La sociologie durkheimienne vaut sans doute infiniment plus et mieux que sa vulgate. Le « positivisme » dont on la taxe n'y joue le plus souvent que le rôle d'un précieux garde-fou contre bien des dérives scientifiques, et le « holisme » dont on l'accuse est toujours conjugué avec un individualisme qui, à y bien regarder, s'avère décisif dans les processus explicatifs. À rebours de certaines idées reçues, les textes réunis dans cet ouvrage présentent Durkheim comme un auteur à la pensée et à la démarche aussi complexes que mouvantes, un praticien responsable d'une démarche « compréhensive » qu'il a toujours considérée comme indissociable de l'explication causale, ou encore un théoricien convaincu de la « déconstruction » dont se gargarisent certains de nos contemporains. Mais on y reconnaîtra aussi, en décalage sensible avec certaines des orientations les moins bien inspirées de la sociologie contemporaine, un théoricien de l'action privilégiant l'étude des conduites des acteurs sur celle de leurs discours, toujours suspects de rationalisation, un analyste soucieux de lier étroitement les concepts et les faits, de subsumer les explications dans des systèmes théoriques plus larges, et encore un savant continuellement obsédé par la question de l'administration de la preuve. Ainsi, l'oeuvre durkheimienne nous apparaît tout à la fois plus différenciée, plus moderne et, surtout, plus féconde qu'ont tenté de le faire accroire de trop rapides proclamations de son épuisement théorique et méthodologique. Tout y témoigne d'une profonde clairvoyance des questions préjudicielles, des alternatives essentielles, des dilemmes constitutifs de l'entreprise sociologique. Elle n'en finit décidément pas de nous aider, par son pouvoir propre de stimulation et de suggestion, à accomplir notre incessant labeur de réfutations et de conjectures. C'est là, sans doute, sa véritable modernité.
Nombre de pages
210
Date de parution
08/07/2011
Poids
266g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782705681227
Titre
Durkheim. Modernité d'un classique
Auteur
Cuin Charles-Henry
Editeur
HERMANN
Largeur
140
Poids
266
Date de parution
20110708
Nombre de pages
210,00 €
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La Recherche. " Cette histoire de la sociologie correspond bien aux objectifs de la collection "Repères" : présenter, sous forme condensée mais accessible à tous, une information fiable sur un thème donné. Campus. " Deux petits volumes débordants d'informations (bibliographies, chronologies...) retracent les flux et les reflux de l'institutionnalisation et du développement de la discipline dans le monde. Cet historique d'une discipline à l'unité problématique, non limité à une galerie des grandes oeuvres de quelques grands auteurs n'avait pas d'équivalent et devrait constituer un précieux instrument de travail. " L'année sociologique. " Incontestablement réussi, intéressant et pratique. "
Résumé : Il y a un siècle, Durkheim publiait Les règles de la méthode sociologique, l'un des ouvrages fondateur de cette discipline. Ainsi qu'en ont témoigné les communications prononcées lors d'un colloque international tenu en mai 1995 à Bordeaux, et en partie reproduites ici, les propos de l'ouvrage de 1895 n'ont pas cessé de stimuler la réflexion des sociologues contemporains, leur permettant d'aiguiser leur argumentation, et de spécifier leurs concepts. On verra en effet qu'ils recèlent de puissantes compétences théoriques et méthodologiques propres à réduire bien des appories apparentes et d'ouvrir bien des clôtures dogmatiques - tant l'?uvre de Durkheim lui-même que dans la démarche sociologique générale.
Examiner l'oeuvre d'Emile Durkheim (1858-1917) revient avant tout à faire un bilan de son influence sur la sociologie et ceux qui la font aujourd'hui. Cent ans après la mort de son auteur, elle peut incontestablement nous aider à mieux comprendre le monde d'aujourd'hui, du fait de la similitude entre la France du tournant du XXe siècle et celle du tournant du XXIe siècle, caractérisées par la crise du lien social, la question de l'intégration sociale, les incertitudes concernant la sécularisation des sociétés et la place des religions, ou encore les définitions de la démocratie et des fonctions de l'Etat. Que doit la discipline à celui qui passe pour en être l'un des fondateurs ? Quels questionnements et quelles réponses nouvelles a-t-il suscités ? Ses ambiguïtés, ses apories ou encore ses échecs ont-ils été dépassés, et comment ? En quoi, comment et pourquoi la sociologie contemporaine est-elle redevable, pour le meilleur comme pour le moins bon, tant à l'oeuvre scientifique de Durkheim qu'à ses orientations idéologiques ...
