Philosophie N° 112 hiver 2011 : Philosophie animale française
David Alain ; Afeissa Hicham-Stéphane
MINUIT
10,00 €
Sur commande en 2-4 jours
EAN :9782707322241
Sous le titre de philosophie animale, il faut entendre une discipline philosophique d?origine anglosaxonnedont la réflexion est centrée sur la responsabilité éthique des hommes à l?égard des animaux.Or, s?il n?existe pas vraiment de « philosophie animale française » ? les travaux français sur l?animalités?étant développés dans des perspectives très diverses sans souci d?unification ?, certains philosophesfrançais majeurs du XXe siècle ont cependant contribué au renouvellement de la réflexion surl?animalité. L?ambition de ce numéro est d?en mettre en lumière quelques aspects centraux.Il s?ouvre sur un entretien accordé par Levinas à des étudiants américains de l?université de Warwick.La réflexion sur l?animalité y est engagée par une question simple: si ce qu?entend Levinas par visagen?est pas la figure humaine perçue, mais est autorité et imploration, faut-il accorder le visage àl?animal? Avons-nous des obligations à son égard? Dans l?affirmative, qu?est-ce qui distingue le visageanimal de l?humain? Levinas y répond également aux objections derridiennes, récusant l?idée que saphilosophie soit prioritairement orientée sur le judaïsme et réaffirmant la pérennité de la philosophiegrecque.Sous le titre sibyllin « Apprivoiser la profusion sauvage des choses existantes », Clare Palmer proposeune application du concept foucaldien de pouvoir aux relations entre homme et animal; pensé commeune organisation réticulaire non susceptible d?être possédée par un individu, il suscite unemicrophysique du pouvoir. Dans ce cadre, Foucault oppose les relations de pouvoir à celles dedomination: là où les premières sont instables et réservent une possibilité de résistance, les secondesimpliquent l?élimination de toute forme de résistance. De ces deux concepts, lequel est adéquat pourpenser les relations entre hommes et animaux?Dans « Les deux corps sacrifiés de l?animal », Patrick Llored tente de montrer que la déconstructionderridienne est une philosophie qui, à la fois, réfléchit sur l?animal et se réfléchit en lui, et que laprésence massive de figures animales confère leur sens premier aux concepts centraux de différance,trace, supplément, pharmakon. Dans cette perspective, l?auteur montre comment le sacrifice(notamment carnivore) de l?animal possède une fonction cardinale dans le procès par lequel l?hommes?auto-assigne une subjectivité qui le distingue de l?animal, et comment la distinction entre l?hommecomme être vivant politique et l?animal comme être vivant a-politique se situe à l?origine de l?Étatmoderne.Enfin, Brian Massumi, traducteur de Deleuze en anglais, propose dans « Ceci n?est pas une morsure »une réflexion sur l?animalité et l?abstraction chez Deleuze et Guattari. Il y introduit le concept de surnormalité afin de repenser l?instinct animal et désigner la dynamique de déformation et detransformation qui caractérise certains comportements animaux étudiés par Tinbergen; loin, en effet,que cet instinct obéisse à des lois absolument rigides, il possède une part d?imprévisibilité et unedimension ludique que l?auteur tâche de penser en mobilisant des concepts empruntés à Deleuze etGuattari, ainsi qu?à R. Ruyer.
Combattre le racisme, l'antisémitisme, " sous toutes ses formes ", dit-on. Cet essai, de philosophie, a pour objet d'insister, d'infléchir et de radicaliser la lutte, en débusquant partout le racisme et l'antisémitisme : partout, c'est-à-dire bien au-delà des formes dans lesquelles l'un et l'autre se révèlent, s'avouent ou se nient, bien plus loin que n'importe quelle forme ; mettant au contraire en exergue, en tant que l'énigmatique relation de ces deux mots, la terrible violence qui procède, pour toute civilisation, de l'imposition, de la superstition, de la forme. Au regard de quoi Jacques Derrida, en lecteur et préfacier chaleureux, appose ce commentaire : " Qu'on lise donc Alain David, c'est au fond tout ce que je voudrais donner ici à entendre. Je suppose qu'alors on en conviendra : il s'agit enfin de penser [...] et de penser en pensant d'abord près de l'ombilic de la pensée même, le racisme, l'antisémitisme, le racisme et l'antisémitisme [...] C'est toute l'histoire de la philosophie, toute l'histoire des sciences sociales, toutes les approches " modernes " (théoriques et pratiques, discursives, militantes ou institutionnelles, " associatives ") du racisme et de l'antiracisme, de l'antisémitisme et du judaïsme - qu'elles soient d'ailleurs animées des pires ou des meilleures intentions, le meilleur se laissant ici ou là, dans cette terrible histoire, ventriloquer par le pire. Ambition à ma connaissance sans précédent... "
Aussi incroyable que cela puisse paraître pour les moins de vingt ans, il fut un temps où les gens n'avalent pas de téléphone portable et où un PC signifiait Parti Communiste et non Personal Computer qui, particularité française, s'appelait Minitel. Le dimanche matin, les Français s'habillaient en collant rose pour faire de la "gym tonic" devant leur téléviseur, en attendant l'école des fans de Jacques Martin l'après-midi. Il fut un temps où la gauche était au pouvoir, mais la droite aussi. Il fut un temps où Roger Hanin était le beauf officiel de Mitterrand président tandis que Michel Sardou chantait "les femmes des années 80'. Il fut un temps où Cabu travaillait pour Charlie Hebdo et le Canard Enchaîné pour les adultes, et en compagnie de Dorothée pour les enfants. Ce sont ces années-là que nous vous invitons à découvrir ou redécouvrir, sous la plume malicieuse, tendre ou vacharde de Cabu."
