Londres, Notting Hill, Portobello. Lara Schiller attend les épreuves de son livre, Poupées russes. Admirative et inquiète, elle observe ses nièces, les quatre filles de sa soeur Saskia, bouger, rire, séduire, aimer, dormir... Vivre. Quête d'éclaircie, quête de soi : Lara se souvient mais ne renonce pas. Le temps, l'enfance, l'amour. Le sexe, l'alcool, l'ailleurs. La littérature, le rock et l'opéra... Son enfance à Anet, Pete Doherty, les Libertines. Elle aime tout, savoure tout. Et elle écrit, surtout, des mots contre l'oubli. Ces Carnets de Londres sont l'autre moitié d'un même visage : celui de Lara, de Saskia et de l'auteur. Un roman où crime et châtiment, haine et affection, guerre et paix s'aimantent et se répondent. Le style frondeur de Muriel Cerf s'y affranchit avec superbe de tous les enfermements.
C'était, selon toute apparence, une vie sans secret ni orgueil, embaumée et pieuse : "Puissent de bons anges nous protéger", priait Erda Zimmerman, chaque vendredi soir allumant les bougies du shabbât, invoquant le peuple ailé qu'elle voyait distinctement arpenter la grande maison de Toulouse où les Zimmerman vieillissaient ensemble, sages de leur amour, de ce merveilleux amour des vieux...
On a plus souvent célébré Saint Exupéry du fait de son engagement et de sa mort au combat que pour la force visionnaire de sa pensée et la modernité de son écriture. Déplacé au fil des années du monde des Lettres vers la sphère militaire, le pilote s'est vu dénier le statut de grand écrivain, égal de Gide, Sartre ou Camus. Dans le même temps, certaines de ses oeuvres capitales, tels les Carnets ou Citadelle, étaient livrées à l'oubli. Un héros donc, seulement un héros ? Délaissé par l'Université, négligé par les élites, hâtivement jugé moraliste et réactionnaire, ramené au seul enchantement du Petit Prince, Saint Exupéry méritait assurément une relecture. Pour lui rendre la place qu'il mérite dans la littérature moderne, Alain Uircondelet a rassemblé les contributions inédites d'historiens, d'écrivains, d'universitaires, de psychanalystes, de spécialistes d'aviation ou simplement de passionnés. Ils abordent les rapports de Saint Exupéry avec sa mère, sa conception du divin, ses incursions dans le journalisme, l'adaptation de ses oeuvres au cinéma, sa discorde avec les gaullistes, l'impact de la dépression sur son oeuvre et la portée de ses derniers écrits. Une somme multiforme, assortie d'un dossier iconographique inédit, qui montre l'homme Saint Exupéry dans toute sa complexité et sa richesse.
Il y a des choses que certains ne pourront jamais comprendre. Allez leur expliquer le goût inimitable d'un gin tonic quand le soir tombe sur la Méditerranée, le délice d'être à l'arrière d'un taxi parisien qui remonte les rues de la nuit, de voir la neige tomber un matin sur le pont Alexandre III. Somme toute, le snobisme constitue un rempart assez solide contre la barbarie. Il ne faut pas le confondre avec la mode. Il vous hisse au-dessus de vous-même. On nous dira que c'est trois fois rien. Raison de plus pour s'attacher au superflu." E.N.
De la misère noire aux honneurs de l'Académie française, en passant par le sanatorium, la prison, la Résistance et le cinéma, sa vie fut le meilleur de ses romans. Vingt ans après sa disparition, voici la biographie définitive d'un prince de l'argot, du braquage et du roman noir, enrichie de documents et de photos inédits. ALPHONSE BOUDARD, une vie à crédit Alphonse Boudard (1925-2000) n'était pas un auteur " convenable ". Né de père inconnu, confié dès sa naissance à un couple de paysans, il a connu la misère sous l'Occupation, avant de rejoindre la Résistance et de participer à la libération de Paris. Il fera tout pour échapper à l'usine, et ses mauvaises fréquentations le conduiront une première fois en prison, d'où il sortira gravement malade. Pendant près de dix ans, il alterne les séjours dans des cellules putrides et les salles communes de sanatoriums. Il y connaîtra la plus noire débine et les mauvais traitements. Mais il y croise aussi les vedettes des faits divers de l'après-guerre et y lit les meilleurs auteurs. Au fond du trou, entre deux hostos, deux condamnations, il trouvera la force de devenir écrivain en publiant La Métamorphose des cloportes (1962), futur classique du film policier. Deux romans autobiographiques, La Cerise (1963) et L'Hôpital (1970), feront de Boudard un auteur populaire, salué par la critique et distingué enfin par l'Académie franc ? aise avec Mourir d'enfance (1995). Ce maître de l'argot et du bitume parisien y tire de l'ombre toute une galerie de laissés-pour-compte, de tueurs et de demi-fous, avec un parti pris : faire sourire des plus terribles histoires. Démêlant le vrai du faux de cette existence soigneusement romancée, Dominique Chabrol retrace le parcours d'un gamin de Paris devenu l'inventeur de sa propre vie - dont quelques-uns des personnages se nommaient Céline, Paraz, Gabin, Ventura, Simenon, Brassens, Audiard ou Nucéra.