Chauvier Stéphane ; Schmitz François ; Descombes V
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EAN :9782707321244
Ce numéro porte sur la question de l'individu. Or loin d'être univoque, elle a été déployée dans des registres problématiques distincts. La notion d'individualité concerne tout d'abord tout étant en général et relève de l'ontologie formelle ou des ontologies mondaines. Au sein d'un domaine spécifique - domaine idéal des nombres entiers, champ des objets intra-mondains en général, domaine réal des objets de temps, des choses étendues, matérielles, culturelles, des êtres animés, des personnes, etc. -, on se demande quel est le principe d'individuation qui rend compte de la singularité des étants de ce domaine : qu'est-ce qui caractérise l'individualité d'un nombre entier au sein de leur suite indéfinie ? celle d'un objet intra-mondain par rapport à tout autre ? qu'est-ce qui distingue de toute autre une chose spatiale dans le champ sensible, ou un objet culturel dans l'environnement ? La question se subdivise donc en deux, selon que l'on considère la singularité des idéalités formelles d'un champ de pensée, ou celle des objets intramondains : la première tâche est de dégager les principes purement logiques d'individuation d'un objet de pure pensée, la seconde, de thématiser les principes d'individuation réale des objets mondains (temps, espace, matérialité ou causalité, signification culturelle, système de renvois, etc.). Dans cette perspective, Stéphane Chauvier tente de distinguer deux sens de l'individualité (hénade et monade) corrélatifs à deux modes d'accès aux choses - l'un qui le considère comme une singularisation au sein d'une espèce, l'autre comme une singularité absolue et close sur soi. Et François Schmitz analyse l'argument célèbre de Ramsey discuté par Russell, relativement à la question de savoir si les objets intra-mondains se partagent ou non en deux classes - celle des particuliers et celle des universaux. La question se complique lorsqu'on la restreint au domaine de l'individualité humaine : est-il possible de penser la singularité d'un individu humain à partir des instruments conceptuels qui ont permis de caractériser celle de l'étant en général (catégories et principes d'individuation), ou bien l'individualité humaine est-elle sui generis et requiert-elle une conceptualité nouvelle ? Ainsi, julien Rabachou examine la pertinence de modèles ontologiques traditionnels pour penser l'individu humain. Et, partant de la thèse heideggerienne qui distingue l'identité ontologique d'un étant quelconque (Selbigkeit) et l'ipséité d'un être humain (Selhstheit) - alors que l'identité à soi-même d'une chose de la nature est simplement ce qui fait d'elle cette chose, l'ipséité relève de la manière d'être vis-à-vis de soi-même ou de choisir entre être soi-même ou non -, Vincent Descombes s'attache à dégager la confusion grammaticale qui grève implicitement l'analyse heideggerienne : la confusion entre le quis et le quid, l'identification d'un individu et la caractérisation de ses actes. De même, Frédéric Worms réinterroge le rapport entre individu et relation, en se demandant si les relations interindividuelles sont ou non constitutives de l'individualité - ce qui conduit de l'ontologie à l'éthique. Enfin, Marc Pavlopoulos et Andy Hamilton repensent l'individuation humai-ne à partir de l'expérience interne : quel type d'expérience me permet d'avoir accès à mon Soi et de fixer mon ipséité ?
Imaginons qu'une bande de brigands s'installent sur une lointaine planète avec le butin de leurs larcins et que, lassés de leur vie aventureuse, ils décident, pour vivre en paix, de se doter d'institutions conformes à la théorie rawlsienne de la justice comme équité. A condition d'oublier d'où ils viennent et de ne pas comparer leur sort à celui des terriens qu'ils ont dépouillés, on pourrait dire qu'ils forment une société juste et stable. Supposons un monde formé de plusieurs sociétés politiquement indépendantes dont l'origine des dotations serait impossible à établir, même si le souvenir de brigandages ancestraux hante les mémoires. Pourrait-on se contenter de concevoir, pour chacune de ces sociétés, une théorie de la justice domestique ? Ne devrait-on pas d'abord s'interroger sur la justice de leurs dotations respectives ? Une théorie cosmopolite ou mondiale de la justice ne devrait-elle pas être le préalable obligé à toute théorie domestique de la justice sociale ? C'est l'idée que défend ce livre, en mettant moins l'accent sur les règles que devrait renfermer une telle théorie que sur les intuitions morales qui devraient guider leur élaboration.