Reiser contribue depuis sa création en 1960 au journal "Hara-Kiri", mais le périodique dirigé avec panache par Choron n?étant pas une source de stabilité financière pour ses contributeurs, il se tourne vers un autre magazine. Ce sera "Pilote", alors dirigé par Goscinny. De 1967 à 1972, Reiser a réalisé 145 histoires complètes dans la rubrique Actualités, qui n?ont jusqu?à présent jamais été publiées en album. Entre les BD de Goscinny et de Gotlib, Reiser proposait des histoires courtes, destinées aussi à la jeunesse donc moins provocantes et trash, mais qui, comme à son habitude, pointaient les travers et absurdités de la société de son époque. Une compilation inédite !
Revue de presse Au milieu des années 50, René Goscinny participe à la création d'un nouveau journal, Pistolin, qu'il considèrera plus tard comme le ballon d'essai de Pilote. Corédacteur en chef en compagnie de Charlier, il crée à cette occasion le personnage de Pistolin que vous allez découvrir dans ce volume. Dessiné par Victor Hubinon, le père de Buck Danny et de Barbe Rouge, qui signe pour l'occasion sous le pseudo de Victor Hugues, Pistolin est un jeune garçon à l'âge indéfinissable qui découvre ici le monde du cirque. Il vivra de tumultueuses aventures humoristiques en compagnie du lion Nestor. Deux aventures de 44 pages sont reprises ici : Aventure au cirque et Aventure au château ainsi qu'une petite BD de 6 pages présentant le grand cirque de France. Le texte introductif de Louis Cance s'attache principalement au travail de Goscinny et Charlier et à l'histoire de Pistolin, ce personnage méconnu. --
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.
Ce n'est qu'une fois rassemblés dans leur intégralité que les neuf livres constituant le projet Homo Sacer prennent leur véritable signification. Le jeu des renvois internes, la reprise et le développement des thèmes abordés composent une vaste architecture, articulée en quatre sections. La première dresse le programme d'une mise en question de toute la tradition politique occidentale à la lumière du concept de vie nue ou de vie sacrée : Le Pouvoir souverain et la vie nue (1997) ; la seconde développe ce programme à travers une série d'enquêtes généalogiques : Etat d'exception (2003), La Guerre civile. Pour une théorie politique de la Stasis (2015), Le Sacrement du langage (2009), Le Règne et la Gloire (2008), Opus Dei (2012) ; la troisième soumet l'éthique à l'épreuve d'Auschwitz : Ce qui reste d'Auschwitz. L'archive et le témoin (1999) ; la quatrième élabore les concepts essentiels pour repenser depuis le début l'histoire de la philosophie occidentale : forme de vie, désoeuvrement, pouvoir destituant (De la très haute pauvreté, 2011, L'Usage des corps, 2015).
La deuxième conférence internationale sur le sens et l'usage du mot " communisme ", organisée à l'initiative d'Alain Badiou et de Slavoj Zizek, s'est tenue à la Volksbühne de Berlin au mois de mars 2010.Après le succès de la conférence inaugurale de Londres, l'année précédente, il s'agissait cette fois d'ouvrir les débats à l'expérience et à la réflexion de philosophes venus d'autres régions du monde, et en particulier des pays de l'ancien bloc soviétique. Leur apport à la définition d'une idée renouvelée du communisme contribue ici de façon déterminante à ce que ce mot retrouve sa place et son aura dans les débats philosophiques qui touchent au problème de l'émancipation. " On le verra, toutes les interventions sont tendues entre deux périls. Le premier est qu'au nom de ce qu'a comporté de Terreur la figure des Etats qui s'en sont réclamé au XXe siècle, on finisse par ne réhabiliter le mot "communisme" qu'au prix d'une idéalisation totale de sa signification, éloignée de tout principe de réalité [ ... ]. Le second est qu'au nom des réalités politiques et économiques contemporaines [...], on finisse par faire du mot "communisme" l'index noble d'un opportunisme activiste ".
Les Lumières sont souvent invoquées dans l'espace public comme un combat contre l'obscurantisme, combat qu'il s'agirait seulement de réactualiser. Des lectures, totalisantes et souvent caricaturales, les associent au culte du Progrès, au libéralisme politique et à un universalisme désincarné. Or, comme le montre ici Antoine Lilti, les Lumières n'ont pas proposé une doctrine philosophique cohérente ou un projet politique commun. En confrontant des auteurs emblématiques et d'autres moins connus, il propose de rendre aux Lumières leur complexité historique et de repenser ce que nous leur devons : un ensemble de questions et de problèmes, bien plus qu'un prêt-à-penser rassurant. ?Les Lumières apparaissent dès lors comme une réponse collective au surgissement de la modernité, dont les ambivalences forment aujourd'hui encore notre horizon. Partant des interrogations de Voltaire sur le commerce colonial et l'esclavage pour arriver aux dernières réflexions de Michel Foucault, en passant par la critique post-coloniale et les dilemmes du philosophe face au public, L'Héritage des Lumières propose ainsi le tableau profondément renouvelé d'un mouvement qu'il nous faut redécouvrir car il ne cesse de nous parler.