Extrait Qu'est-ce que lire ? Penser la lecture comme un besoin vital, l'inscrire au coeur de sa vie, c'est en faire l'expérience au sens d'une mise à l'épreuve de soi qui mobilise les sens, le corps tout autant que l'intelligence. En son temps, Montaigne en a fait lui aussi l'essai, la pesée comme le suggère le mot latin exagium à l'origine du mot essai ; c'est la raison pour laquelle je ferai à plusieurs reprises référence aux Essais. Une telle expérience n'est pas une quête de certitudes. C'est un processus plus qu'un aboutissement, une «expérience intérieure», selon le mot de Bataille, semblable à une expérience mystique, une forme d'extase, telle qu'en ont connue les grands mystiques Jean de la Croix et Thérèse d'Avila, où le discours intellectuel est porté par «une émotion profonde». C'est une «mise en question (à l'épreuve) dans la fièvre et dans l'angoisse, de ce qu'un homme sait du fait d'être». L'idée même d'«expérience intérieure» peut sembler contredire celle de maîtrise, qui existe aussi chez Quignard, mais cette expérience et cette forme d'autorité, qui font de lui un maître de lecture, me permettent de penser ma propre expérience. Car, si la lecture est un processus mental de compréhension consistant à «faire coller des possibilités de valeur ou de sens» pour ensuite les fixer au moins temporairement, elle est, en son fondement, un processus de reconnaissance de ce qui en soi n'est pas connu. Elle exige du lecteur son retrait dans la solitude. A ce prix, elle est, en deçà des mots, un partage secret. Les liens imaginaires, entre soumission et prédation, que nouent grâce à elle le lecteur et l'écrivain, sont empreints de l'animalité présente au coeur de chacun. Pour les dénouer, il revient au lecteur de les analyser, de les mettre à distance pour les constituer à son tour en expérience de pensée, puis de refermer le livre pour créer, vivre et aimer. I. PARTAGER UN SECRET Que se passe-t-il quand nous lisons ? Pourquoi parfois entrons-nous dans un livre sans pouvoir en sortir ? Sans doute parce que, dans la lecture, nous sommes dans l'attente de ces instants de bonheur que procurent des retrouvailles attendues. C'est ce que chacun peut ressentir au contact, non seulement d'un livre, mais d'une oeuvre d'art, d'une peinture ou d'un morceau de musique, et que traduit l'expérience que fait Édouard, le héros des Escaliers de Chambord, quand il manque de «marcher sur une petite barrette d'enfant bleue en plastique représentant une grenouille 3» sans valeur jetée au bord du chemin. Il la ramasse comme un trésor sans comprendre pourquoi il y attache un tel prix. La barrette erre en lui comme un fantôme. Elle le bouleverse. Elle le poursuit comme un cauchemar. Il comprend qu'elle détient une «espèce de secret absolu» de sa vie. Elle est en lui comme quelque chose d'imprévu, d'impréparé, qui a surgi comme une lave en fusion que rien n'arrête. Comme une faillite de sa mémoire qui le met en contact avec une antériorité indiscernable. Cette scène est paradigmatique de ce qui se passe dans la lecture. Lire est le retour brusque de quelque chose de «perdu», en fait de secrètement attendu, de sensations confuses dont la puissance submerge. (...)
L'ouvrage met en lumière les liens qui unissent Pascal Quignard et ses créations, grâce à des rencontres, des entretiens et des documents d'archives. Ce livre veut étudier les vies de Quignard, de son enfance en passant par son succès en tant qu'écrivain, tout en ayant une volonté bio-bibliographique. On y trouve en effet une bibliographie complète des oeuvres de Pascal Quignard et de leurs traductions, ainsi que ses différentes collaborations avec des peintres et des musiciens.
