Par un soir de grand vent, un inconnu franchit le seuil d'une esquina, l'un de ces pans coupés d'immeubles de Buenos Aires où se sont toujours accrochées les boîtes à tango. C'est là que débute la carrière d'Enrique Pracànico, mythique joueur de bandonéon dont les débuts sont placés sous le signe du péronisme triomphant, des "trains culturels" qui sillonnent la Pampa, et bientôt aussi des coups d'Etat qui se poursuivront jusqu'à l'effroyable dictature des généraux, à l'issue de laquelle le musicien ne sera plus qu'un disparu parmi tant d'autres. Que s'est-il passé dans cette affaire où se mêlent un bandonéon de marque Double-A (la meilleure) et une organisation d'extrême droite nommée Triple-A (la pire), une sublime représentante de la oligarquia et des justiciers pleins de morgue? Mêlant suspense et histoire d'amour, Le Tango du disparu se lit comme on écoute cette musique inquiète et romanesque, nerveuse et nonchalante. Ecrit au moment où Buenos Aires, martyrisée par la dictature à peine défaite et rongée par l'inflation galopante, peinait à renouer avec son éclat, ce livre témoigne pour une musique qui, après avoir failli disparaître elle-même, reste aujourd'hui plus vivante que jamais. Biographie de l'auteur Pierre Christin a travaillé comme scénariste de bande dessinée avec les plus grands: Mézières, Bilai, Tardi, Boucq, Juillard et bien d'autres. Parmi ses titres les plus connus: Valérian et Laureline, un grand opéra spatiotemporel s'étalant sur plus de vingt siècles et plus de vingt titres; Les Phalanges de l'Ordre noir ou Partie de chasse, s'attaquant aux mythes politiques dominants de l'après-mai 68; Le Long Voyage de Léna, bordant plus récemment le terrorisme contemporain. Entre-temps, il a écrit de nombreux autres albums aux sujets les plus va liés, dont ceux qu'il a réalisés en compagnie d'Annie Goetzinger. Universitaire, auteur d'une thèse sur le fait divers, créateur puis responsable de l'Ecole de journalisme de Bordeaux (aujourd'hui IJBA), il collabore à Pilote, dont il sera l'un des piliers. Grand voyageur, il publiera divers récits illustrés qui sont souvent des reportages urbains (L'Etoile oubliée de Laurie Bloom, sur Los Angeles; Lady Polaris, sur les ports européens; L'Homme qui fait le tour du monde, sur les nouvelles mégapoles). Romancier, son dernier titre, Petits crimes contre les humanités, est publié aux éditions Métailié (2006). Annie Goetzinger a longtemps été l'une des rares femmes auteurs de bande dessinée. Après des études aux Arts appliqués, des passages par le dessin de mode et le costume de théâtre, elle collabore à L'Echo des Savanes, Métal hurlant et surtout Pilote. Collaboratrice de La Croix depuis 1999, elle illustre chaque semaine la chronique de Bruno Frappat. Son premier album, Casque d'or, remporte deux prix au Festival d'Angoulême. Elle réalise ensuite Aurore, une vie de George Sand, aux éditions Des Femmes, et elle collabore avec l'écrivain Victor Mora pour les albums de la série Félina. C'est avec Pierre Christin qu'elle va réaliser à partir des années 80 des "Portraits souvenirs" sur des thèmes intimistes et féminins qui feront date dans l'histoire de la BD: La Demoiselle de la Légion d'honneur, La Diva et le Kriegsspiei, La Voyageuse de petite ceinture... Et c'est toujours ensemble qu'ils entreprennent une série policière et nostalgique, Agence Hardy, se déroulant dans les années 5o sur fond de guerre froide et mettant en scène le petit peuple des arrondissements populaires de Paris que les deux auteurs ont bien connu dans leur jeunesse. Le Tango du disparu est issu d'un séjour à Buenos Aires, l'un des rêves d'Annie, qui a toujours été une passionnée de la musique de cette ville.
