Extrait Son visage était aussi grêlé que la lune. Grand et large d'épaules, il était corpulent sans être massif, mais on voyait très bien comment il allait le devenir; il avait déjà le torse épais d'un robuste vieillard. Ses oreilles étaient éléphantesques, un trait qui lui avait valu beaucoup de commentaires lorsqu'il était plus jeune et qu'elles dépassaient franchement ; mais désormais, aussi tannées par le soleil que le reste de sa peau, elles étaient collées à son crâne plus qu'à aucun autre moment de sa vie, et coriaces, faites d'une chair granuleuse comme l'écorce de quelque fruit. Rasé avec les pores élargis ; la peau huileuse. Sous certaines lumières, sa chair était grise ; sous d'autres, couleur de suif ; ou bien encore, rouge. Ses lèvres, de la même couleur que son visage, s'étaient fondues dans l'ensemble de ses traits, avaient commencé à disparaître. Il avait un gros nez proéminent. Des yeux d'un bleu vif. À présent, ses cils n'avaient rien de remarquable mais, lorsqu'il était jeune, ils étaient noirs et épais et il avait la joue veloutée, la bouche aussi pure et sculptée que celle d'un chérubin. Tant d'atouts poussaient les femmes à le couvrir compulsivement de baisers, à s'interrompre au milieu de leurs tâches domestiques pour le serrer contre leur sein. Toutes les soeurs de sa mère dont il n'avait plus le moindre souvenir, là-bas dans l'Arkansas, celles qui n'étaient plus désormais que des ombres d'ombres dans sa conscience. Oh mon trésor, s'exclamaient-elles. Oh mon petit amour. Ses bras brunis par le soleil étaient marqués de cicatrices. Il se coiffait en arrière, une aile noire et clairsemée maintenue en place par une pommade à l'odeur de pin. Il considérait le monde - les objets sous son nez - de très loin. Car lorsqu'il arpentait la terre, il arpentait également d'autres royaumes. A certaines saisons, sous certains ombrages, les souvenirs fondaient sur lui comme des oiseaux aux serres aiguisées : un mouvement de tête dans le feuillage, la lumière d'une lanterne s'embrasant dans une pièce. Et d'autres constantes préoccupations dont il avait de même à moitié conscience, mais qui n'en imprégnaient pas moins son attention en permanence : des projets passés et présents concernant le verger; des désirs qu'il avait eus dans sa jeunesse, des inquiétudes, des craintes dont il ne se rappelait que la cosse ; des arbres qu'il avait espéré planter; des expériences à propos des greffes et de l'irrigation ; des recettes de confiture ; des températures de cave ; des mélanges de produits chimiques pour empoisonner ou du moins décourager toute une gamme de nuisibles - les cerfs, les lapins, les rongeurs et les larves, un univers d'insectes ; comment attirer les abeilles. Important était le temps, le rythme de certaines années, la probabilité de la répétition, météorologiquement parlant, les conséquences que cela aurait sur le paysage ; la sagesse des almanachs, les paroles d'autres hommes, d'autres jardiniers, les paroles sans importance mais surtout celles qui comptaient. Il pensait à l'endroit où aller chasser l'automne suivant. Évaluait en permanence l'état de sa terre, son domaine, ses bâtiments, ses animaux. Et surtout il pensait à la météorologie de la semaine, à la température et à la présence, parfois potentielle, de la pluie ; aux catastrophes récentes et à la façon dont il avait réagi ; au déroulement de la saison ; à son rôle dans l'échafaudage rigide des travaux routiniers - ce qu'il devait faire le jour même, dans l'après-midi et dans la soirée, comment préparer la matinée de travail du lendemain ; quand viendraient les hommes et serait-il prêt ? Mais il serait prêt, évidemment, il l'était toujours, il n'y avait pas plus prêt que lui. Il pensait à ces moments dans la vie où il avait prononcé des paroles - adressées à Caroline Middey, à Clee, à sa mère ou à un inconnu qui l'avait oublié depuis belle lurette - qu'il aurait préféré n'avoir jamais dites ou dites autrement, ou bien il pensait à ces moments où il avait gardé le silence quand il aurait dû au moins lâcher un mot. Il tentait de retrouver toutes les paroles adressées à sa soeur, pour y repérer sa propre méchanceté ou son indifférence, son insensibilité face à certaines de ses inflexions de voix. Comme tout cela était loin désormais. Parfois il s'inquiétait à l'idée de l'oublier même si, en réalité - il n'aimait guère se l'avouer - il avait déjà beaucoup oublié.
