L'heure est au dérèglement de la nature. Au-delà de l'épuisement de la biodiversité, du réchauffement climatique et de l'appauvrissement des ressources, les années 1990 voient émerger un nouveau concept : la " prolifération " du vivant. Ce concept modifie le statut des espèces : tantôt nobles tantôt indésirables, tantôt " manne " tantôt " ennemies ", tantôt autochtones tantôt allochtones. C'est à travers bestiaires (lapins, goélands, criquets, éphémères, chenilles) et herbiers (algue, jussie, vase, prunus) que se déclinent ces " proliférantes natures ". Elles font l'objet de controverses entre experts, agriculteurs, aménageurs et usagers. Elles deviennent un véritable enjeu de société et nous invitent à relire notre histoire de la nature, tant d'un point de vue savant et politique que d'un point de vue vernaculaire. Ancrées dans le mythe du jardin d'Eden, ces " invasions biologiques " disent les paradoxes, si ce n'est les limites, de la gestion du vivant. Au moment où les dispositifs techniques d'exploitation de la nature sont en perte de vitesse tout en demeurant les fondements inébranlables de la société occidentale, l'homme semble être à la recherche d'un réenchantement du monde. Face à ces " invasives ", les imaginaires contemporains oscillent entre espoirs et doutes, rêves et peurs. Ce numéro envisage successivement les taxonomies, controverses et mythologies engendrées par une nature qui nous échappe.
Nombre de pages
270
Date de parution
07/10/2010
Poids
638g
Largeur
160mm
Plus d'informations
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EAN
9782713222467
Titre
Etudes rurales N° 185 : Proliférantes natures
Auteur
Chouquer Gérard
Editeur
EHESS
Largeur
160
Poids
638
Date de parution
20101007
Nombre de pages
270,00 €
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Pour construire ce numéro anniversaire nous sommes partis du constat que, cinquante ans après la création d'Etudes rurales, la ruralité signifiait toujours quelque chose de majeur pour une part importante de l'humanité. Toutefois la façon dont les problèmes se présentent aujourd'hui nous incite à ouvrir un nouveau chapitre dans l'histoire de la revue, chapitre plus délibérément tourné vers les grandes interrogations contemporaines. La ruralité requiert de nouveaux regards. En effet, les questions se posent désormais dans des termes mobiles et avec davantage d'acuité que dans les années 1960. Les auteurs que nous avons sollicités nous permettent de penser les alternatives de façon alternative et de saisir "les Suds" dans toute leur dimension. Ils nous aident à appréhender le foncier à travers le nouveau commerce des terres et la reconnaissance des droits coutumiers, à réfléchir sur la brevetabilité et la commercialisation du vivant, à redéfinir la place actuelle des petites exploitations, à repenser la parenté. Ces différentes contributions révèlent qu'à la diagonale des peuples et des lieux se superpose la diagonale des connaissances et des rationalités. Tel est le sens du rural aujourd'hui.
De plus en plus de travaux s'accordent pour dire que les animaux tiennent compte des comportements et des pratiques des hommes et adaptent leurs conduites en conséquence. Ils sont donc agents, voire acteurs. Ces ajustements reposent sur une mémoire générationnelle et des formes de transmission difficiles à analyser. Les disciplines, qu'il s'agisse de psychologie, d'éthologie cognitive ou d'anthropologie, peinent à les saisir. Peut-on parler au nom d'êtres naturellement dépourvus de langage ? Tout l'enjeu est alors d'accéder à un point de vue qui n'est pas celui de l'homme. Les outils dont nous disposons sont l'observation, bien sûr, mais, plus intimement aussi, la perception et les affects. La question du travail, du genre et, plus généralement, de la transmission culturelle des formes est-elle pertinente s'agissant de sociétés non humaines ? Les méthodes et les concepts des sciences humaines et sociales sont-ils adaptés à l'étude des sociétés animales ? Sans éluder les difficultés que fait naître cette épistémologie en miroir, ce numéro explore le champ des sociabilités animales.
La " réforme fiscale " de l'empereur Dioclétien inaugure un changement majeur qui provoque, tout au long du IVe siècle, une série de pratiques cadastrales et fiscales nouvelles, interférant sur les questions foncières de façon décisive. Mais justement, en quoi consiste cette réforme ? Ce livre est le récit des changements qu'a connus la fiscalité personnelle et foncière, nommée souvent " capitation ", à partir de la réforme fiscale de Dioclétien. Le lien est fait entre la documentation des arpenteurs sur le cadastre et le bornage d'une part, et les textes juridiques d'autre part. L'auteur peut ainsi décrire, pour la première fois, le mécanisme complet qui conduit de l'évaluation des terres et des hommes sur le terrain, à la définition et à la répartition de l'impôt. Pour permettre la gestion, on a institué des circonscriptions nommées fundus, praedium, casa, au sein desquelles on a regroupé les exploitations, fixé les hommes par l'enregistrement obligatoire (adscriptio), réuni les terres désertées aux terres productives. Les arpenteurs ont défini différents codages permettant de passer du terrain aux archives. Un dictionnaire de 1600 termes et expressions complète le livre et fournit un précieux outil de travail.
Marseille est un laboratoire privilégié. La crise actuelle de son modèle de développement économique est aussi celle de son territoire. Aussi la mise en cause de ses équilibres spatiaux appelait-elle tant une lecture historique de la genèse des structures urbaines qu'une lecture géographique des distributions sociales et spatiales d'aujourd'hui. C'est à cette double démarche que répond ce livre. D'une part, en analysant les dimensions synchroniques des activités économiques et démographiques inscrites dans une morphologie urbaine socialement structurée. D'autre part, en construisant le modèle génétique de l'articulation entre division sociale et trame matérielle de la ville : un modèle " libéral ", fruit de stratégies et de conduites, tôt établi au XIXe siècle, porteur d'effets de longue durée, et qu'échoue à altérer une haussmannisation manquée. L'interaction entre modes d'agir et formes urbaines, entre continuités et discontinuités temporelles, a fait de Marseille un cas d'école : division sociale, morphologie, croissance y sont étroitement liées, dans l'espace comme dans l'histoire. La ville se lit dans les principes tant de sa construction sociale que de sa division sociale. La première est le produit d'une création urbaine portée par des groupes, propriétaires, négociants, entrepreneurs immobiliers, animés par des projets mais aussi soumis à des contraintes, des compromis et des ratages. La seconde dessine des oppositions, entre équerre des beaux quartiers, de Longchamp au Prado, et faubourgs industriels, ville et port, nord et sud, avec la Canebière comme frontière, oppositions qui sont autant de composantes historiquement situées d'une structuration sociale du territoire, Dans un double refus du postulat écologique, pour qui la conduite des hommes est subordonnée à l'influence du milieu, et du postulat sociologiste, pour qui la société se projette simplement et immédiatement sur un sol quasiment vierge, l'ouvrage de Marcel Roncayolo est ainsi exemplaire pour les trois modèles qu'il propose, de genèse historique de la ville contemporaine, d'interprétation des relations entre territoire et société, et de mobilisation croisée des démarches de la géographie et de l'histoire.