Un artificier de la création, un homme rare parmi les poètes et les artistes de son époque : tel est le jugement que portait Apollinaire sur Pierre Albert-Birot en 1917. Venu tard à la poésie, après une première carrière de peintre et de sculpteur et une longue période d'insatisfaction, Pierre Albert-Bicot (1876-1967) fut un infatigable expérimentateur. Tour à tour éditeur, imprimeur, homme de théâtre, scénariste, mais avant tout et partout poète, il fut l'auteur d'une oeuvre à bien des égards pionnière. Fondateur de la revue SIC (1916-1919), il y accueillit les créateurs les plus audacieux de son époque : Apollinaire, Soupault, Reverdy, Tzara, Picasso, Zadkine... Dans son oeuvre personnelle, il innova dans des domaines aussi variés que la poésie visuelle (poèmes-affiches, poèmes-pancartes), la poésie sonore (poèmes à crier et à danser), le théâtre (pièces pour marionnettes, théâtre circulaire) ou le cinéma avec ses ciné-textes poétiques. Il s'illustra dans le haïku comme dans l'épopée, avec son Grabinoulor, une coulée de près de mille pages sans aucun signe de ponctuation... En éclairant sous de multiples facettes le parcours peu commun de ce créateur joyeusement moderne, ce cahier d'Europe nous invite à prendre la mesure d'une création démultipliée, au confluent des avant-gardes. L'oeuvre de Claude Cahun (1894-1954), méconnue de son vivant, fut progressivement révélée à partir de la fin des années 1980. L'intérêt qu'elle suscita ne cessa de s'amplifier. Elle occupe à présent une place de tout premier plan, non seulement dans le grand récit de la modernité mais à la pointe des débats contemporains. Les problématiques autour desquelles elle se constitue, les moyens qu'elle mobilise et dont l'étendue est impressionnante - littéraires, photographiques, scéniques, plastiques -, voilà qui allait trouver ces vingt dernières années une résonance exceptionnelle. Ce dossier, tout en restituant rare image assez complète de l'esprit qui anime Claude Cahun, met l'accent sur deux aspects qui ont bénéficié de quelques enrichissements : le milieu relationnel dont l'influence fiai formatrice, et la contribution aux "arts du spectacle" (théâtre, cinéma). Il apporte également des précisions sur la démarche photographique de Claude Cahun, certainement l'une des plus étonnantes de sa génération et, aujourd'hui, des plus commentées. Par ailleurs, une correspondance inédite avec André Breton nous plonge au coeur de sa résistance active à l'occupation nazie, dans l'île de Jersey où elle s'était retirée avec sa compagne, Suzanne Malherbe.
Date de parution
30/03/2017
Poids
392g
Largeur
130mm
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EAN
9782351500866
Titre
P ALBERT-BIROT CLAUDE CAHUN N1056 AVRIL 2017
Auteur
COLLECTIF
Editeur
REVUE EUROPE
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130
Poids
392
Date de parution
20170330
Nombre de pages
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En 1936, peu après la mort de Karl Kraus à Vienne cette "station météorologique de la fin du monde" où il avait vécu toute sa vie, on pouvait lire dans Europe une nécrologie dont il vaut la peine de citer quelques mots pour mémoire, tant les traits du profil ne semblent guère avoir jauni : "Adoré par une foule de partisans dévoués, honni par la presse et par la littrérature officielles, Kraus réunissait en lui l'esprit d'un Don Quichotte réaliste et d'un Cyrano dénué de sentimentalité. Pendant trente-six ans, il a combattu pour tout ce qui lui semblait authentique, contre tout ce qu'il voyait vil et faux. Sous forme d'attaques directes ou de gloses satiriques, les petits cahiers rouges de sa revue Die Fackel lançaient d'incessants défis aux ennemis de ses idées intransigeantes sur la probité humaine." Kraus fut en effet un écrivain hors pair et un lutteur passionné. Walter Benjamin voyait en lui une "combinaison d'enfant et d'anthropophage" rassemblant toutes ses énergies pour combattre l'opinion et le langage standardisés. Il sut aussi donner toute la mesure de son génie dans Les Derniers Jours de l'humanité, ce drame gigantesque sur la Première Guerre mondiale où il brasse et mime tous les langages de la société. " Si les Anciens disaient que la poésie naît de l'étonnement devant la vie, la satire de Kraus naît de la stupeur devant l'infamie. Nul n'a été un défenseur de chaque victime à 1'égal de Kraus, et c'est là sa grandeur ineffable", observait naguère Claudio Magris. Sans rien celer des complexités propres à sa personnalité et à son oeuvre, ce numéro d'Europe nous conduit à la rencontre d'un écrivain aussi actuel qu'intempestif.