Blaise Pascal est l'un des écrivains "canoniques" de la littérature française. Les études parues sur lui sont nombreuses. Les lecteurs connaissent son génie précoce, ses fulgurances de pensée, son intransigeance rhétorique, la puissance de son esprit. Pour les uns, c'est un scientifique de grand talent ; pour les autres, un homme de foi, polémiste au service de jansénistes. Or, c'est un autre homme qui apparaît dans sa correspondance, un homme plus proche de nous. Au fil des nombreuses lettres qu'il a échangées avec les membres de sa famille, avec ses amis, avec les scientifiques et les penseurs de son époque comme avec ceux qu'il combattait, Pascal est un homme passionné, attachant, pleinement engagé dans son temps, qui prend parti avec conviction, qui lutte pied à pied pour convaincre. S'il est bien dans les dernières années de sa vie un homme qui sans cesse doute, cherche à comprendre ce qui touche à la foi tout en mesurant les limites de la raison, il est aussi un hyperactif qui ne néglige ni ses intérêts matériels ni les nécessités économiques de la vie quotidienne. Il s'implique dans des projets très concrets. Pascal est un inventeur, un entrepreneur. On lui doit la première machine à calculer et le premier réseau de transports en commun à Paris. Au-delà, lire Pascal aujourd'hui, relire les Pensées, les Lettres provinciales, c'est aussi pouvoir nous interroger sur nous-mêmes. Comment nous connaître ? Comment maîtriser notre corps ? Comment vivre pleinement dans la société qui est la nôtre alors que la puissance de notre raison est soumise aux caprices de nos passions et de notre imagination ? Qu'est-ce qui régit de nos jours nos amours, nos amitiés, nos choix politiques et moraux ?
Résumé : Cet ouvrage d'initiation au programme du bac de français de l'an 2000 rassemble les analyses sur les trois thèmes : une comédie du XVIIIe siècle envisagée selon la représentation des rapports des maîtres et des valets, les Châtiments de Victor Hugo et le roman naturaliste illustré par un roman de Zola ou un roman de Maupassant. Cette étude propose une approche de chacune des trois parties du programme, mise en contexte, compréhension et lecture. Les élèves des classes de première y trouveront les pistes de lecture et les outils indispensables pour maîtriser plus rapidement des ?uvres très diverses, appartenant aux grands genres de la littérature et pour être plus rapidement efficaces dans la préparation de l'épreuve anticipée de français.
Droit Roger-Pol ; Atlan Monique ; Masquelier Frédé
L'amour se raconte, s'éprouve, se rêve, s'étiole. Il fait hurler de joie ou de douleur, pousse à agir ou foudroie, transporte ou désespère. Mais peut-il être l'objet d'un savoir ? Ne pourrait-il être approché que par des récits, et non des concepts, par la littérature et la poésie, et non par la philosophie ? Ce qui est sûr, c'est que l'amour fait des histoires... que les philosophes ont longtemps négligées, n'y voyant que les marques de l'émotivité, de la passion, de la déraison. Pourtant, ces histoires sont riches d'enseignements. Comment naissent, vivent et meurent les histoires d'amour ? Du roman au cinéma, les récits d'aujourd'hui sont-ils comparables à ceux de jadis ? Aime-t-on de la même manière qu'autrefois, alors que semblent s'installer la peur de l'engagement et la défiance envers le sentiment amoureux ? Les philosophes et experts ici rassemblés nous invitent à envisager le lien amoureux comme une transformation sans cesse en devenir, tissu sans fin d'histoires humaines. Avec les textes de : Boris Cyrulnik, Vincent Delecroix, Frédérique Ildefonse, Sophie Galabru, Olivia Gazalé, Christian Godin, Francis Wolff
Latham Monica ; Amselle Frédérique ; Ferrer Daniel
Cet ouvrage propose une visite guidée des " antichambres " , " coulisses " et autres " arrière-cuisines " , où l'écriture de Virginia Woolf se prépare. Ses lieux d'écriture, à Londres ou dans la région du Sussex, révèlent les méthodes de travail de l'autrice autant que son environnement. En plus de sa prose romanesque et de ses essais critiques, Woolf écrivait quotidiennement dans son journal, tenait une correspondance régulière, et esquissait des projets dans ses carnets de travail. Ces milliers de pages offrent un formidable témoignage littéraire, où l'on peut la voir analyser avec lucidité sa propre méthode et réfléchir à son écriture, avec ses mécanismes, ses joies et ses peines. Alors que l'examen de la genèse de Mrs Dalloway révèle une écrivaine qui tâtonne afin de mettre en place sa vision unique et hautement ambitieuse du roman moderne, les manuscrits d'Une chambre à soi mettent au jour la rapidité d'écriture d'un essai littéraire et féministe qui résonne encore aujourd'hui. Suivre les processus d'écriture de ces textes nous permet d'observer à la fois l'écrivaine à l'oeuvre, et l'oeuvre en train de prendre forme, à la confluence de plusieurs courants, inspirations et idées novatrices.