Le colloque international "Les sources arabo-musulmanes de la pensée de Spinoza", qui s'est tenu en Sorbonne en novembre 2024, a constitué la première tentative de prendre pour objet la relation de Spinoza à la tradition philosophique arabo-islamique médiévale (Kalam et Falsafa) : il s'agissait de comprendre les voies de transmissions, d'évaluer dans quelle mesure les débats, les thèmes et les concepts caractéristiques de cette tradition imprègnent la culture et les écrits de Spinoza, ainsi que d'enrichir le panorama que nous en avions jusqu'ici. Sans prétendre épuiser le sujet, les contributions ont mis en évidence la large connaissance que Spinoza avait des thèmes et des arguments développés par les penseurs arabo-islamiques (Kalam et Falsafa) qu'il y adhère ou non, qu'il s'en inspire pour construire sa propre doctrine ou qu'il en fasse un usage critique. Elles ont montré que le dialogue avec cette tradition concerne tous les champs dans lesquels la philosophie de Spinoza s'est développée (métaphysique, cosmologie, théorie de la connaissance, éthique, philosophie de la religion et politique). La publication des actes fera l'objet de deux volumes de la revue. Le premier rassemblera les études liées aux voies de diffusion des oeuvres et des doctrines des penseurs arabo-musulmans au XVIIe siècle et dans le cercle de Spinoza ; les études sur le rapport de la pensée de Spinoza à la tradition du Kalam ainsi que le premier volet du dossier sur le rapport de la pensée de Spinoza à la Falsafa, consacré aux questions métaphysiques. Le second concernera le rapport de la pensée de Spinoza à la Falsafa sur les questions de cosmologie, de théorie de la connaissance et les questions éthiques, politiques et de philosophie de la religion.
Les crises économiques, financières, politiques, sociales, morales et écologiques se succèdent et s'entremêlent à l'échelle globale, au travers d'une mondialisation qui, dans la concrétisation de l'universel, traduit un jeu dual (global-local) dans lequel l'universalisation des conditions d'accès à l'universel fait défaut. L'extrême pauvreté dans les " sociétés non libérales " et le recul des libertés en termes de " capabilités " des plus vulnérables nous interpellent tous sur la glocalisation des grands maux sociétaux qui affligent en l'occurrence les plus mal lotis et requièrent ainsi de nouvelles interrogations sur la pensée de John Rawls à propos de la solidarité et de la justice dans les relations internationales. Le glocaliste Thomas Pogge, qui mesure fort bien les enjeux de la conception de la justice comme équité à l'horizon cosmopolitique, se positionne en s'opposant à Rawls sur ce sujet. Le " principe de différence global " qui manque dans les politiques publiques et les institutions de redistribution de richesses est le point nodal de la discussion dans ce livre. Avec le souci d'établir les jalons d'un " développement glocaliste " juste et équitable, Daniel Noumbissié Tchamo ouvre un débat en philosophie pratique sur la distribution des richesses et les nouvelles considérations sur le développement dans une société mondiale glocalisée.
Le temps d'un séjour de quelques semaines dans sa maison d'enfance, la narratrice raconte ses retrouvailles avec sa famille, où, depuis trois générations, hommes et femmes ont choisi le métier de pasteur. Mais quand elle arrive, quelque chose de cet ordre ancien s'est profondément déréglé. De ses proches, elle raconte les rires, les chutes, les chants. De toutes ses forces, elle les soutient, quand leur vie ne semble plus tenir qu'à un fil.
Rencontrer une fille tatouée au Japon, sauver la vie d'un homme sur un paquebot en mer du Nord, nager avec les dauphins aux Bahamas, faire l'amour à Moscou, travailler à Dubaï, chasser les lions en Tanzanie, s'offrir une escapade amoureuse à Rome, croiser des pirates dans le golfe d'Aden, tenter sa chance au casino en Slovénie, se perdre dans la jungle de Thaïlande, faire du stop jusqu'en Floride. Le seul lien entre les personnages est l'événement vers lequel tous les regards convergent en mars 2011 : le tsunami au Japon, feuilleton médiatique donnant à tous le sentiment et l'illusion de partager le même monde. Mais si tout se fond dans la vitesse de cette globalisation où nous sommes enchaînés les uns aux autres, si chacun peut partir très loin, il reste d'abord rivé à lui-même et à ses propres histoires, dans l'anonymat.
