Extrait : "La chute dure une seconde. Des phares s'éteignent presque silencieusement, fatalement, au loin de tout. Personne n'est la pour le remarquer, aucun témoin pour entendre la déflagration sourde, qui dérange à peine le vol de chasses des crécerelles. Un déraillement apaise. La salsa criarde et déformée continue quelques secondes sous l'eau, quelques secondes qui paraissent des siècles. Puis l'autoradio s'éteint, comme rongé par des bulles. Tout de suite, le choc fait déraper les sensations. Des piqûres partout, comme si on s'étouffait dans une dune de poivre. Comme si on léchait un roux brûlant, sec, métallique. Puis qu'on passait le maceron au mortier et le tout rapidement reprend vie, déglace. La mer apparaît vraiment et nous fait renouer avec la scène de l'accident" "Sur la plage, sous la couverture en polymère brillante, elle regardait les gyrophares tourner sur les voitures vides. Elle devinait les silhouettes des agents, debout sur la falaise, figures noires découpées nettes dans le ciel étoile. Elle se disait que ceux qu'on avait croisés avant de traverser les glissières étaient peut-être parmi eux. Un bruit hélicoptère arrivait de la terre, sans que l'on puisse encore le voir. Le bruit d'accélération des motards résonnait étrangement dans sa tête, jusqu'à masquer les chahuts des galets réclamés par la mer".
Nombre de pages
376
Date de parution
06/01/2022
Poids
432g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782377561247
Titre
Tombant
Auteur
Clouette Fabien
Editeur
OGRE
Largeur
140
Poids
432
Date de parution
20220106
Nombre de pages
376,00 €
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L'action du Bal des ardents se déroule le temps d'une journée. Ce jour, on pourrait le placer sur une frise chronologique. D'ailleurs, dans les livres d'Histoire, le "Bal des ardents", aussi appelé "Bal des sauvages", est une date : le 28 janvier 1393, Charles VI et quelques nobles prennent feu en plein charivari. C'est une date de l'histoire du royaume de France qui fonctionne ici comme une métaphore du carnaval du pouvoir, du désordre, de l'inversion des valeurs, de la danse macabre, de la révolution folle et en feu. Le présent roman ne raconté rien de cet événement historique précis de la France médiévale, mais il reprend la charge symbolique et imaginaire qui fait d'un jour de révolution un événement, au passé comme au présent, ici comme ailleurs. Car nous chantons les sons des orages sans bruit.
Plus besoin d'une barque, depuis que la ville est dépeuplée. Il se fait tard, si la nuit m'emporte, le fard de la nuit tombera sur ma porte. Dans une citadelle étrange et minérale rebattue par les vents, une mise en quarantaine touche à son terme. Tentant de retrouver une vie normale, le narrateur se tourne vers l'écriture. Mais dans quel état l'épidémie a-t-elle laissé la ville ? Et comment s'assurer qu'elle est bien terminée ? Dans un roman court et limpide qui s'inscrit dans un autre temps, Fabien Clouette approche à la fois les figures de Julien Gracq et de Maurice Pons et fait de sa fièvre une quête.
L'accident n'a pas tué Nègue-Chin comme il a tué le frère, le jardinier, la muette et les autres. Capvrai a tué le type ; car on l'a pas fait pour lui. Pas les cerfs en tout cas. Fallait y aller. Et les hôtels sont détruits les uns après les autres. Sur le chemin, je présente ma carte de réduction au contrôleur, et nous discutons un temps de la prononciation de mon nom "Cashon" . Alors que ses mains terreuses et mouillées déchirent le ticket, j'ai envie d'un sandwich et d'une bonne douche".
Un phoque qui grandit parmi les surfeurs, un dauphin qui préfère vivre dans les ports plutôt que parmi ses congénères, un groupe d'orques qui "attaque" des voiliers : le milieu maritime a ceci de formidable que les interactions avec de grands mammifères y sont plus évidentes que sur la terre ferme ; phoques et cétacés viennent volontiers au contact, particulièrement depuis la fin des grandes exploitations baleinières. Cet ouvrage va à leur rencontre et retrace la vie "personnelle" de quatre d'entre eux à la destinée exceptionnelle, car partagée avec les humains. You, Zafar, Kalon et Gladis sont des personnages du littoral atlantique dont on lira la trajectoire souvent heurtée, parfois tragique, toujours troublante. Leur parcours déplace la catégorie de "déviance" dans un règne animal que l'on considère généralement comme répondant aux lois de l'instinct et de la survie. Au fil de ces biographies, des questions inédites émergent : quelle relation possible avec un mammifère sauvage ? Ces animaux poursuivent-ils des existences qui les font déborder des frontières de leur espèce ? En regard, ce sont les politiques de conservation tout autant que celles de la pêche, de la plaisance ou du tourisme qui sont discutées : comment réagir, soigner, préserver, cohabiter avec ces mammifères singuliers qui nous interpellent ...
On se couvrira les yeux d'abord, on fuira. On y reviendra de plein fouet et on voudra tout voir, avec la rage d'un coyote. On avalera les photos, les petits films de vacances mal cadrés, les anecdotes, les souvenirs. On voudra, comme le coyote déchiquette sa proie, appuyer de tout son poids, briser la colonne vertébrale. Comprendre comment une nuit on rentre chez soi, avec sa femme, ses deux enfants qui font une vie, comment on regarde la télévision ou comment on lit ou bricole, comment on va se coucher, et comment on ressort, au milieu de cette même nuit qui appartient à cette même femme et à ces mêmes enfants qui font une vie, comment on en ressort, porté par des bras inconnus, allongé dans l'air."
Brûlées, premier roman d'Adriadna Castellarnau, délivre une prose implacable, sèche et intensément belle, comme si les mots eux-mêmes avaient été réduits et purifiés par le feu. Le monde est en train de mourir. Ou il est peut-être déjà mort, mais il est encore habité par des survivants qui s'entendent sur la manière de mourir de faim, qui défendent leurs biens, qui prient pour l'avenir et qui abandonnent leurs enfants, parfois pour qu'ils aient une vie meilleure, parfois simplement parce qu'ils sont épuisés. Ce qui est arrivé au monde et pourquoi cela est arrivé n'est pas fondamental, ce qui compte c'est ce qu'il faut faire des dépouilles, de la crasse, de ces feux de joie nocturnes, de l'abandon lent de la compassion et du gouvernement de la tristesse.
C'est pas parce qu'on est flic qu'on comprend quelque chose au monde comme il va ou ne va plus du tout. Si on a encore un peu chaud, c'est qu'on se tient chaud. Dehors, vastes plaines et vent sifflant. Le ciel est froid comme la terre, entre les deux vont des flocons en rafale. On se hisse les uns sur les chaises, les uns sur les épaules des autres pour apercevoir la lamelle d'un croissant de lune à peine moins blanche que le blanc d'autour. Le bruit d'un moteur dans l'air, le bruit est toute l'affaire, le bruit d'un avion perdu dans les airs enneigés comme des plaines. Le bruit d'un avion qui au-dessus de nous tourne en aveugle. Si on a encore un peu chaud, c'est qu'on se tient chaud."