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Rêvez... Je ferai le reste
Cohu Véronique
GRASSET
18,95 €
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EAN :9782246812005
Extrait Paris-brest - J'entasse les billets de cent euros dans un grand sac en toile de jute. Le comptable se tient devant moi, raide comme un piquet. Il porte un pantalon pattes «d'èph'» et il a les cheveux longs. Je tends la main vers lui. Il la remplit. Je vérifie à chaque fois. Brusquement, je lui dis : «Il en manque ! Le compte n'est pas bon !» L'homme a un mouvement de recul. De peur qu'il ne m'échappe, je l'attrape par la chevelure. Mais sa tignasse reste accrochée à mes doigts. Étonnée, je regarde cette espèce de scalp et me vois dans un miroir, des peintures de guerre sur le visage. Le comptable a disparu, alors que l'écho d'un ricanement rebondit sur les murs carrelés de bleu. Ah, oui, j'ai oublié de préciser : nous sommes dans un bassin, vide de toute eau. Il y avait belle lurette que je ne guettais plus de réaction chez M. Cochart, psychanalyste de son état. Avant, je disais «mon» psychanalyste. Mais nous nous connaissions trop bien lui et moi. Notre vieux couple était en déliquescence. Je n'arrivais même pas à le haïr, c'est dire ! Le transfert n'aura donc pas lieu. Mes rêves, qu'il a toujours pris pour des divagations sans intérêt, n'ont jamais suscité que de brefs sursauts chez lui. Il est vrai que le sexe en était généralement absent. En tout cas pour celui qui ne sait pas lire entre les lignes... Et monsieur faisait partie de ceux, nombreux, qui s'éveillent à l'audition de certains mots simples et crus. Trop facile pour moi. Je m'interdisais de céder à la tentation de parsemer mes songes d'obscénités imaginaires pour qu'il retienne «quelque chose de mes propos». J'éprouvais, au bout de ces trois années, un certain mépris pour ce lacanien que l'habitude et les bons repas avaient fini par endormir et qui ne réagissait qu'à la manipulation de grosses ficelles verbeuses. - Vous êtes «là quand» pour que nous y soyons ensemble ? J'avais espéré qu'un peu de langue des oiseaux, si chère au Maître Jacques, le sortirait de sa sieste. Nada. «Je déteste venir à cette heure-ci», avais-je pesté intérieurement. «Il digère. J'en ai marre.» Je me vois encore me lever brusquement et jeter sur son bureau désertique les deux cents euros. Il avait grogné : il émergeait des bas-fonds dans lesquels il s'était douillettement réfugié, le veinard. - Ah, la séance est finie ? Bien, bien. A la semaine prochaine, Adèle. Il avait ostensiblement bâillé, ébouriffant ses cheveux que j'avais eu envie d'enlever un à un à la pince à épiler. Je ne lui demandais même plus ce qu'il pensait de mes récits. Depuis qu'il m'avait affirmé qu'«un rêve, ça ne s'explique pas», je n'attendais (presque) plus rien de sa part. Bon, j'avoue qu'une petite réflexion, un simple mot, m'auraient tout de même fait plaisir. Je sais qu'il le savait. Il aurait été trop content que je lui en fisse la remarque. A ce petit jeu, j'étais aussi perverse que lui. - J'ai piscine, faut que je file, avais-je bafouillé à Albin Cochart en guise d'adieu. Pour être sûre qu'il ait bien compris, j'avais ajouté : - On n'est pas faits l'un pour l'autre. Moi, je préfère la nage papillon, et vous, vous excellez dans la brasse coulée.
Confinée pendant 55 jours chez elle, comme une bonne partie de la population française, la créatrice Véronique Cohu se lance un double défi : réaliser chaque jour que durera le confinement un croquis, qui plus est de la main gauche (elle qui est droitière) ! Pour ne pas flancher (qui savait combien de temps durerait le confinement ? ), l'artiste annonce son challenge sur les réseaux sociaux. Rapidement, ses dessins, vifs, joyeux, emprunts de poésie - là est la magie de la main gauche - séduisent les internautes. 55 croquis, inspirés de lieux du Bassin d'Arcachon, sont donc venus égayer un quotidien anxiogène généré par cette pandémie 2020 du Covid 19. Une belle preuve que l'art peut aider à s'évader, même quand on est enfermé chez soi !