Scénariste emblématique de la bande dessinée depuis la fin des années 60, romancier, journaliste, Pierre Christin a marqué durablement de son empreinte le demi-siècle qui vient de s'écouler et continue encore et toujours à nous faire rêver et à nous faire réfléchir grâce à sa plume et son esprit aussi acérés l'un que l'autre. Ces " conversations " reprennent de nombreux entretiens (dont plusieurs pour le mensuel DBD) et documents au travers desquels l'auteur aborde les grands thèmes qui lui tiennent à coeur en ce début du XXIe siècle.
Lèvres pincées, air sévère et grosses lunettes : monsieur Dubois-Chauffier est un homme sérieux. D'ailleurs, la multinationale Parindus vient de le nommer à la tête de l'une de ses mines, installée en pleine forêt de Cassaniouze, dans le Rouergue. Une région bien sympathique sentant bon le terroir. Mais de drôles de bruits courent à propos de cette forêt. Il paraît que les gens du coin n'osent guère s'y aventurer... Rumeurs sur le Rouergue est le premier volume des Légendes d'aujourd'hui écrites par Christin, le scénariste de Valérian. Une série de récits ancrés dans les réalités contemporaines et qui rendront célèbre Enki Bilal, notamment avec Les Phalanges de l'Ordre noir. Là, le dessinateur est un petit jeune qui cherche ses marques : un certain Tardi, qui n'a pas encore imaginé Adèle Blanc-Sec. Publié dans Pilote en 1972, le livre se redécouvre avec plaisir. Il laisse deviner l'évolution du style de Tardi. Et le contexte économique de 1972 n'est pas si éloigné de celui de l'an 2000... --Gilbert Jacques
Julien aime marcher droit devant lui dans Paris mais tourne un peu en rond dans sa vie devenue solitaire. Lily égrène dans le métro ses raisonnements sauvages. Alexandre pédale le long des boulevards extérieurs comme un jouet mécanique trop remonté. Gérard, le jeune cadre, broie du noir au milieu des embouteillages de Roissy. Gabrielle découvre la capitale. Viktor contemple son bureau déserté à l'université. Marie, elle, est encore à l'école. Dans les salons d'un grand hôtel, Stefan Ganzl fait allusion à un montage immobilier compliqué, au joli nom de "Domaine des Fleuves". Dans une villa de Passy, la famille des Puel de la Chaume bâtit des plans filandreux pour retrouver sa puissance passée. Sur les arrières de l'Hôtel de Ville, des messieurs dignes flairent avec imprudence une affaire juteuse. Ainsi, dans une ville où leurs destins se croisent, les acteurs de cette comédie vont-ils à leur perte, sans avoir conscience du danger. Le romancier, avec habileté, tire les fils...
A gauche, le désert des déserts, celui de Lawrence d'Arabie.A droite, une monstrueuse usine de dessalement des eaux.Devant, une femme-oiseau avec son masque scintillant.Derrière, des puits de pétrole plantés en pleine mer.Voyage dans l'espace-temps aux Emirats Arabes unis.
Employé de classe internationale pour hôtel de classe internationale. C'est ainsi que l'hôtel Samarcanda entend recruter un nouveau groom. Máximo, dix-sept ans, trois poils de barbe, bien décidé à sortir de l'enfance, se porte candidat. Adolescent solitaire un brin obsessionnel, passionné par la lecture de revues scientifiques et fasciné par les mécanismes de sa pensée, qu'il observe pendant des heures, il est convaincu que cette expérience sera sa véritable entrée dans le monde des adultes. Comme souvent dans les romans d'apprentissage, rien n'est conforme à ce qui était prévu, et c'est tant mieux. Passé et futur se bousculent et forment un précipité subtil et drôle, où l'on résout à la fois le mystère de l'origine tout en sautant dans l'inconnu - l'amour peut-être ? Où l'on découvre aussi que personne n'est exactement celui qu'on croit : il faut être indulgent. Et même tendre. Ce court roman époustouflant de maîtrise, splendidement écrit, est une des plus belles choses qu'il nous ait été donné de lire sur l'art délicat de grandir.