Wenatchee, une vallée reculée au nord-ouest des États-Unis. Le vieux Talmadge mène une existence apaisée au milieu de ses arbres fruitiers lorsque le destin s'introduit chez lui, sous l'apparence de deux fillettes farouches et affamées. Ils vont s'apprivoiser, lentement. Avant que le passé douloureux des deux s'urs ne les rattrape, bouleversant à jamais leurs vies... Tissé de sensations, ce récit au lyrisme vibrant saisit avec une rare délicatesse le mystère des êtres et des liens qui (dé)font une famille. Un magnifique premier roman. " Nombreux sont les romanciers contemporains à poser la question de ce qui constitue une famille, mais peu d'entre eux y ont répondu avec une voix aussi résolue et profondément poétique. " New York Times Traduit de l'anglais (États-Unis) par Laurence Kiefé
Casta Michel - Corlin Michel - Falconnet Thierry -
Une nouvelle édition enrichie de 32 pages pour mieux préparerles élèves à la certification intermédiaire! Points forts des ouvragestraitement de tout le programme d'Histoire, Géographie etÉducation civique: les sujets d'étude et les situations en histoiregéographie et les thèmes en éducation civique.ensemble de documents riches et variés (cartes, textes, dessins de presse, graphiques, etc.).ouvrages très structurés, avec pour chaque sujet d'étude:? une ouverture de sujet;? des activités couvrant toutes les situations du programme constituées de documents questionnés variés, en amont du cours;? un cours rédigé;? un essentiel sous forme schématique pour faciliter toutes les formes de mémorisation;? des activités portant sur le contenu du cours;? dans cette nouvelle édition enrichie: 4 pages par sujet d'étude et 2 en Éducation civique pour entraîner les élèves à l'épreuve écritede la certification intermédiaire du BEP via la mise en oeuvre des capacités du programme de Seconde.lexique des mots clés à connaître en fin d'ouvrage.préparation solide au Bac dans le manuel de Terminale avec:? 4 pages Vers l'examen pour entraîner les élèves;? 2 sujets complets en fin d'ouvrage.
Si un code "sale" peut fonctionner, il peut également remettre en question la pérennité d'une entreprise de développement de logiciels. Chaque année, du temps et des ressources sont gaspillés à cause d'un code mal écrit. Cet ouvrage vous apprendra les meilleures pratiques de nettoyage du code "à la volée" et les valeurs d'un artisan du logiciel qui feront de vous un meilleur programmeur. Véritable manuel du savoir-faire en développement agile, cet ouvrage est un outil indispensable à tout développeur, ingénieur logiciel, chef de projet, responsable d'équipe ou analyste des systèmes dont l'objectif est de produire un meilleur code. Coder proprement est décomposé en trois partie : La première décrit les principes, les motifs et les pratiques employés dans l'écriture d'un code propre. La deuxième est constituée de plusieurs études de cas à la complexité croissante. Chacune d'elles est un exercice de nettoyage ; : vous partirez d'un exemple de code présentant certains problèmes et l'auteur vous expliquera comment en obtenir une version saine et performante. La troisième partie est une sorte de " ; récompense ; " puisqu'elle contient une liste d'indicateurs éprouvés par l'auteur qui seront précieux pour repérer efficacement les défauts de votre code.