Résumé : Quatre nouvelles, quatre proses, pour illustrer le court en littérature. Des textes qui se composent et des êtres qui se décomposent : crus ou cuits. Mais toujours en petits morceaux ! Dans ce recueil de "fables tragiques", on excuse volontiers les assassins tant les victimes sont odieuses. Véronique Cohu démontre ici que le chemin le plus court est le meilleur, quoiqu'on en dise !
Voir la vie, au-delà des apparences. S'émouvoir d'un geste, d'un regard, d'une phrase. Ce recueil de pensées est une invitation à saisir le pouls de la Terre et de ses habitants, êtres humains, animaux, plantes. A travers une quinzaine de petites fables, dont certaines sont illustrées, l'écrivain Chantal Combedouzon, et la dessinatrice Véronique Cohu, évoquent avec délicatesse notre rapport au temps et à la plénitude.
La révolution numérique atteint son apogée, celle des intelligences artificielles. Nous sommes désormais pris en charge. Les outils et les algorithmes nous interpellent, nous encadrent, nous guident, choisissent à notre place. Répondent aux questions que nous ne nous posions pas. Jouent avec nous. Se jouent de nous. Cette dernière révolution nous laisse amers et épuisés. Nos cerveaux sont saturés de dopamine, ne connaissant ni vide, ni repos. Tout comme nos yeux, nos doigts, nos corps. Nos vies sont fragmentées, à l'image du monde. Peut-être devenons-nous des mines à ciel ouvert, aspirés et malmenés par le monde de la donnée, au coeur du d'une réalité qui semble elle-même s'effacer ? Telle n'était pas la promesse du progrès et nous voici pris de vertige : sommes-nous entrés dans une nouvelle civilisation, à la croisée du sommeil perdu, de l'hypnose et de la soumission ? Ou bien vivons-nous la dernière heure de l'homo sapiens ? " Dans la foulée de ses grands succès (La civilisation du poisson rouge, Sortir du bocal, Submersion), Bruno Patino nous livre un court essai prophétique, plein d'idées, d'hypothèses, de portraits, de lectures, de solutions.
Si la littérature est le lieu où la réalité se révèle de la manière la plus saisissante et la plus dérangeante, alors ce roman est un grand livre de littérature ! Un juge du régime des mollahs, condamné à perpétuité, écrit en prison : " Je sais que seuls mes crimes importent, mais mon récit pourrait vous aider à comprendre la fabrique des criminels. " Il raconte son enfance misérable, partageant la chambre d'un grand-père moribond dont il est le " garçon-pipi " , puis l'amour de sa vie, incestueux mais merveilleux, de la perte duquel il ne se remettra jamais. Pour épuiser sa douleur et sa haine, il s'enrôle à la guerre. " J'étais en guerre contre mon destin, et on me donnait une arme et un champ de bataille". Adolescent en quête de martyr, il est envoyé dans une école religieuse pour devenir juge et se prend pour le " Talleyrand iranien " . Il décrit les ressorts d'un régime de terreur, de tortures, de trafic d'organes, d'espionnage généralisé... Un incident va l'inciter à rendre visite à une adolescente en prison, puis, en catimini, à 117 autres jeunes et belles détenues. " Le viol me révulsait, me rebutait, vous comprenez ? J'avais besoin d'être admiré. Je leur apportais des plaisirs à hauteur de liberté. Je les traitais comme des femmes courtisées. Je rendais hommage à leur féminité bafouée. " Alors, ce " violeur attentionné et délicat " , qui reconnaît avoir condamné à mort des innocents, est-il un bouc-émissaire qui paie pour les crimes d'un régime dont les vrais puissants sont exonérés, ou un monstre manipulateur dont la bonne conscience dénonce encore plus la profonde perversion ? Au lecteur de juger. Peut-on être à la fois victime et bourreau ? On se sent mal à l'aise à ressentir de l'empathie pour ce criminel, voire à s'identifier à lui.
Le fascisme, contrairement aux doctrines politiques spécifiques aux caractéristiques clairement identifiables, telles que le nazisme ou le franquisme, semble multiforme, divers, flou. Le grand intellectuel italien se propose ici de tenter d’identifier l’essence fondamentale de ce qu’il nomme l’Ur-fascisme, c’est à dire le fascisme « primitif et éternel », forme élémentaire dont sont dérivées toutes les variations. Un texte limpide et brillant qui permet de reconnaître le fascisme sous toutes ses formes, mêmes les plus apparemment inoffensives.