Le Serment du jeu de paume, la Bataille des Pyramides, la Bataille d'Austerlitz : autant de noms prestigieux qui frappent l'imaginaire de chacun. Le musée de Versailles est riche de plusieurs centaines de peintures qui retracent les principaux événements de la Révolution et de l'Empire. Cet ouvrage a pour but de faire découvrir au public, pour la première fois dans son intégralité, non seulement cet immense ensemble de peintures, particulièrement brillantes, et si souvent utilisé seulement comme illustrations, en particulier dans les manuels scolaires, mais aussi d'en expliquer le contenu iconographique, historique et artistique. Bruno Foucart, Claire Constans et, plus largement encore, Yveline Cantarel-Besson se sont tout particulièrement attachés à montrer que Louis-Philippe, en transformant Versailles en musée, avait laissé toute sa place à Napoléon Ier : à côté du génie militaire de l'Empereur, il invitait à considérer la sage monarchie de juillet. En comparant les commandes des deux souverains, le lecteur mesurera l'originalité de cette entreprise du roi des Français, autant que la beauté et la variété d'une collection méconnue qui fait de Versailles le plus important musée de la peinture de l'Empire. C'est ainsi que, à côté de David, ils trouveront Gérard, Girodet, Lejeune, mais aussi les très prolifiques artistes sollicités par Louis-Philippe pour compléter les séries iconographiques du musée dédié " A toutes les gloires de la France ".
Selon l'un de ses premiers biographes, le peintre Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) "s'adonna au genre érotiques dans lequel il réussit parfaitement". Artiste éminent de la scène parisienne de la seconde moitié du XVIIIe siècle, Fragonard aborda tous les genres avec bonheur, mais on a très vite considéré que la thématique amoureuse tenait une importance particulière dans son oeuvre. Sa production dans cette veine a souvent été réduite à la formidable énergie sensuelle de ses ouvres licencieuses des années 1765-1775. Dès le XIXe siècle, Jules Renouvier rapportait en effet cette formule caractéristique du peintre qui "disait dans un langage qu'on doit lui laisser sans périphrase parce qu'il est de lui "je peindrais avec mon cul"". Mais l'inspiration amoureuse qui parcourt Pieuvre protéiforme et généreuse du "divin Frago" apparaît infiniment plus riche et subtile. Alors que les Lumières accordent une place nouvelle aux sens et a la subjectivité et que le jeune genre romanesque en plein essor (entre Crébillon, Rousseau et Choderlos de Laclos) place l'amour au cour des fictions, Fragonard va décliner sur sa toile ou sous ses crayons les mille variations du sentiment à l'unisson de son époque. C'est son parcours que l'on va suivre entre les derniers feux de l'amour galant et le triomphe du libertinage jusqu'à l'essor d'un amour sincère et sensible, déjà "romantique".