un séjour de quelques semaines dans sa maison d'enfance, la narratrice raconte ses retrouvailles avec sa famille, où, depuis trois générations, hommes et femmes ont choisi le métier de pasteur. Mais quand elle arrive, quelque chose de cet ordre ancien s'est profondément déréglé. De ses proches, elle raconte les rires, les chutes, les chants. De toutes ses forces, elle les soutient, quand leur vie ne semble plus tenir qu'à un fil.EN STOCKCOMMANDER8,50 € -

Autour du monde
Mauvignier LaurentRencontrer une fille tatouée au Japon, sauver la vie d'un homme sur un paquebot en mer du Nord, nager avec les dauphins aux Bahamas, faire l'amour à Moscou, travailler à Dubaï, chasser les lions en Tanzanie, s'offrir une escapade amoureuse à Rome, croiser des pirates dans le golfe d'Aden, tenter sa chance au casino en Slovénie, se perdre dans la jungle de Thaïlande, faire du stop jusqu'en Floride. Le seul lien entre les personnages est l'événement vers lequel tous les regards convergent en mars 2011 : le tsunami au Japon, feuilleton médiatique donnant à tous le sentiment et l'illusion de partager le même monde. Mais si tout se fond dans la vitesse de cette globalisation où nous sommes enchaînés les uns aux autres, si chacun peut partir très loin, il reste d'abord rivé à lui-même et à ses propres histoires, dans l'anonymat.EN STOCKCOMMANDER10,00 € -

Les Bacchantes
EURIPIDEDionysos est là. Il arrive depuis toujours. Il vient d'ailleurs, mais il est partout; c'est qu'il est le dieu du théâtre. La tragédie qu'il met en place sera plus tragique qu'une autre, puisqu'il s'agit de lui. Il lui faut un homme qui lui résiste, à qui il puisse faire la chasse pour le prendre dans les filets du délire. Les Bacchantes sont la pièce du délire qui finit mal. Ce n'est pas l'auteur et ce qu'il a pensé qu'on cherchera, ni en deçà de lui, la langue et son rythme. L'athée s'est-il converti? Peu nous chaut. Au théâtre le poète est masqué, sous les masques de ses personnages. La vigueur de la mise en perspective dépend de sa discrétion. Telle est la règle de l'objectivité scénique. L'auteur ne délivre pas de message. La victime n'apporte pas de salut. La fête n'en répand pas moins ses lumières et ses fastes, ses fantasmagories, ses jeux de cirque, ses bouffonneries et ses horreurs. L'initiation cultuelle des mystères dionysiaques s'y est faite initiation théâtrale. La gloire est toujours douce, dira-t-on, même pour le dieu. Toute arme est bonne pour gagner, surtout celle de la dévotion.EN STOCKCOMMANDER12,00 €
De la même catégorie
-

L'homme révolté
Camus AlbertEssai majeur de l'oeuvre d'Albert Camus, L'Homme révolté est un livre prophétique sur la situation politique et sociale de la France des années cinquante. Marquant l'engagement philosophique de Camus, cet ouvrage est une relecture personnelle des grandes étapes de l'esprit de révolte, de la Révolution française à la Révolution russe. Les grands penseurs, de Sade à Nietzsche en passant par Marx ou Saint-Just sont évoqués et analysés, de même que les grands courants de pensée à la marge ou aux extrêmes, des nihilistes aux surréalistes en passant par les anarchistes ou les royalistes. Grand essai érudit et cultivé, dans l'esprit de l'honnête homme, cet ouvrage aborde la révolte sous ses aspects métaphysique, historique, et artistique. Plus que de toutes autres de ses oeuvres, on retrouve ici exprimée l'évolution de l'esprit contestataire de Camus, qui fait de cet essai un classique absolu. L'Homme révolté est une sorte de Lipstick Traces avant l'heure, en moins rock'n'roll certes mais tout aussi remarquable. --Florent MazzoleniEN STOCKCOMMANDER10,00 € -

L'existentialisme est un humanisme
Sartre Jean-Paul ; Elkaïm-Sartre ArletteBeaucoup pourront s'étonner de ce qu'on parle ici d'humanisme. [...] Nous entendons par existentialisme une doctrine qui rend la vie humaine possible et qui, par ailleurs, déclare que toute vérité et toute action impliquent un milieu et une subjectivité humaine. [...]L'existentialisme n'est pas autre chose qu'un effort pour tirer toutes les conséquences d'une position athée cohérente. Elle ne cherche pas du tout à plonger l'homme dans le désespoir. Mais si l'on appelle, comme les chrétiens, désespoir toute attitude d'incroyance, elle part du désespoir originel. L'existentialisme, n'est pas tellement un athéisme au sens où il s'épuiserait à démontrer que Dieu n'existe pas. Il déclare plutôt : même si Dieu existait, ça ne changerait rien ; voilà notre point de vue. Non pas que nous croyions que Dieu existe, mais nous pensons que le problème n'est pas celui de son existence ; il faut que l'homme se retrouve lui-même et se persuade que rien ne peut le sauver de lui-même, fût-ce une preuve valable de l'existence de Dieu. En ce sens, l'existentialisme est un optimisme, une doctrine d'action."EN STOCKCOMMANDER8,10 € -

Parler de Dieu. Un dialogue avec Simone Weil
Han Byung-Chul ; Mannoni OlivierEN STOCKCOMMANDER16,00 €


