Nulle fascination macabre ici ! Bien au contraire : le constat que la littérature aide à affronter la mort, en éloignant toute tristesse, et ainsi aide à vivre. Dans ces textes où se produit l'acte de mourir, la scène est plus qu'un récit : elle comprend une dramatisation qui rappelle le théâtre, et une progression narrative qui renvoie à la composition d'un tableau. Il y a donc toujours de la vie. D'époques et de sensibilités diverses, les écrivaines et écrivains ici réunis nous offrent avec ces scènes romanesques, poétiques ou dramatiques quelques-unes de leurs plus belles pages. Sublimes ou triviales, comiques plus souvent qu'on ne le pense, ces scènes ne laissent pas indifférent : elles émeuvent, elles bouleversent, elles amusent. Elles donnent à sentir, à connaître et à penser. De la mort des héros à la mort des plus humbles ; de la mort des animaux à celle des végétaux ; de l'avant-scène (la mort redoutée ou espérée) jusqu'à la sortie de scène (par la métamorphose ou la résurrection) : se dessine ici l'histoire d'un long compagnonnage entre la littérature et la mort. Dans une lettre de 1675, Mme de Sévigné rapporte que le maréchal de Turenne, faisant ses adieux avant de partir au combat (où il mourra), réclamait "quelque temps entre la vie et la mort". Gagné sur les contraintes du jour, le temps de la lecture n'est-il pas le plus beau des répits ?
Vous voulez vous venger de l'avarice de votre maître ? Faites-lui croire qu'une troupe imaginaire de spadassins est à sa poursuite et que vous avez trouvé un moyen de le sauver. Prenez un sac. Mettez l'homme dans ce sac et prenez soin de bien le fermer. Promenez-le un peu sur votre dos à travers la ville. Profitez-en pour le rouer de temps à autre de coups de bâton. Mais prenez garde que votre victime ne découvre la supercherie...
Laure Murat, autrice et professeure à l’UCLA, définit dans ce court ouvrage les termes de récriture, de réécriture et/ou de censure en littérature pour que le débat soit fécond. Une base très intéressante pour nourrir votre réflexion.
A partir d'un souvenir de lecture d'enfance, un Cosette abusivement attribué à Victor Hugo, Tiphaine Samoyault déploie le destin éditorial des Misérables en France et à l'étranger. Elle révèle comment ce roman, dès sa parution, a été abrégé, adapté, traduit, illustré, réécrit, jusqu'à devenir l'un des récits les plus réappropriés au monde. Plus le livre est transformé, plus il devient mémorable. La question "Faut-il réécrire les classiques ? " apparaît dès lors comme une fausse question : ils ne sont tels que par leur constante adaptation aux goûts et aux attentes des époques successives. De Shakespeare aux contes de fées, de Montaigne à Mark Twain ou Agatha Christie, des traductions aux versions réduites, des transpositions aux mises en scène, l'autrice montre qu'un classique ne se définit pas par son intouchabilité, mais par sa capacité à s'affranchir de son original. Face à des polémiques souvent caricaturales opposant "cancel culture" et sacralisation du passé, ce livre privilégie la nuance, l'enquête et une érudition généreuse. Il préfère la démonstration à l'indignation pour affirmer une idée simple et stimulante : la réécriture n'est pas synonyme d'annulation, bien au contraire, puisqu'elle prolonge le plus souvent la vie des oeuvres en élargissant leur partage et en pérennisant leur mémoire.