Apogée d'un travail poétique puissant, ce recueil dévoile les inspirations, les obsessions et la vision du monde de Patti Smith, artiste aussi sensible qu'engagée. Sa prose incantatoire est imprégnée des influences qui l'accompagnent depuis toujours : Rimbaud, Picasso, Woolf, Blake? En rappelant qu'il existe des raisons de se soulever contre la peur et la folie qui s'abattent sur nos sociétés, ces poèmes sonnent comme des oracles des temps modernes.« Patti Smith confirme son talent singulier et ce style inimitable. »Le Monde des livres« Un joyau caché? Parmi ses meilleurs. »Library JournalÉdition bilingue augmentée de poèmes inédits.4e de couverture : Apogée d'un travail poétique puissant, ce recueil dévoile les inspirations, les obsessions et la vision du monde de Patti Smith, artiste aussi sensible qu'engagée. Sa prose incantatoire est imprégnée des influences qui l'accompagnent depuis toujours : Rimbaud, Picasso, Woolf, Blake? En rappelant qu'il existe des raisons de se soulever contre la peur et la folie qui s'abattent sur nos sociétés, ces poèmes sonnent comme des oracles des temps modernes.« Patti Smith confirme son talent singulier et ce style inimitable. »Le Monde des livres« Un joyau caché? Parmi ses meilleurs. »Library JournalÉdition bilingue augmentée de poèmes inédits.Notes Biographiques : Artiste engagée, Patti Smith, née à Chicago en 1946, s'installe à New York en 1967. Habituée des clubs punk et rock du moment, elle crée le Patti Smith Group, dont le premier single paraît en 1974. Admiratrice des textes d'Arthur Rimbaud, autrice de poèmes et de récits dont Just Kids, elle reçoit la médaille de commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres en 2005.
Dans l'appartement en dessous de Bob et Constance, qui s'aiment malgré une maladie vénérienne les obligeant à se réfugier dans la pratique d'un jeu pervers qui ne tardera pas à avoir des conséquences irrémédiables sur leur relation, John et Patricia sont les propriétaires fortuits de Willard et ses trophées de bowling - Willard, un oiseau de papier mâché créé par un sculpteur particulièrement inspiré. Ces trophées ont autrefois été gagnés par puis volés aux frères Logan, trois sportifs médiocres, dépourvus d'intelligence, qui se mettent alors en tête de ratisser les Etats-Unis afin de récupérer leur dû. Ils arrivent, grâce à un appel téléphonique anonyme, jusqu'à l'immeuble où habitent les deux couples.
Tolkien John Ronald Reuel ; Laferrière Christine ;
La Légende de Sigurd et Gudrún, nous donne, pour la première fois, directement accès à l'imaginaire nordique de J.R.R. Tolkien. Deux grands poèmes (le Nouveau Lai des Völsung et le Nouveau Lai de Gudrún) écrits au début des années 1930, racontent dans le style caractéristique de l'auteur du Seigneur des Anneaux les légendes nordiques de l'Ancienne Edda, les combats de Sigurd, la mort du dragon Fáfnir, l'histoire tragique de Gudrún et de ses frères, tués par la malédiction de l'or d'Andvari. Illustrés par des vignettes en noir et blanc, ces magnifiques poèmes (qu'introduit une présentation des légendes du Nord par l'écrivain lui-même) montrent ce qu'a retenu Tolkien de la mythologie scandinave pour le reprendre à son tour, dans Le Seigneur des Anneaux et dans Les Enfants de Húrin.
Noël approche sur la côte norvégienne. Mais pour Asle, une ombre plane sur les festivités car son ami et homonyme, peintre lui aussi, est à l'hôpital dans un état préoccupant, dévasté par l'alcoolisme. Lors d'une ultime promenade en bateau, Asle se laisse envahir par les souvenirs qui jalonnent sa vie et celle de son double : le grand amour qui confine à l'absolu, la mort de l'être aimé, l'aspiration à embrasser la foi et la résolution à se consacrer tout entier à son art, mais aussi la dépendance et la solitude. Après L'autre nom et Je est un autre, Jon Fosse - Prix Nobel de littérature 2023 - met un point final magistral à Septologie, son chef-d'oeuvre romanesque.
1803, Caroline du Sud. Fille d'une riche famille de Charleston, Sarah Grimké aspire dès le plus jeune âge à accomplir de grandes choses. Lorsque, pour ses onze ans, sa mère lui offre la petite Handful comme esclave personnelle, Sarah se dresse contre ce système inhumain. Entre les fillettes naît alors une véritable amitié, qui grandit au fil des années. Guidée par ses idéaux mais surtout par son affection pour Handful, Sarah n'abandonnera jamais l'espoir d'affranchir son amie. Superbe ode à la liberté et au courage, L'Invention des ailes dépeint les destins entrecroisés de deux personnages inoubliables, à la force de caractère incroyable, unis par le même profond désir d'indépendance.
