Avec ce 237e numéro, la revue L'Homme marque ses soixante ans d'existence. Elle se pare pour l'occasion d'une nouvelle couverture, rehaussée de la chimère précolombienne à deux têtes que Claude Lévi-Strauss lui avait donnée pour emblème dès sa fondation. La composition de ce numéro anniversaire illustre parfaitement l'ambition de la revue de se mettre au service d'une anthropologie empiriquement ancrée et théoriquement rigoureuse, soucieuse d'ethnographie mais ouverte sur les autres sciences humaines.Trois « Études & Essais » déclinent d'emblée trois façons de penser et d'exercer notre discipline. L'article de Giordano Marmone s'appuie sur la description minutieuse d'une séquence tumultueuse du cycle d'initiation samburu, au Kenya, pour mener une réflexion sur les usages stratégiques de l'échec rituel. Benjamin Balloy propose, pour sa part, de reconsidérer la question de la hiérarchie dans la société muscogee du xviiie siècle en Amérique du Nord, au moyen d'une étude ethnohistorique des comptes rendus de missionnaires et des récits de voyageurs. Quant à Magali Année, elle conduit une analyse ethnophilologique exigeante du verbe ????? (« se soucier de »), employé en Grèce ancienne le plus souvent sous sa forme négative ??? ?????, faisant ainsi écho au souhait des fondateurs de notre revue d'inscrire la linguistique au c'ur du projet anthropologique.Enfin, après deux « À Propos », par Julia Christ et Perig Pitrou, explorant les liens entre philosophie et anthropologie, nous accueillons un débat autour du livre récent de Pierre Déléage, L'Autre-mental. Figures de l'anthropologue en écrivain de science-fiction (La Découverte, 2020). Au-delà des réactions vives qu'il a pu susciter dans la presse après sa sortie, cet essai semble en effet poser ? sans toutefois vraiment l'admettre ? une question cruciale pour notre discipline, qu'une revue comme L'Homme ne pouvait se permettre d'éluder : qu'est-ce qu'un bon modèle en anthropologie ou, autrement dit, à quelles conditions épistémologiques peut-on décrire le monde des autres ...
Nombre de pages
193
Date de parution
08/04/2021
Poids
374g
Largeur
170mm
Plus d'informations
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EAN
9782713228667
Titre
L'Homme N° 237, janvier/mars 2021 . Varia
Auteur
Delaplace Grégory
Editeur
EHESS
Largeur
170
Poids
374
Date de parution
20210408
Nombre de pages
193,00 €
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Expériences initiatiques du genreCe dossier thématique propose une réflexion comparative sur les manières dont le genre est rituellement produit à travers les sociétés humaines. Si personne ne naît nulle part homme ou femme, certains collectifs se distinguent par l'existence de dispositifs, traditionnellement appelés « rituels initiatiques » en anthropologie, censés achever et sanctionner l'identité de genre de ses membres. En présentant ces dispositifs, les contributions qui composent ce numéro s'intéressent moins aux croyances et représentations que ces rituels véhiculent qu'aux différentes façons dont ils produisent de la différence en suscitant des expériences spatio-corporelles. Le genre, à travers les protocoles qui visent à l'instituer, apparaît ainsi comme le résultat d'une dynamique de spatialisation des corps et d'incorporation des espaces, diversement actualisée selon les sociétés. Cinq études de cas situées en pays jóola (Sénégal et Guinée Bissau), bassari (Guinée et Sénégal), bwaba, sémè (Burkina Faso), sénoufo (Côte d'Ivoire) et kabyè (Togo) inscrivent régionalement le numéro en Afrique de l'Ouest. Un contrepoint afro-cubain, cependant, de même qu'un article synthétique sur les espaces de l'initiation en Afrique, donnent à ce volume une portée comparative qui dépasse largement cet ancrage régional. Plus encore, le compte rendu d'un protocole d'ethnographie expérimentale mené dans un séminaire de recherche parisien, où étudiantes et étudiants se sont vus eux-mêmes et elles-mêmes initier à un rituel monté de toutes pièces par les enseignants, ouvre l'anthropologie du rituel et du genre sur des horizons méthodologiques résolument nouveaux.