Erasmo Aragón est un journaliste salvadorien exilé au Mexique. Au début des années 1990, le gouvernement du Salvador et la guérilla entament des négociations ; il songe à regagner son pays d'origine, ce qui lui permettrait également de planter là sa femme et sa fille, qui l'énervent prodigieusement (d'autant plus qu'Eva sa femme vient de lui révéler sa liaison avec un acteur de pacotille). Hanté par des souvenirs confus, de vieilles culpabilités et la peur de ce qui l'attend au Salvador - après tout, il a toujours soutenu la guérilla - il vit dans un état second, coincé entre les vapeurs de l'alcool et les bouffées d'angoisse. Terrorisé par une douleur lancinante au foie qui l'empêcherait presque de boire si elle ne le poussait pas à se précipiter un peu plus dans la vodka tonic, il consulte don Chente Alvarado, un vieux médecin placide qui lui prescrit des séances d'hypnose censées le soulager. Au réveil, il ne se rappelle de rien. Paranoïaque, égoïste, velléitaire, le narrateur nous entraîne dans un flot de phrases délirantes, au bord de la crise de nerfs, de soirées arrosées en lendemains de cuites, obsessionnel jusqu'à la déraison, organique, désagréable. Avec ce roman brillant, Castellanos Moya continue sa grande exploration de la violence, ici incrustée au plus profond de l'individu, comme si la guerre habitait les corps bien longtemps après la fin des hostilités.
Le 9 août 1971, à Medellín, un homme d'affaires, Diego Echevarría, est enlevé. Grand admirateur de la culture allemande il avait fait construire un pastiche du château de La Rochefoucauld. Il y vivait en écoutant Wagner avec sa femme et sa fille, Isolda, qu'il veut garder à l'abri du monde. L'atmosphère de la demeure est oppressante pour l'adolescente qui trouve dans le parc comment tromper sa solitude. Elle vit dans un monde de fées, de lucioles et d'esprits des bois. La police quadrille la ville à la recherche de Diego, la télévision montre son portrait, les négociations de la rançon piétinent. Mono, l'un des ravisseurs, est obsédé par Isolda depuis l'enfance, il lui raconte les longues heures passées à la guetter, perché dans les arbres, il dit " notre " Isolda. Des menaces invisibles venues du monde extérieur se glissent silencieusement entre les arbres du parc. Inspiré de faits et de personnages réels (l'un des complices du Mono se nommait Pablo Escobar), dans une Medellín qui ne va pas tarder à basculer dans la spirale de la corruption, de la violence et du trafic de drogue, l'auteur construit, avec un remarquable sens de la tension, un conte de fées ténébreux, qui devient la chronique d'un crime et l'histoire d'une obsession amoureuse, celle du kidnappeur pour la fille de son otage. Un roman fantastique entre les frères Grimm et les frères Cohen.
Tatouage, piercing, scarifications, cutting, burning, peeling... Les marques corporelles sont à la mode et se sont débarrassées des valeurs négatives qui leur étaient associées. Que signifient-elles aujourd'hui pour les jeunes générations? Le Breton inscrit ces pratiques dans la tendance contemporaine à considérer le corps comme inachevé, un brouillon ouvert à tous les embellissements, à toutes les modifications. De même relie-t-il sa réflexion à ses recherches sur les conduites à risque, largement développées dans Passions du risque en montrant l'importance des marques corporelles dans le processus de « remise au monde », de reconstruction de soi des jeunes en difficulté. Moins ambitieux que ses livres précédents, Signes d'identité en constitue ainsi une sorte de chapitre supplémentaire particulièrement documenté. --Michel Abescat-- -- Télérama
Mathis est en terminale et est complètement perdu : une mère presque absente, un beau-père qui le pousse sans cesse au conflit, une fin d'année difficile entre réussir son bac et entrer dans cette école d'animation qui lui importe tant. Et au-delà de tout ça, un père porté disparu depuis des mois... Un jour, poussé par ses amis, il fait le pari de "pécho" Léa, dont il est secrètement amoureux. Car oui, Mathis aspire à une forme de virilité au point d'en oublier que Léa n'est pas un objet à posséder. Le retour de flamme est violent et les maladresses s'enchaînent. Que faire ? Qui devenir ? Léa va-t-elle lui pardonner ? Mathis va-t-il intégrer cette école rêvée ? Et surtout, comment réagir quand une lettre de son père lui parvient enfin ...