Né en 1913 à Bucarest, Ghérasim Luca parlait roumain, français, allemand et yiddish. En 1962, dix ans après son installation à Paris, il notait pour lui-même cette proposition paradoxale et forte : "Je suis 1'Etranjuif". Il attendit en effet la fin des années quatre-vingt pour abandonner son statut d'apatride, obligé qu'il était de régulariser ses papiers d'identité. Son suicide, le 9 février 1994 dans la Seine, est venu comme rappeler non seulement qu'il se considérait comme définitivement "hors la loi", mais aussi qu'il avait toujours dansé sur la corde. Ses oeuvres pleines de sa vie et sa vie entièrement consacrée à ses oeuvres en témoignent toujours puisque sa danse continue à entraîner, à encourager et même à enflammer ici et ailleurs, à la fois douloureusement et de manière jubilatoire, en inventant multiplement "une littérature impossible de tous côtés". Ghérasim Luca est bien un de nos grands intempestifs ! Surréaliste roumain, fabricant de "cubomanies" et de livres d'artistes méticuleusement réalisés, ami de Victor Brauner, de Wilfredo Lam et de quelques autres peintres majeurs, poète sonore ou plutôt "récitaliste" faisant de la voix un prolongement du corps, Ghérasim Luca ne peut en réalité s'accorder avec une telle addition que d'aucuns compléteront forcément... sans jamais pouvoir en faire le tour. Car ses oeuvres et sa vie sont placées sous le signe d'un perpétuel débordement. Elles font un tourbillon dans le fleuve de notre devenir, tant du point de vue du poème que plus généralement des arts et du langage. "Le plus grand poète français, mais justement il est roumain, c'est Ghérasim Luca", disait Gilles Deleuze. A ses yeux, Luca était de ceux qui inventent "des vibrations, des rotations, des tournoiements, des gravitations, des danses ou des sauts qui atteignent directement l'esprit". Amour, humour, politique, éthique et poétique étaient indissociablement liés chez ce forgeur sauvage et subtil qui écrivait : "tout est irréalisable dans l'odieuse /société de classes, tout, y compris l'amour/la respiration, le rêve, le sourire /l'étreinte, tout, sauf la réalité /incandescente du devenir".
Seule entre tous les arts, et dans un instant indivisible de vision, l'architecture charge notre âme du sentiment total des facultés humaines", affirmait Paul Valéry. Le terrain sur lequel se propose de s'aventurer ce numéro d'Europe est celui des relations entre architecture et littérature. Il s'agit d'un domaine qui ne se prête guère à des délimitations simples ou à des cartographies sommaires. On en retire plutôt l'impression d'un archipel, ou peut-être d'une constellation de situations qui attestent de l'existence de ces rapports selon des modalités nombreuses, complexes et nuancées, mais sans qu'elles forment un paysage que la pensée embrasserait d'un seul tenant. Comme l'a noté David Spurr, "chacune à sa façon, l'architecture et la littérature sont potentiellement les formes artistiques les plus illimitées dans leur compréhension de l'existence humaine, et ce fait justifie à lui seul la tâche qui consiste à les mettre en relation l'une avec l'autre". Si chacun de ces deux arts procède nécessairement de façon autonome et relève de temporalités et modes de création distincts, il n'en demeure pas moins que comparaison, parallélisme, correspondances et interférences sont autant de termes qui expriment la diversité des liens entre l'architecture et la littérature. A cet égard, le présent numéro d'Europe ouvre des perspectives passionnantes. D'Italo Calvino à Georges Perec, de Jean-Christophe Bailly à Jean-Paul Goux, de Fernand Pouillon à Paul Andreu, d'Alain Robbe-Grillet à Peter Eisenman, de Paul Valéry à Le Corbusier ou encore de Paul Celan à Daniel Libesldnd, les interactions et les écarts entre architecture et littérature nous offrent ici l'opportunité d'une réflexion audacieuse et féconde.
La littérature est le principal vecteur par quoi les hommes prennent conscience de ce qu'est le monde. Elle est un moyen de connaître, et aussi de se connaître. Elle libère l'individu, l'aide à se construire, elle est "révélation et délivrance". Pour Pierre Bergounioux, auteur d'une oeuvre singulière et forte, le choix d'écrire répond au besoin de "comprendre ce qui s'est passé". Il s'est voulu le témoin de la fin de la société rurale traditionnelle, laquelle, lentement structurée depuis le néolithique, aura pris fin sous nos yeux, en une ou deux décennies à peine, au tournant des années soixante. La génération promise aux aventures abstraites des existences urbaines, ce fut la sienne. Il aura dit la surprise, l'enthousiasme, bientôt la peine que ce fut. L'obstination à vouloir que "les lieux sans espoir" de l'enfance sortent du silence, que les sans voix ne demeurent pas dans l'oubli, la conviction que "toute vie, quelle qu'elle soit, est en principe susceptible de recevoir un sens approché, explicite, dans l'écrit", tels sont quelques-uns des traits essentiels qui donnent à l'oeuvre son unité. Des plus minces événements de la vie quotidienne au souffle de la grande Histoire, des strates profondes du passé au "vent fugitif du présent", c'est fort d'une grande sensibilité alliée à une immense érudition que Pierre Bergounioux a su faire de sa prose splendide un confluent des temporalités.