Nous nous plaisons à imaginer que les humains ont inventé les rituels funéraires pour arrêter d'oublier ; nous nous plaisons même à imaginer que c'est ce geste qui a fondé l'humanité et la culture. Et si les morts avaient toujours été déjà là ? Et si l'humanité était née hantée ? Les pratiques funéraires auraient alors été élaborées par d'habiles médiums pour contenir le débordement des revenants.En menant une anthropologie inédite des fantômes, Grégory Delaplace montre quels genres d'êtres et quels genres d'interlocuteurs les défunts sont invités à devenir. Il rend compte des situations toujours plus ou moins incongrues dans lesquelles ceux-ci échappent aux cadres prévus pour les accueillir. C'est aussi que la détérioration de la planète les ayant fait proliférer, les spectres permettent de penser la catastrophe.On découvrira combien les ancêtres sont des fantômes mis au pas, des morts à qui les vivants ont appris à vivre, enfin.Anthropologue, Grégory Delaplace est directeur d'études a` l'École pratique des hautes études. Médaille de bronze du CNRS (2015), il a codirigé la revue L'Homme (2020-2024) et a publié Les Intelligences particulières. Enquête dans les maisons hantées (Vues de l'esprit, 2021).
Les habitants des maisons hantées s'inquiètent des présences invisibles qui troublent leur quotidien ; il leur arrive de demander de l'aide pour qualifier ces inquiétantes apparitions. En Angleterre, la Société pour la recherche psychique avait précisément été créée pour répondre à de telles interrogations. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, face aux appels qui lui sont soumis, le jeune enquêteur Donald West affiche un scepticisme inébranlable. Ce dialogue de sourds, confronté à d'autres réponses possibles, permet de mettre en évidence les différents régimes d'explication mobilisés pour rendre compte de ces perturbations de l'expérience commune. La subtile enquête menée à propos de ces enquêtes contradictoires chemine vers une proposition de méthode : les fantômes résistent à la généralisation, ils appartiennent à la texture des lieux qu'ils hantent. Si certaines "intelligences particulières" savent se montrer sensibles à leur présence, c'est qu'elles habitent déjà le monde en étranger.
Marseille est un laboratoire privilégié. La crise actuelle de son modèle de développement économique est aussi celle de son territoire. Aussi la mise en cause de ses équilibres spatiaux appelait-elle tant une lecture historique de la genèse des structures urbaines qu'une lecture géographique des distributions sociales et spatiales d'aujourd'hui. C'est à cette double démarche que répond ce livre. D'une part, en analysant les dimensions synchroniques des activités économiques et démographiques inscrites dans une morphologie urbaine socialement structurée. D'autre part, en construisant le modèle génétique de l'articulation entre division sociale et trame matérielle de la ville : un modèle " libéral ", fruit de stratégies et de conduites, tôt établi au XIXe siècle, porteur d'effets de longue durée, et qu'échoue à altérer une haussmannisation manquée. L'interaction entre modes d'agir et formes urbaines, entre continuités et discontinuités temporelles, a fait de Marseille un cas d'école : division sociale, morphologie, croissance y sont étroitement liées, dans l'espace comme dans l'histoire. La ville se lit dans les principes tant de sa construction sociale que de sa division sociale. La première est le produit d'une création urbaine portée par des groupes, propriétaires, négociants, entrepreneurs immobiliers, animés par des projets mais aussi soumis à des contraintes, des compromis et des ratages. La seconde dessine des oppositions, entre équerre des beaux quartiers, de Longchamp au Prado, et faubourgs industriels, ville et port, nord et sud, avec la Canebière comme frontière, oppositions qui sont autant de composantes historiquement situées d'une structuration sociale du territoire, Dans un double refus du postulat écologique, pour qui la conduite des hommes est subordonnée à l'influence du milieu, et du postulat sociologiste, pour qui la société se projette simplement et immédiatement sur un sol quasiment vierge, l'ouvrage de Marcel Roncayolo est ainsi exemplaire pour les trois modèles qu'il propose, de genèse historique de la ville contemporaine, d'interprétation des relations entre territoire et société, et de mobilisation croisée des démarches de la géographie et de l'histoire.