Les sombres précurseurs. Une sociologie pragmatique de l'alerte et du risque
Chateauraynaud Francis ; Torny Didier
EHESS
27,00 €
Epuisé
EAN :9782713213311
Parmi les actes ouvertement tournés vers autrui, le cri d'alarme occupe une place privilégiée. En s'intéressant aux procédés par lesquels des " lanceurs d'alerte " s'efforcent de faire reconnaître un danger, cet ouvrage interroge nos catégories de l'action et de la décision. En effet, l'alerte prend forme sur fond de vigilance et de participation au cours des choses. Elle naît de l'attention aux signes précurseurs et convoque des expériences marquantes, des précédents, qu'elle relie à un avenir proche ou lointain, en faisant de l'acte présent une épreuve de réversibilité, une source possible de prise sur le futur. Trois dossiers, développés ici de manière détaillée, illustrent cette problématique de l'alerte : le dossier de l'amiante, marqué par une " période muette " de près de quinze ans, cruellement exemplaire d'une perte de prise collective, celui de la radioactivité qui n'a pas fini de défrayer la chronique avec la gestion des déchets nucléaires, et, enfin, celui des maladies à prions dont le rebondissement spectaculaire, avec la " crise de la vache folle ", témoigne de l'invention de nouvelles formes de vigilance face aux risques d'un monde en réseaux.
Nombre de pages
476
Date de parution
21/10/1999
Poids
682g
Largeur
160mm
Plus d'informations
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EAN
9782713213311
Titre
Les sombres précurseurs. Une sociologie pragmatique de l'alerte et du risque
Auteur
Chateauraynaud Francis ; Torny Didier
Editeur
EHESS
Largeur
160
Poids
682
Date de parution
19991021
Nombre de pages
476,00 €
Disponibilité
Epuisé
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La notion d'emprise, de plus en plus utilisée dans lesaffaires publiques, désigne la prise de contrôle d'entités, personnes, groupes,organisations, sur d'autres entités, dont les capacités d'expression et d'actionsont littéralement paralysées. Dans cet ouvrage fondé sur des enquêtes et desanalyses particulièrement documentées, l'auteur, connu pour avoir créé à la findes années 1990 le concept de « lanceur d'alerte », propose une nouvelleapproche des questions de pouvoir et de domination. En opérant un déplacementpar rapport aux interprétations psychologiques des phénomènes d'emprise qu'ilétudie dans leur grande diversité - des violences sexuelles aux sectes et auxmafias, du dopage au harcèlement managérial et aux méga-pouvoirs politiques -,ce livre développe un modèle sociologique original, centré sur les rapportsdialectiques entre la figure de l'empreneur et celle du désempreneur. L'emprisese constitue à partir de ressorts élémentaires, dont l'efficacité pratiquerepose sur l'exploitation des asymétries qui se forment au coeur des relationssociales : intimidation, justification, reconnaissance, endettement, demultiples ressorts sont finement décrits à partir des cas de figure extraitsd?un imposant corpus. Mais loin d'enfermer les acteurs dans des rapports dedomination irrévocables, l'ouvrage explore dans le même mouvement les formes devigilance critique et les techniques de défense disponibles. Chemin faisant, enallant jusqu'aux formes d'emprise liées au numérique, il réinterroge lesmodalités concrètes du lien social et les conditions d'une réciprocité desperspectives, au fondement de toute forme de vie démocratique. Le style deraisonnement et la logique d'enquête adoptés s'inspirent du pragmatisme,notamment celui de John Dewey, en l'orientant vers l'élucidation des dimensionsles plus sombres des expériences contemporaines, dont l'expression évoque plusque jamais les intrigues shakespeariennes. Face à la montée en puissance denouvelles formes d'autoritarisme, ce livre arrive à point nommé pour aider àcomprendre comment naissent et se déploient des emprises, saisies dans unentrelacs de processus complexes, aussi insoutenables qu'illisibles pour lesacteurs et dont il faut collectivement parvenir à se libérer.
On n'est pas des balances !L'expression « lanceur d'alerte » a été forgée en janvier 1996 par Francis Chateauraynaud lui-même. À l'origine, elle était destinée à dépasser des notions trop réductrices : la prophétie, entachée d'irrationalité ; l'alerte technique, résultant de protocoles ; la dénonciation ou la révélation du scandale, dépendant de la légalité ou de la légitimité d'une situation. Or, comment désigner les personnes ou les groupes qui, rompant le silence, passent à l'action pour signaler l'imminence, ou la simple possibilité, d'un enchaînement catastrophique ...Depuis, la formule a fait florès. Venant remplir un vide conceptuel, elle est aujourd'hui utilisée plus ou moins précisément dans de multiples contextes, souvent comme traduction du terme anglo-saxon whistleblower. Francis Chateauraynaud saisit ici l'occasion d'en repréciser les contours. Un lanceur d'alerte ne devrait-il pas être celui dont l'alerte s'oriente vers un intérêt collectif, un bien commun, une valeur universalisable ?
Marseille est un laboratoire privilégié. La crise actuelle de son modèle de développement économique est aussi celle de son territoire. Aussi la mise en cause de ses équilibres spatiaux appelait-elle tant une lecture historique de la genèse des structures urbaines qu'une lecture géographique des distributions sociales et spatiales d'aujourd'hui. C'est à cette double démarche que répond ce livre. D'une part, en analysant les dimensions synchroniques des activités économiques et démographiques inscrites dans une morphologie urbaine socialement structurée. D'autre part, en construisant le modèle génétique de l'articulation entre division sociale et trame matérielle de la ville : un modèle " libéral ", fruit de stratégies et de conduites, tôt établi au XIXe siècle, porteur d'effets de longue durée, et qu'échoue à altérer une haussmannisation manquée. L'interaction entre modes d'agir et formes urbaines, entre continuités et discontinuités temporelles, a fait de Marseille un cas d'école : division sociale, morphologie, croissance y sont étroitement liées, dans l'espace comme dans l'histoire. La ville se lit dans les principes tant de sa construction sociale que de sa division sociale. La première est le produit d'une création urbaine portée par des groupes, propriétaires, négociants, entrepreneurs immobiliers, animés par des projets mais aussi soumis à des contraintes, des compromis et des ratages. La seconde dessine des oppositions, entre équerre des beaux quartiers, de Longchamp au Prado, et faubourgs industriels, ville et port, nord et sud, avec la Canebière comme frontière, oppositions qui sont autant de composantes historiquement situées d'une structuration sociale du territoire, Dans un double refus du postulat écologique, pour qui la conduite des hommes est subordonnée à l'influence du milieu, et du postulat sociologiste, pour qui la société se projette simplement et immédiatement sur un sol quasiment vierge, l'ouvrage de Marcel Roncayolo est ainsi exemplaire pour les trois modèles qu'il propose, de genèse historique de la ville contemporaine, d'interprétation des relations entre territoire et société, et de mobilisation croisée des démarches de la géographie et de l'histoire.