À l’heure où nos armes nous donnent les moyens d’éradiquer notre propre espèce, où nos sociétés vacillent, où toutes les institutions (à commencer par l’institution familiale) implosent et apparaissent comme autant de champs de bataille, il est plus que jamais nécessaire de penser l’origine et la fonction de cette violence. Les explications qui renvoient à l’instinct ne sont absolument pas satisfaisantes. Pourtant, même dans les sociétés préagricoles, lorsqu’aucune logique de pillage n’est à l’œuvre, la guerre reste un horizon permanent. Guerre entre les tribus ou les clans, mais aussi guerre entre hommes et femmes. Cette dernière est présente dans un très grand nombre de mythes, comme si l’ordre du monde ne pouvait s’établir que sur la victoire d’un sexe et la reddition de l’autre. Cependant, notre espèce se caractérise aussi par son incroyable capacité à inventer des modes de vie différents, et il existe des sociétés plus pacifiques que d’autres, des champs sociaux plus apaisés. Il est donc difficile d’abandonner l’espoir d’un monde moins violent. L’effondrement que nous vivons donne de nouvelles clés pour approcher une énigme sur laquelle les sciences humaines ont jusqu’ici buté. Le conflit ne défend pas nos identités : il les fabrique, de manière étanche, péremptoire et figée. C’est le procédé le moins coûteux que nous ayons trouvé pour nous définir et coexister, aussi bien entre peuples qu'au sein d'un couple. Savoir comment construire autrement les sociétés comme les relations : voilà la vraie question.
Les anciens bastions de la démocratie ne sont plus à l’abri de nouvelles formes de « contagion néofasciste » : la prise d’assaut du Capitole, en janvier 2021, en témoigne. Mais qu’y a-t-il de nouveau dans ces figures autoritaires qui utilisent le registre de l’émotion collective des masses pour ensorceler foules physiques et publics virtuels ? En s’appuyant sur Nietzsche et sur une tradition française de pensée de la psychologie des foules (Le Bon, Tarde, Bataille, Girard, Nancy), Nidesh Lawtoo montre que le fascisme, ancien comme nouveau, repose toujours sur trois mécanismes : la contagion, la communauté et le mythe. À travers une lecture généalogique et l’exemple paradigmatique de Trump, ce livre éclaire la manière dont ces dynamiques affectives façonnent les comportements politiques contemporains et expliquent la persistance du « fantôme » fasciste au xxie siècle.
Et l’Homme créa la guerre retrace la genèse préhistorique du comportement belliqueux. L’ouvrage remonte jusqu’au Dernier Ancêtre Commun — que nous partageons avec nos plus proches cousins, les chimpanzés et les bonobos — pour éclairer les racines profondes de notre rapport au à la violence.À partir de ce point d’origine, il explore le chemin évolutif qui mène à notre espèce selon trois dynamiques fondamentales :• une évolution sociale : l’émergence de structures humaines fragmentée, hiérarchisées et propices aux tensions entre groupes ; • une évolution technologique, le développement des outils puis des armes, transformant la violence en pratique organisée et efficace ; • une évolution symbolique et linguistique, où le langage devient un instrument décisif dans la coordination, la justification et la transmission du conflit. Croisant les apports de la préhistoire, de l’anthropologie, de la primatologie et de l’archéologie, ce livre propose une approche transdisciplinaire qui dépasse l’opposition classique entre nature et culture.Il remet en cause une idée largement admise : celle d’une guerre née avec la révolution néolithique. À rebours de cette thèse, il défend que la guerre est une construction progressive, spécifique à la lignée humaine, enracinée bien avant les premières sociétés agricoles.
Dans les volumes de la Nouvelle géographie universelle qu'il consacre à la « Russie d'Europe » et à l'« Asie russe », Élisée Reclus, témoin de son temps et visionnaire, interroge l'idéologie qui a inspiré, inspire et, selon lui, inspirera encore une expansion conquérante : le panslavisme. D’après le célèbre géographe anarchiste, ce panslavisme revêt de multiples formes, qu’il n’hésite pas à qualifier de colonisation.De la millénaire expansion « moscovite » en Europe – et notamment en Biélorussie et en Ukraine – à la longue guerre du Caucase et à la prise de contrôle progressive des immenses étendues sibériennes et des confins de la Chine, un immense empire s'est constitué qui, à l'inverse des puissances coloniales européennes de leur temps, ne comprend aucun territoire d'outre-mer. C'est là, sans nul doute, un gage de durée.Dans cette étude qui allie grande géographie et longue histoire, Jean-Jacques Tatin-Gourier nous entraîne sur la piste du géant empire russe du XIXe siècle, menaçant et conquérant, à travers la plume d’Élisée Reclus, dont on peut lire, à travers les lignes, de difficiles échos de notre propre actualité.