Jean-Pierre Richard, critique et écrivain. Suivi d?un texte inédit de Jean-Pierre Richard : "Les sol
Combe Dominique ; Doumet Christian
HERMANN
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EAN :9782705689377
Extrait BONHEUR DANS LA CRITIQUE par Christian Doumet À partir des années 1950 et trois décennies durant, la critique littéraire a connu un moment de bonheur. Sous toutes ses dimensions (oeuvre, page, fragment, simple phrase...) la littérature livrait alors à volonté son essence textuelle, paraissant dévoiler ainsi le secret de sa matière. Le texte, dans ce temps-là, avait acquis une valeur neuve, qui faisait de lui beaucoup plus qu'un prélèvement un peu arbitraire : c'était la constante matérielle des oeuvres, ou comme on disait alors en jouant à l'envi sur l'étymologie, leur tissu, leur trame, voire leur simple fil qu'il s'agissait de suivre pour toucher, au bout du compte, quelque chose de comparable à ce que les Anglosaxons nomment fabric. On tenait enfin une vérité stable dans un ordre de choses marqué par l'imprévisible, le variable et le discontinu. Il suffisait de faire apparaître cette vérité ; à l'art d'une telle épiphanie se mesuraient l'inventivité, la compétence, pour tout dire, le talent du critique. Mais faire apparaître exigeait beaucoup plus qu'une puissance de démonstration. Il importait de construire, en l'adossant au texte, la structure capable d'accueillir et de révéler les détails de sa fabrication. Voyaient ainsi le jour des édifices légers ou pesants, éphémères ou durables, sortes de dépendances inattendues qui occultaient parfois le bâtiment principal et qu'on finissait par aimer pour elles-mêmes, comme on se plaît à certains appentis, ou à certaines folies. Le métier d'échafaudeur florissait. L'échafaudage, il est vrai, a ses beautés qu'on n'aurait garde de sous-estimer. Il possède sa trame propre, mieux visible en effet que celle des façades qu'il recouvre, quoique plus compliquée ; sa géométrie, sa solidité, ses noeuds ; il brille surtout par sa vitesse époustouflante : monté ici, démonté là, toujours volant, toujours s'élevant. Échafauder : n'est-ce pas le propre de toute confiance dans les promesses du temps ? C'était une époque de confiante édification. Et qu'on y fût parfois soi-même proprement édifié n'était pas étranger à cette confiance. La critique littéraire participait d'une vaste entreprise herméneutique marquée par ce trait singulier : que déchiffrer le monde aboutissait aussi, «quelque part», à le reconstruire. L'imprécision de ce quelque part n'avait au demeurant rien de décourageant. C'était seulement l'indice coutumier d'une utopie en marche ; un des multiples signes du bonheur, pour autant que les mots suffisent parfois à faire passer le frisson de ce qu'ils ne savent pas, ou ne doivent pas dire avec exactitude. Toutes ces petites concessions à la vulgate ne trahissaient rien de plus que le désir d'entrer dans un mouvement confus mais puissant, de participer à cette jubilation communicative du lendemain. L'euphorie des «trente glorieuses» s'imposait, là aussi. Trente et quelques années : il semblait qu'on eût devant soi l'éternité même. Ce vertige se percevait à d'infimes détails, dont le plus touchant tenait à une forme particulière de prétention. Penser pouvait en effet consister seulement à dessiner les ébauches d'une pensée qui ne venait jamais, à annoncer des révélations qu'on négligeait d'opérer, à laisser à d'autres le soin de poursuivre ; en somme, à soigner ses préliminaires. Il suffisait (et pour certains, cette suffisance touchait à l'imposture) de faire miroiter l'idée dans une certaine direction pour qu'on en éprouve aussitôt la chaleur. Dans ce moment marqué de tout côté par l'urgence, on avait curieusement le temps de remettre beaucoup de choses à plus tard.
Résumé : Le Cahier d'un pays natal, publié pour la première fois en 1939, a été célébré comme une charte de la "négritude" et de l'anticoloninialisme. Césaire est devenu un penseur de référence pour les études postcoloniales, aux côtés de Fanon, de Memmi et de Sartre, alors que des voix s?élevaient aux Antilles contre l?"idéologie de la négritude", au nom de la "créolité". Mais le message politique, social, philosophique que Césaire apporte, certes ancré dans l'histoire coloniale, est consubstantiel au langage même de la poésie, qui excède les circonstances de la composition. Il faut donc d'abord lire le Cahier d'un retour au pays natal comme un poème. La pensée de la "négritude" n'est nullement une philosophie illustrée par le poème. L?"invention" toute rimbaldienne de "formes nouvelles" révèle le poète à lui-même et lui ouvre le "monde noir". La "négritude" naît de l'acte poétique lui-même, qui revêt une signification politique.
