Susanna Colussi Pasolini raconte l'histoire et les exploits de quelques personnages familiaux entre le début du XIXe siècle, pendant les guerres napoléoniennes, et le début du XXe siècle (juste avant la grande guerre). Elle-même étant née en 1891, il est également question de sa jeunesse jusqu'en 1910 à peu près. Susanna commence par rapporter les propos de sa propre grand-mère sur les ancêtres: Visens qui a fait la guerre en Russie, dans l'armée de Napoléon, et a ramené de Pologne une jeune femme qui lui a sauvé la vie, puis Beputi, Clementina, Sabina, Elvira et Centi (le frère de Susanna). Chacun a vécu des drames sentimentaux. Visens pour échapper à la mort de froid, éventre un cheval et c'est dans ce reste de chaleur qu'il est retrouvé par celle qui sera sa femme et qu'il enlève à son fiancé. Beputti est une sorte de saint, homme profondément bon, mais qui quitte sa femme et va vivre en Amérique, où il trouvera la mort en voulant sauver un homme qui se noie, sur le chantier d'un pont. Clementina, abandonnée, devient une femme perdue, allant de liaison en liaison, perdant un enfant qu'elle a d'un inconnu. Sabina mène une double vie. Elvira sera la maîtresse de Centi. Ce dernier, frère aîné de Susanna qui l'adorait, après avoir fait les quatre cents coups (il a volé dans la caisse de la distillerie familiale, il a failli avoir la siphylis, il a eu une maîtresse mariée) a suivi des études de physique, puis est parti pour San Francisco, comme son ancêtre. Susanna est devenue institutrice, en partie pour payer les études de son frère. Elle raconte avec beaucoup de détails émouvants leur enfance et ses propres études qui lui ont permis d'acquérir une grande culture et un rapport profond avec la littérature et la psychologie, comme le révèle ce texte remarquable, quoique inachevé. L'influence de ce livre sur l'imaginaire amoureux et sur l'esthétique littéraire de Pasolini est évidente. Plusieurs épisodes se retrouvent, en effet, dans "Romancero", une section du recueil (1953) La meilleure jeunesse. Et le style même de Susanna a influencé celui du premier livre de Pasolini, Actes impurs.
Lola est une enfant de 12 ans, tuée dans d'atroces circonstances le 14 octobre 2022. Placée en garde à vue, la principale suspecte, D. B., est mise en examen pour meurtre, précédé, accompagné ou suivi d'actes de tortures ou de barbaries, et pour viol. En quelques heures à peine, ce terrible fait-divers bouleverse l'opinion publique, faisant l'objet d'un emballement médiatique inédit. La cynique récupération politique qui s'ensuit entraîne la remise en question de grands principes démocratiques, avec notamment des appels à une justice expéditive et un rétablissement de la peine de mort. Ce livre, écrit par les avocats de D. B., première femme condamnée à la perpétuité incompressible, raconte de l'intérieur les contours de cette affaire hors norme, depuis ses premiers instants jusqu'à la plaidoirie finale, en passant par le récit d'une reconstitution exceptionnelle ou la description d'une Unité pour Malades Difficiles. A partir du point de vue trop peu entendu des avocats "du Mal., La Sinistre Comédie dépeint surtout une effroyable traversée des enfers, caractérisée par l'inquiétant basculement populiste des élites médiatiques et politiques dans leur rapport à la justice et au crime. "S'il faut savoir se taire dans le respect du Droit, il ne faut pas avoir peur de parler pour le défendre. C'est la raison de ce livre."
Si l'on fait la somme des instants fatidiques de nos vies, dix minutes suffisent à définir l'existence d'un être humain. Ce livre raconte les dix minutes décisives d'un homme qui ria toujours désiré qu'une seule chose : la domination. Ce n'est pas une biographie, mais plutôt une ballade, un roman picaresque, rythmé et mordant. De sa plume incomparable, Stefano Massini retrace l'odyssée d'un enfant devenu golden boy, puis entrepreneur sans scrupule, le parcours de celui que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Donald Trump.
En février 2022, les images de l'invasion russe en Ukraine réveillent chez Francesca Melandri un écho douloureux : ces mêmes plaines, où la guerre fait son retour en Europe, sont celles qui ont marqué à jamais la vie de son père, Franco. Comme des dizaines de milliers d'Italiens, il fut envoyé sur le front de l'Est entre 1942 et 1943, sous le régime fasciste. Son histoire, qu'il a lui-même tenté de raconter dans plusieurs romans jamais publiés, est devenue au fil du temps une légende familiale, où les valenki - ces chaussures en feutre typiques de la région - symbolisent à la fois sa survie et le lien indéfectible entre sa famille et cette terre lointaine. En puisant dans les écrits qu'il a laissés, mais en creusant aussi dans les silences, sa fille enquête aujourd'hui sur les zones d'ombre d'un homme qui, comme tant d'autres de sa génération, s'est retrouvé à combattre du mauvais côté. A cette recherche intime, elle mêle une poignante méditation sur la guerre, interroge notre responsabilité de citoyens européens et nous invite à réfléchir à ce que signifie véritablement le mot "paix". Et si l'Histoire n'était pas un lointain récit mais une question qui nous concerne tous, ici et maintenant ?
Dans les années 1960, le jeu préféré des garçons qui vivent sur les hauteurs de Sarajevo est un défi aux lois de l'apesanteur : après l'école, ils se retrouvent pour lancer des couvercles de casseroles dans les airs et deviner où les vents les porteront, de sorte que les disques de métal reviennent entre leurs mains. Cinquante ans plus tard, l'un de ces garçons, Emir Kusturica, a grandi en s'inspirant de cet acte de rébellion poétique contre la nature et est devenu réalisateur, auteur et musicien. Il a vu son pays détruit parla guerre, ses frontières redessinées, mais n'a jamais cessé de considérer la liberté comme le bien le plus précieux qu'un homme doit défendre, plus encore s'il est artiste. Lorsqu'il rencontre l'écrivain Peter Handke, il comprend qu'il n'est plus seul. Dans ce roman-monde, deux rebelles - un cinéaste et un conteur - se poursuivent, marchant sur la corde raide entre les fantômes d'Ivo Andrie et d'Ingmar Bergman, à la recherche de l'essence de l'homme.
Notes Biographiques : Écrivain et essayiste, Alessandro Baricco est né à Turin en 1958. Dès 1995, il a été distingué par le prix Médicis étranger pour son premier roman, Châteaux de la colère. Avec Soie, il s'est imposé comme l'un des grands écrivains de la nouvelle génération. Il collabore au quotidien La Repubblica et enseigne à la Scuola Holden, une école sur les techniques de la narration qu'il a fondée en 1994 avec des amis.