André Breton s'étonnait naguère que l'art en France parût surtout soucieux" de jeter un tapis de fleurs sur un monde miné ", et il remarquait que le problème" n'est plus de savoir si un tableau tient par exemple dans un champ de blé, mais bien s'il tient à côté du journal de chaque jour, ouvert et fermé, qui est une jungle ". [...L'?uvre de Webern acquiert un prix particulier du fait qu'elle est une des très rares de ce temps qui réponde aux exigences auxquelles nous sommes en droit d'attendre que satisfasse une ?uvre d'art. Souci d'économie et science du dosage, soumission à des canons rigoureux, qui n'exclut pas l'aisance avec laquelle sont apportées aux problèmes techniques des solutions élégantes (toute technique codifiée n'étant qu'abstraction dépourvue de sens tant qu'elle reste à l'état de norme figée sur laquelle ne se greffe rien d'actif), volonté d'invention continue, refus de tout arbitraire, la beauté plastique venant ici au premier rang des objectifs poursuivis. On sait que Schoenberg disait de son disciple qu'il avait su exprimer un roman en un seul soupir. Laconisme exemplaire, de nos jours où l'inflation verbale, sinon sonore, est à son comble, et notamment dans le domaine de la création romanesque où ceux-là mêmes qui sont tenus pour des maîtres s'abandonnent à un étroit empirisme, faute de considérer leur art comme la recherche audacieuse de quelque chose d'essentiel qu'il s'agit de pousser aux limites du possible avec ce maximum de lucidité et de rigueur qui est précisément le fait de la maîtrise."
Nombre de pages
12
Date de parution
06/10/2003
Poids
98g
Largeur
190mm
Plus d'informations
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EAN
9782841031221
Titre
Strawinsky et Webern au Domaine musical
Auteur
Des Forêts Louis-René
Editeur
WILLIAM BLAKE
Largeur
190
Poids
98
Date de parution
20031006
Nombre de pages
12,00 €
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Les quatre récits qui composent ce recueil participent d'une inspiration commune et illustrent, à travers des différences d'arguments et de structure, la préoccupation essentielle de l'auteur du Bavard. Ils sont comme les étapes d'une longue et patiente démarche, parfois orientée, parfois errante, mais toujours en quête d'un but peut-être inaccessible. C'est ainsi que tel thème à peine esquissé dans le récit qui donne son titre au volume se trouve repris et développé dans Une mémoire démentielle et va même jusqu'à constituer plus ou moins visiblement la trame de Dans un miroir. Ces trois récits, de même que Les grands moments d'un chanteur, peuvent d'ailleurs se lire comme les versions successives d'une autobiographie intérieure sur laquelle, du fait que presque tout s'y réfère à la vie la plus secrète - celle des rêves, des phantasmes, des obsessions -, plane un soupçon d'irréalité qui conduit le narrateur lui-même à les récuser tour à tour. Cependant, la description des événements demeure toujours concrète, et les personnages épisodiques que nous voyons s'animer à travers les yeux du narrateur, soldats, prêtres, collégiens, artistes, etc., gardent le mouvement même de la vie.
Publié en 1946, remanié lors d'une nouvelle édition en 1963, Le Bavard, pure contamination des mots les uns avec les autres, étend cette contagion avec une rage qui offre peu d'exemples à l'ensemble des protagonistes du drame, gagne à sa cause délétère les figures mêmes de l'auteur et du lecteur, provoquant de la sorte un rare et extraordinaire malaise. Il ramasse de la façon la plus éprouvante et la plus sarcastique la destruction, le saccage, le désir de silence autant que l'envie de perdre et de mourir. Il rappelle à la mémoire les interminables et prodigieux jeux vains, obligatoirement perdants, du désaveu, auxquels la langue dans laquelle il s'enferme oblige parfois, en le terrorisant, un enfant qui fait v?u de se taire. Enfin il révèle un désir plus général et plus obscur: désir d'une médiation pour elle-même, dénuée de toute fin.Véhicule qui ne véhicule plus rien, que rien ne subordonne que lui-même, qui se consomme totalement en soi autant qu'il consume avec intensité les forces qui le sous-tendent. Telle une offrande. Le caractère exemplaire, presque "catégorique", qu'un tel écrit présente est renforcé par la violence, qu'on peut dire désastreuse, qui le porte. Au sein de ce récit qui reproduit et détruit en effet intensément des textes célèbres de H. von Kleist et de F. Dostoïevski, c'est la langue même qui se résout en retournant ses armes contre elle-même, qui se porte en avant et s'expose dans le dessein insensé de perdre définitivement la bataille. Qui s'escrime à défaire, à détruire les fonctions dont les sociétés et les cultures la prétendent porteuses. Défi et carnage.
Résumé : " Allons, réveille-toi, secoue ta vieille carcasse et debout sans tarder, sinon prends garde de te rendormir cette fois pour de bon ; enfoui dès lors, claustré dans une nuit perpétuelle, comme il t'adviendra fatalement, mais évite autant que faire se peut d'en hâter l'échéance par apathie ou volonté insidieuse de perdition, ne sois pas le fossoyeur de toi-même dans l'idée puérile de demeurer jusqu'au bout le seul maître de ton destin, ce qui n'est en rien conforme à la vérité, aussi flagrante qu'en soit l'intention. " Revu et ordonné par Louis-René des Forêts peu avant sa mort, Pas à pas jusqu'au dernier révèle les méditations de l'auteur d'Ostinato autour de la fin ultime.
Matsuo Bashô (1644-1694) est resté un des poètes les plus chers au c?ur des Japonais qui tous peuvent réciter au moins un de ses tercets ou hokku (que l'on appellera haiku par la suite). Ce fils et frère de samouraï quitta très tôt le service des armes pour se consacrer à l'étude des littératures classiques du Japon et de la Chine et à la pratique du haikai, poésie enchaînée collective très populaire en son temps. Bien vite, il fit entendre une tonalité, un style, un esprit spécifiques, et créa son école appelée le shômon. Bashô, tout en conservant les sujets réalistes, le langage quotidien et l'humour du haikai, y transfuse l'exigence esthétique et la sensibilité de la poésie classique (waka, renga). Sa manière se caractérise notamment par son attention aux petites choses de la vie et à la profondeur qu'elles recèlent. Le poète consacra les dix dernières années de sa vie à voyager à travers le Japon pour donner des leçons, établir des cercles de disciples, mais aussi pour renouveler son inspiration et poursuivre sans concession la vérité du monde. Le voyage devint dès lors un pèlerinage et une ascèse mystique. De ces pérégrinations, Bashô tira plusieurs journaux poétiques dont le plus célèbre est L'Étroit Chemin du fond où il consigne et met en ?uvre l'essentiel d'un périple à pied de cinq mois dans le nord du Japon, de temples en sanctuaires, de sites géographiques en lieux marqués par les tragédies de l'histoire, à travers un paysage sauvage, montagneux ou marin. Voyage au fin fond du pays, voyage au fond des choses et des êtres, vers le fond de la parole: quête à la fois physique et langagière du Sens et de la Réalité ultime. De ce chef-d'?uvre, nous donnons ici, en regard du japonais, une traduction entièrement nouvelle, accompagnée d'un important appareil de notes et commentaires, indispensable pour saisir les allusions historiques et littéraires, les citations déguisées, les références culturelles, et permettre à ce texte plutôt mince de prendre sa dimension réelle, presque infinie. Alain Walter.