Résumé : Alors que le textualisme proclamait la mort des genres et le triomphe du texte, au-delà de toute classification et de toute frontière, la nouvelle rhétorique revient a Aristote et a la tripartition de l'épique, du lyrique et du dramatique. C'est dire que la notion de genre est toujours présente. Il importe donc de montrer la continuité des théories des genres avec la tradition ouverte par La Poétique d'Aristote et par la rhétorique gréco-latine. A travers l'histoire de ce grand partage hérité de la rhétorique classique, les pérégrinations de la poétique et de la rhétorique, de la linguistique, mais aussi de la philosophie rencontrent le rêve de l'écrivain. La théorie des genres, aussi savante soit-elle, relève en effet aussi d'un imaginaire où les définitions et les descriptions se muent en des modèles idéaux, voire des utopies de l'?uvre littéraire. Cet ouvrage ne prétend pas ajouter aux définitions de la notion de genre ; il voudrait permettre au lecteur de se repérer dans le labyrinthe des théories, de faire l'état aujourd'hui de cet " imaginaire " des genres, en lui fournissant les textes critiques et les références bibliographiques nécessaires à une réflexion esthétique et, plus simplement à une interprétation des ?uvres.
« Il s'agit, dans le présent ouvrage, de faciliter la lecture des Planches courbes en situant le poète, en replaçant le recueil dans l'ensemble de l'oeuvre ; d'en suivre les mythes fondateurs, d'en décrire les formes et les genres. Mais le poète Bonnefoy est également penseur, non seulement dans ses essais, ses conférences et ses entretiens, mais dans ses poèmes eux-mêmes. Dans Les Planches courbes, la relative simplicité - transparence de la langue, évidence des images - est trompeuse. La deuxième section du recueil ne s'intitule-t-elle pas, précisément, "Dans le leurre des mots" ? Les Planches courbes pose en effet de redoutables questions d'interprétation, qui engagent l'oeuvre de Bonnefoy tout entière. Ces questions, souvent ardues, supposent un élargissement et un approfondissement de la réflexion. Après une lecture de l'imaginaire et de ses formes, l'essai s'efforcera dans une deuxième partie d'en dégager quelques enjeux poétiques et philosophiques. » Dominique Combe.
Le présent essai procède d'une réflexion plus générale sur l'histoire des formes et des genres poétiques au XIXe siècle, et de leur postérité dans la poésie contemporaine. Rimbaud y est donc lu dans les rapports étroits qu'il entretient, en amont, avec Hugo, Baudelaire, Mallarmé, Banville, etc. , mais aussi en aval, avec les lecteurs du XX ? siècle, et singulièrement les poètes, de Claudel à Breton, de Bonnefoy à Lionel Ray. C'est dire que l'angle privilégié, pour cette présentation générale, est celui d'une poétique et d'une stylistique, résolument inscrites dans l'histoire - d'une "poétique historique", comme aurait dit le théoricien russe Mikhaïl Bakhtine". Dominique Combe.
Droit Roger-Pol ; Atlan Monique ; Masquelier Frédé
L'amour se raconte, s'éprouve, se rêve, s'étiole. Il fait hurler de joie ou de douleur, pousse à agir ou foudroie, transporte ou désespère. Mais peut-il être l'objet d'un savoir ? Ne pourrait-il être approché que par des récits, et non des concepts, par la littérature et la poésie, et non par la philosophie ? Ce qui est sûr, c'est que l'amour fait des histoires... que les philosophes ont longtemps négligées, n'y voyant que les marques de l'émotivité, de la passion, de la déraison. Pourtant, ces histoires sont riches d'enseignements. Comment naissent, vivent et meurent les histoires d'amour ? Du roman au cinéma, les récits d'aujourd'hui sont-ils comparables à ceux de jadis ? Aime-t-on de la même manière qu'autrefois, alors que semblent s'installer la peur de l'engagement et la défiance envers le sentiment amoureux ? Les philosophes et experts ici rassemblés nous invitent à envisager le lien amoureux comme une transformation sans cesse en devenir, tissu sans fin d'histoires humaines. Avec les textes de : Boris Cyrulnik, Vincent Delecroix, Frédérique Ildefonse, Sophie Galabru, Olivia Gazalé, Christian Godin, Francis Wolff
Latham Monica ; Amselle Frédérique ; Ferrer Daniel
Cet ouvrage propose une visite guidée des " antichambres " , " coulisses " et autres " arrière-cuisines " , où l'écriture de Virginia Woolf se prépare. Ses lieux d'écriture, à Londres ou dans la région du Sussex, révèlent les méthodes de travail de l'autrice autant que son environnement. En plus de sa prose romanesque et de ses essais critiques, Woolf écrivait quotidiennement dans son journal, tenait une correspondance régulière, et esquissait des projets dans ses carnets de travail. Ces milliers de pages offrent un formidable témoignage littéraire, où l'on peut la voir analyser avec lucidité sa propre méthode et réfléchir à son écriture, avec ses mécanismes, ses joies et ses peines. Alors que l'examen de la genèse de Mrs Dalloway révèle une écrivaine qui tâtonne afin de mettre en place sa vision unique et hautement ambitieuse du roman moderne, les manuscrits d'Une chambre à soi mettent au jour la rapidité d'écriture d'un essai littéraire et féministe qui résonne encore aujourd'hui. Suivre les processus d'écriture de ces textes nous permet d'observer à la fois l'écrivaine à l'oeuvre, et l'oeuvre en train de prendre forme, à la confluence de plusieurs courants, inspirations et idées novatrices.