Le chat du Rabbin", c'est Alger et le quartier Juif au début du siècle. Celui qui regarde ce monde et qui raconte, c'est "le chat du Rabbin". Tout de suite, il explique pourquoi le Rabbin n'a pas plutôt un chien : "... Ca fait tellement longtemps que les Juifs se font mordre, courir après ou aboyer dessus que, finalement, ils préfèrent les chats". Le chat mange le perroquet de Zlabya, la fille du Rabbin, et du coup, le voilà doté de la parole et exigeant de faire sa bar-mitsva. Les discussions vont être longues tant avec le Rabbin lui-même qu'avec le Rabbin du Rabbin. Ce chat, qui a une allure graphique à pleurer de rire, tantôt matou tendre amoureux de sa maîtresse, tantôt sournois filou, tient tête à tout le monde et ergote à n'en plus finir. Il ne se calme que dans la douceur des bras de sa maîtresse. Mais il lui est interdit de lui parler, alors il nous confie : "c'est la condition, si je veux rester avec elle. Ca vaut le coup de fermer sa gueule pour être heureux". Ceci ne l'empêchera pas de se mettre sur la piste des étudiants qui fréquentent l'école du Rabbin, car l'un d'entre eux a le désir d'épouser la jolie Zlabya...
Ce chat qui parle, pense et critique des idées religieuses fait couler beaucoup d'encre. Le premier tome, Le Chat du rabbin était une excellente surprise, ce second ne devrait pas vous décevoir. C'est un véritable conte initiatique d'une grande beauté, où l'on apprend bien des choses sur l'usage de la parole, de la vérité et du mensonge. Une merveille de subtilité, d'émotion et d'ironie.
Dans la plus belle ville du plus beau pays, princes et princesses d'Europe sont en quête d'émerveillement, de salut et de gloire.Les néons de Brecht Evens se fondent dans les illusions de ses héros. Ils sont dans la fleur de l'âge... et c'est une nuit d'été.Notes Biographiques : Brecht Evens a vingt-deux ans quand il sort de l'école Saint-Luc de Gand (Belgique) avec, sous le bras, Les Noceurs, son projet de fin d'études. Son style inimitable, qui se caractérise par une maîtrise remarquable de la couleur et des transparences, l'éclatement des perspectives et le goût du détail, suscite immédiatement l'enthousiasme. Publié en 2010, Les Noceurs obtient le prix de l'Audace au Festival international de la Bande Dessinée d'Angoulême. Avec la parution des Amateurs (2011) et de Panthère (2014), la notoriété de Brecht Evens n'a cessé de croître, en France, où il vit désormais, comme à l'étranger, et dépasse aujourd'hui largement les frontières du monde de la bande dessinée. En 2018, il publie Les Rigoles chez Actes Sud BD, impressionnant roman graphique de plus de 300 pages, qui raconte les errances de trois noctambules dans une ville chimérique et sublime. Pour cette bande dessinée, Brecht Evens reçoit le Fauve - Prix Spécial du Jury au Festival international de la Bande Dessinée d'Angoulême 2019. Entre deux livres, Brecht Evens travaille pour la presse, la mode, et est représenté par la galerie Martel à Paris. Ses romans graphiques sont publiés par Actes Sud BD.