Dionysos est là. Il arrive depuis toujours. Il vient d'ailleurs, mais il est partout; c'est qu'il est le dieu du théâtre. La tragédie qu'il met en place sera plus tragique qu'une autre, puisqu'il s'agit de lui. Il lui faut un homme qui lui résiste, à qui il puisse faire la chasse pour le prendre dans les filets du délire. Les Bacchantes sont la pièce du délire qui finit mal. Ce n'est pas l'auteur et ce qu'il a pensé qu'on cherchera, ni en deçà de lui, la langue et son rythme. L'athée s'est-il converti? Peu nous chaut. Au théâtre le poète est masqué, sous les masques de ses personnages. La vigueur de la mise en perspective dépend de sa discrétion. Telle est la règle de l'objectivité scénique. L'auteur ne délivre pas de message. La victime n'apporte pas de salut. La fête n'en répand pas moins ses lumières et ses fastes, ses fantasmagories, ses jeux de cirque, ses bouffonneries et ses horreurs. L'initiation cultuelle des mystères dionysiaques s'y est faite initiation théâtrale. La gloire est toujours douce, dira-t-on, même pour le dieu. Toute arme est bonne pour gagner, surtout celle de la dévotion.
A travers 15 dilemmes redoutables, situés aussi bien dans notre quotidien que dans des futurs proches ou imaginés, ce livre met à l'épreuve nos certitudes et nos intuitions les plus profondes. Chaque situation force à trancher là où aucune solution ne permet de sortir indemne - là où décider signifie toujours renoncer. En croisant la pensée des grands auteurs classiques et contemporains avec des exemples issus de la science-fiction, de la culture populaire et de l'expérience ordinaire, Charlotte Peytour nous invite à philosopher autrement, de façon vivante et concrète. Ici, pas de bonnes réponses, mais des clés pour comprendre comment nous décidons, pourquoi nous hésitons et ce que chaque choix révèle de nous.
Ce livre réconcilie avec la base de la philosophie, et ça fait du bien. Loin d'être d'abord conçue comme de l'exégèse pointue, la philosophie existe parce qu'on l'a inventée pour répondre à des questions vitales. Parmi celles-ci : comment guérir de l'épreuve douloureuse d'exister, puisque vivre, tout simplement, ne va pas de soi ? Les philosophes, à travers l'histoire, ont apporté leurs réponses. La philosophie, dans ce livre, devient un guide de conduite formidable pour se réconcilier avec la vie.
Peut-on encore avoir recours à la pensée humaniste, cette philosophie lucide et joyeuse, inspirante et bienveillante, dans un monde où les repères sont à ce point brouillés ? Du XIVe siècle à nos jours, d'Erasme à l'espéranto, de Christine de Pisan à Bertrand Russell et de Voltaire à E.M. Forster, ce livre montre comment des femmes et des hommes d'hier et d'aujourd'hui, guidés par leur foi en la raison, ont placé l'amour de l'humanité tout entière au coeur de leur réflexion. Après son inoubliable Comment vivre ? , sur les traces de Montaigne, Sarah Bakewell nous convie à la découverte de la pensée libre, de son foisonnement d'idées et d'expériences, portées par une vision éthique de l'existence. Aujourd'hui plus que jamais, il s'avère urgent de s'inspirer de ces modèles d'humanisme.
Une autre histoire de la philosophie, qui redonne leur place aux femmes oubliées. En dépit de leur oubli et de leur effacement, les femmes ont contribué à l'histoire de la philosophie. Cet ouvrage vise à leur rendre justice, en mettant en avant leur pensée et leurs apports décisifs. Les auteures et chercheures qui ont collaboré à cette autre histoire de la philosophie ont consacré leurs travaux à faire connaître cette part oubliée de l'histoire de la pensée, d'Hypathie à Simone de Beauvoir, en passant par Rosa Luxemburg, Jeanne Hersch et Hannah Arendt, jusqu'aux débats récents après #Metoo. Laurence Devillairs et Laurence Hansen-Love analysent ce que la philosophie doit aux femmes, avec les contributions des philosophes Sandrine Alexandre, Annabelle Bonnet, Marie Chartron, Estelle Ferrarese, Geneviève Fraisse, Marie Garrau, Isabelle Koch, Catherine Larrère, Catherine Malabou, Maud M'Bondjo et Camille de Villeneuve. " Un ouvrage remarquable, tant par la qualité des coautrices que par son contenu et sa visée. " Libération