Après de premiers échanges d'une cordialité toute bourgeoise, deux voisines en viennent à se livrer une véritable guerre (chantage, insultes, incitation au divorce?) pour une histoire de lambris que l'une veut repeindre dans le hall de l'immeuble et l'autre pas. L'une d'elles finira par disparaître dans de mystérieuses conditions. Une nouvelle recrue d'un club de lecture est reçue par sa présidente qui lui en présente les membres, une à une. A mesure qu'elle raconte leurs goûts littéraires (gore, romance coquine) ainsi que leurs histoires intimes (insémination de l'une, morts suspectes des maris successifs de l'autre), elle distille son venin... Voici quelques exemples tirés de ces douze nouvelles empreintes d'un humour féroce. Des portraits cruels de femmes toutes plus névrosées les unes que les autres, qui sont aussi les révélateurs d'une société américaine aisée, qui tient à tout prix à se montrer sous son masque de perfection. Helen Ellis fait éclater les apparences et décrit la solitude de ces femmes au foyer, mais aussi le pouvoir qu'elles ont sur leur petit royaume ? leur appartement, leur club de lecture, leur immeuble, leur mari ?, allant parfois jusqu'à la pulsion criminelle? Une satire de notre époque qui contraint au bonheur et à sa représentation en toute circonstance.
Le passé n'est jamais mort. Il n'est même pas passé." (William Faulkner)Voici trente ans que Billie James n'a pas remis les pieds dans le Mississippi. Un sacré tempérament, quelques dollars en poche et son chien Rufus au bout de sa laisse, elle débarque à Greendale et s'installe dans une bicoque décrépite où vécut autrefois son père. Ce dernier, poète noir de renom, est mort de manière accidentelle alors que Billie n'avait que quatre ans. La petite fille était présente au moment du drame, mais n'en a conservé aucun souvenir.Alors que les voisins font preuve d'un comportement étrange, que des rumeurs circulent, laissant soupçonner une tout autre vérité quant à la mort du père de Billie, celle-ci mène son enquête, aidée par son oncle et un drôle d'olibrius universitaire. Ensemble, ils vont exhumer de lourds secrets, dévoilant peu à peu l'histoire de ses origines mais aussi, en toile de fond, celle d'un pays marqué par les blessures toujours à vif de la ségrégation.Campé dans le décor à la fois somptueux et inquiétant du Sud profond, le premier roman de Chanelle Benz fourbit les armes du polar pour nous raconter ce qu'a été - et ce qu'est encore - l'Amérique tourmentée par les spectres les plus sombres de son Histoire.Traduit de l'anglais par David FauquembergChanelle Benz, britannique et antiguaise d'origine, vit et enseigne aujourd'hui à Memphis, dans le Tennessee. Elle est diplômée de l'université de Syracuse, où elle a eu pour mentor l'écrivain George Saunders, qui a salué en elle " une nouvelle voix sidérante de la fiction américaine ", et a également étudié l'art dramatique à l'université de Boston. Après un virtuose premier recueil de nouvelles, Dans la grande violence de la joie (Seuil, 2018), elle signe avec Rien dans la nuit que des fantômes son premier roman.
Avant de s'engager dans l'armée iranienne pour combattre l'ennemi irakien, Amir Yamini était un playboy, qui passait le plus clair de son temps à séduire les femmes et exaspérer sa très pieuse famille. Cinq ans plus tard, sa mère et sa soeur le retrouvent, amputé de son bras gauche, dans un hôpital psychiatrique pour soldats traumatisés. Quasi amnésique, Amir est hanté par la vision d'une mystérieuse femme sans visage, au front orné d'un croissant de lune. De retour à Téhéran, le fils prodigue est tour à tour salué comme un martyr de la Révolution islamique et confiné dans sa chambre comme un fou dangereux. Avec la complicité de sa soeur, il s'évade en escaladant le mur de leur jardin et repart sur le champ de bataille à la recherche de celle qu'il surnomme « Front de lune », accompagné dans ce périple au fil de la mémoire par deux scribes perchés sur ses épaules - l'ange de la vertu et l'ange du péché - qui consignent depuis toujours son histoire. Avec cette épopée amoureuse, guerrière et poétique d'une inventivité exubérante, porteuse d'un regard subtil sur la société iranienne contemporaine et empreinte d'une sensualité tout droit héritée de la grande tradition des contes persans, le grand romancier iranien Shahriar Mandanipour signe une oeuvre forte, envoûtante et pleine d'humanité.