Sur l'île de Laysan, berceau de ce poème narratif, les bancs et les rivages ne brillent plus que des reflets plastiques charriés par l'océan. Les albatros – espèce endémique de cet atoll – disparaissent à petit feu, contraints d'ingurgiter ces déchets en exil, s'étouffant, s'empoisonnant, pourrissant à coeur ouvert. Ces vers capturent l'horreur qui se joue en sourdine, loin de l'indolence de nos quotidiens. Il porte la voix déliquescente d'un albatros de Laysan, en lutte contre les déchets de notre humanité échouée. Ce poème, c'est l'oraison de cet albatros, le premier et le dernier chant d'un biotope en voie d'extinction. Composé dans la fureur d'une langue impétueuse, le texte se pare de rythmes lapidaires et lapidants. Il retranscrit le flux du ressac – long va-et-vient englué de polymères à la dérive –, comme un silence de mort. Il dit le mutisme qui règne sur le sable de ce récif, sur cette enclave assiégée. Chaque page devient une île et chaque strophe une vague qui vient s'y frotter, s'y écraser pour mieux repartir. Le sens de la lecture traduit la fougue de l'océan. Le poème change d'allure en fonction de la lecture, tant les éléments peuvent se mêler : à l'image de l'eau, la phrase s'adapte à son réceptacle. La poésie se fait alors écume des rebuts plastiques de notre vie moderne. Elle ne se limite pas à la beauté : elle retranscrit l'horreur.
MELANCHOLIA. J'offre à la poésie mon lit défait et ces images. Nourries au robinet de ce coeur entartré, Les murs de mes vers suintent en cloques crevées. Et jaunies sont les pages où s'écoule ma sage. Mélancolie. D'étranges breloques s'entassent sur le sol. De mon âme, taudis enténébré et sale, Et je me perds dans ce dédale de poussière. Où mon amour n'est plus qu'étreinte avec ma seule. Mélancolie. Ces breloques je vous les jette à la figure. Comme l'on crache l'excès d'un sang noir et rance ; Je vous laisse seuls, à votre tour, en pâture. A l'humide déshérence de mes silences. Mélancoliques.
Résumé : Sud Liban, de 2006 à 2010. Georges est né au Liban, près de la frontière avec Israël. Il arpente les ruines archéologiques qui entourent son foyer et deviennent le terrain des jeux complices qui l'unissent à sa petite soeur, Joumana. Très jeunes, les enfants assistent à la destruction de leur pays et à la résurgence des traumatismes de la guerre civile. Malgré les affres de l'après-guerre, leur innocence devrait les préserver du pire... Beyrouth, 2019. Georges vit dans la capitale, où il étudie les sciences politiques. Brillant, il est remarqué par l'austère Joseph Ramayel, qui l'engage au sein du journal de l'université. Au fil d'un travail de rédaction délicat, un lien particulier se tisse entre les deux hommes. Le professeur semble jouer un jeu dangereux dans ce pays fragilisé par une mémoire encore brûlante. Georges se retrouve alors entraîné dans une histoire rocambolesque, qui va bousculer le cours de sa vie. Quelle force tiendra l'imaginaire dans ce pays où tout semble prêt à voler en éclats ?
Matin Brun est une micro-fiction qui, sous couvert d’absurde, dénonce les dangers de l’installation d’un pouvoir dictatorial et la manière pernicieuse dont nos droits sont progressivement rognés. Franck Pavloff dresse un portrait glaçant et réaliste d’un citoyen lambda confronté à l’installation du totalitarisme contre lequel il ne fait rien. Par habitude, par lâcheté, par lassitude, par peur… Jusqu’aux inévitables regrets. C’est un texte court mais marquant. Une lecture essentielle.
Deux hommes, un paysan ferrailleur et un peintre, ont creusé dans leur exil, terre et lumière une vie durant avant de nous laisser leur force solaire. Dans ce second recueil publié à La Boucherie Littéraire, Paola Pigani délivre un long poème d'adieux qui prend naissance au pied d'une chaise vide. L'absence se matérialise, la mort, jamais qu'une voix nostalgique éloigne pour dire l'enfance terrestre offerte en héritage par son père et sa mémoire ardente comme un champ d'or peint par Van Gogh.