L'image de l'empereur Néron, jouant de la lyre au moment où Rome brûlait à ses L'image de l'empereur Néron, jouant de la lyre au moment où Rome brûlait à ses pieds, a été immortalisée par le cinéma hollywoodien et a durablement imprégné l'imaginaire collectif. Or, beaucoup de ce que l'on croit savoir sur cette grande catastrophe historique est faux. Rome brûle relate comment l'incendie de 64 a détruit une bonne partie de la ville et plongé sa population dans la panique. L'ouvrage décrit également comment le feu a détruit l'image dorée de l'empereur Néron, et provoqué une crise financière qui a durablement influé sur l'économie romaine. Ce livre recenseen outre les récentes découvertes archéologiques qui permettent de mieux comprendre cet événement, et sa postérité dans la littérature, l'opéra ou le cinéma. S'appuyant sur une riche documentation, à la fois littéraire et archéologique, le professeur Anthony Barrett montre comment le grand incendie de Rome provoqua la chute de Néron et la fin de la dynastie julio-claudienne, et fut un point de bascule dans l'histoire romaine.
Il ne leur manque que la parole, entend-on souvent dire à propos des chiens. En effet, pourquoi après 35 000 ans de cohabitation, d'amitié, de services rendus, ne nous parlent-ils toujours pas ? Comment la parole est-elle venue à l'homme, et qu'en comprennent nos compagnons les chiens ? Qu'échangeons-nous vraiment avec eux ? Pourquoi leur parlons-nous sur un ton stupide ? Quelles limitations les empêchent de nous répondre ou tout simplement de nous dire ce qu'ils pensent de nous ? A ces questions, parfois naïves, les neurosciences - humaines et animales - fournissent des éléments sérieux de réponse. Et une expérience inédite vient bousculer notre conviction que seul l'humain peut utiliser le langage pour communiquer, et interroger le sens même de l'existence. Alors ? Pensent-ils humains ?
Laure Murat, autrice et professeure à l’UCLA, définit dans ce court ouvrage les termes de récriture, de réécriture et/ou de censure en littérature pour que le débat soit fécond. Une base très intéressante pour nourrir votre réflexion.
A partir d'un souvenir de lecture d'enfance, un Cosette abusivement attribué à Victor Hugo, Tiphaine Samoyault déploie le destin éditorial des Misérables en France et à l'étranger. Elle révèle comment ce roman, dès sa parution, a été abrégé, adapté, traduit, illustré, réécrit, jusqu'à devenir l'un des récits les plus réappropriés au monde. Plus le livre est transformé, plus il devient mémorable. La question "Faut-il réécrire les classiques ? " apparaît dès lors comme une fausse question : ils ne sont tels que par leur constante adaptation aux goûts et aux attentes des époques successives. De Shakespeare aux contes de fées, de Montaigne à Mark Twain ou Agatha Christie, des traductions aux versions réduites, des transpositions aux mises en scène, l'autrice montre qu'un classique ne se définit pas par son intouchabilité, mais par sa capacité à s'affranchir de son original. Face à des polémiques souvent caricaturales opposant "cancel culture" et sacralisation du passé, ce livre privilégie la nuance, l'enquête et une érudition généreuse. Il préfère la démonstration à l'indignation pour affirmer une idée simple et stimulante : la réécriture n'est pas synonyme d'annulation, bien au contraire, puisqu'elle prolonge le plus souvent la vie des oeuvres en élargissant leur partage et en pérennisant leur mémoire.