L'image de l'empereur Néron, jouant de la lyre au moment où Rome brûlait à ses L'image de l'empereur Néron, jouant de la lyre au moment où Rome brûlait à ses pieds, a été immortalisée par le cinéma hollywoodien et a durablement imprégné l'imaginaire collectif. Or, beaucoup de ce que l'on croit savoir sur cette grande catastrophe historique est faux. Rome brûle relate comment l'incendie de 64 a détruit une bonne partie de la ville et plongé sa population dans la panique. L'ouvrage décrit également comment le feu a détruit l'image dorée de l'empereur Néron, et provoqué une crise financière qui a durablement influé sur l'économie romaine. Ce livre recenseen outre les récentes découvertes archéologiques qui permettent de mieux comprendre cet événement, et sa postérité dans la littérature, l'opéra ou le cinéma. S'appuyant sur une riche documentation, à la fois littéraire et archéologique, le professeur Anthony Barrett montre comment le grand incendie de Rome provoqua la chute de Néron et la fin de la dynastie julio-claudienne, et fut un point de bascule dans l'histoire romaine.
Il ne leur manque que la parole, entend-on souvent dire à propos des chiens. En effet, pourquoi après 35 000 ans de cohabitation, d'amitié, de services rendus, ne nous parlent-ils toujours pas ? Comment la parole est-elle venue à l'homme, et qu'en comprennent nos compagnons les chiens ? Qu'échangeons-nous vraiment avec eux ? Pourquoi leur parlons-nous sur un ton stupide ? Quelles limitations les empêchent de nous répondre ou tout simplement de nous dire ce qu'ils pensent de nous ? A ces questions, parfois naïves, les neurosciences - humaines et animales - fournissent des éléments sérieux de réponse. Et une expérience inédite vient bousculer notre conviction que seul l'humain peut utiliser le langage pour communiquer, et interroger le sens même de l'existence. Alors ? Pensent-ils humains ?
Laure Murat, autrice et professeure à l’UCLA, définit dans ce court ouvrage les termes de récriture, de réécriture et/ou de censure en littérature pour que le débat soit fécond. Une base très intéressante pour nourrir votre réflexion.
A partir d'un souvenir de lecture d'enfance, un Cosette abusivement attribué à Victor Hugo, Tiphaine Samoyault déploie le destin éditorial des Misérables en France et à l'étranger. Elle révèle comment ce roman, dès sa parution, a été abrégé, adapté, traduit, illustré, réécrit, jusqu'à devenir l'un des récits les plus réappropriés au monde. Plus le livre est transformé, plus il devient mémorable. La question "Faut-il réécrire les classiques ? " apparaît dès lors comme une fausse question : ils ne sont tels que par leur constante adaptation aux goûts et aux attentes des époques successives. De Shakespeare aux contes de fées, de Montaigne à Mark Twain ou Agatha Christie, des traductions aux versions réduites, des transpositions aux mises en scène, l'autrice montre qu'un classique ne se définit pas par son intouchabilité, mais par sa capacité à s'affranchir de son original. Face à des polémiques souvent caricaturales opposant "cancel culture" et sacralisation du passé, ce livre privilégie la nuance, l'enquête et une érudition généreuse. Il préfère la démonstration à l'indignation pour affirmer une idée simple et stimulante : la réécriture n'est pas synonyme d'annulation, bien au contraire, puisqu'elle prolonge le plus souvent la vie des oeuvres en élargissant leur partage et en pérennisant leur mémoire.