Evoquant le monde mystérieux de Gustave Moreau, Marcel Proust écrit: "Sa maison était presque un musée, sa personne n'était déjà presque plus que le lieu où s'accomplissait une ?uvre". En décidant d'agrandir sa maison de la rue de la Rochefoucauld en 1895 par la construction des grands ateliers nécessaires à l'exposition de ses tableaux, Gustave Moreau fait ?uvre exemplaire. Le musée, où est scrupuleusement conservé l'esprit de la présentation d'origine, permet encore, un siècle après, "de constater la somme de travail et d'efforts de l'artiste pendant sa vie" et, grâce aux pièces de l'appartement du premier étage, récemment restaurées à l'identique, de saisir la personnalité intime du peintre symboliste, médiateur entre la tradition et les innovations de notre siècle.
Très tôt, Gustave Moreau a eu recours à l'aquarelle mais ce qui avait d'abord valeur d'esquisse deviendra vite oeuvre et même chef-d'oeuvre à part entière. Les aquarelles reproduites dans cet ouvrage, sélectionnées et étudiées par Geneviève Lacambre, Peter Cooke et Luisa Capodieci, révèlent son extraordinaire maîtrise de cette technique. Par de subtiles harmonies de couleurs, Gustave Morau s'impose comme l'un des plus grands aquarellistes du XIXe siècles.
Selon l'un de ses premiers biographes, le peintre Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) "s'adonna au genre érotiques dans lequel il réussit parfaitement". Artiste éminent de la scène parisienne de la seconde moitié du XVIIIe siècle, Fragonard aborda tous les genres avec bonheur, mais on a très vite considéré que la thématique amoureuse tenait une importance particulière dans son oeuvre. Sa production dans cette veine a souvent été réduite à la formidable énergie sensuelle de ses ouvres licencieuses des années 1765-1775. Dès le XIXe siècle, Jules Renouvier rapportait en effet cette formule caractéristique du peintre qui "disait dans un langage qu'on doit lui laisser sans périphrase parce qu'il est de lui "je peindrais avec mon cul"". Mais l'inspiration amoureuse qui parcourt Pieuvre protéiforme et généreuse du "divin Frago" apparaît infiniment plus riche et subtile. Alors que les Lumières accordent une place nouvelle aux sens et a la subjectivité et que le jeune genre romanesque en plein essor (entre Crébillon, Rousseau et Choderlos de Laclos) place l'amour au cour des fictions, Fragonard va décliner sur sa toile ou sous ses crayons les mille variations du sentiment à l'unisson de son époque. C'est son parcours que l'on va suivre entre les derniers feux de l'amour galant et le triomphe du libertinage jusqu'à l'essor d'un amour sincère et sensible, déjà "romantique".