Qui est Joseph Ceravolo ? La question monte doucement à la lecture des poèmes du Printemps dans ce monde de pauvres cabots, paru en 1968, et qui ne cesse de surprendre le lecteur avec une douceur fraternelle. La question monte et se résout d'elle-même au fil de ces textes d'avant crépuscule, qui collectent les environnements quotidiens, la vie naturelle à la lisière de l'urbain, les jours d'été sur la plage, les frelons et les oiseaux, les canards et les faons, en une suite d'adresses discrètes aux amis, aux enfants, aux être aimés. Quand Ceravolo ouvre la fenêtre, ce n'est pas tant pour regarder dehors que pour faire entrer le monde, « Je voudrais être parmi toutes ces choses qui éclosent » dit-il, son écriture d'un lyrisme direct et paisible se tient sur une ligne de clarté, et parvient à l'éclosion par une réduction du poème en une solution de ciel, de lumière et de mer qui produit une essence du bonheur, une joie de paradis. Le chant est bien un « éclat chimique », et l'on sent un attachement à l'invisible, une sensibilité au zen, une amitié aux peuples premiers, aux saisons, une façon de toucher à la spiritualité grâce à une métaphysique du moment. Ceravolo déploie dans le chant des grillons, le passage des voitures sur la route, les balançoires dans le parc, les chiens qui disparaissent au loin et les paysages du New Jersey une forme d'éternité d'être là tout en laissant passer le temps. Rivières, animaux, éléments et saisons, tous réunis par un lien qui tient dans le mystère et la simplicité du regard, qui serait soi et ailleurs que soi. La focale poétique est ici grande ouverte, et la langue nous paraît dans un même mouvement novatrice et familière, pleine de surprises syntaxiques, de détournements, d'élisions et de juxtapositions lumineuses où le jour apparaît « comme verre éclaboussé ». Qui est Joseph Ceravolo ? Un poète qui a conscience d'être une « partie de cette route de la matière » de l'existence, qui sait que « nous sommes mortels, nous faisons un tour de manège », et qui, tel un enfant trouvant de nouveaux jouets chaque matin, résout avec une grâce discrète et éblouie la question du glissement des corps et de la migration de l'âme.
Nombre de pages
104
Date de parution
04/10/2024
Poids
210g
Largeur
152mm
Plus d'informations
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EAN
9782877042826
Titre
Le Printemps dans ce monde de pauvres cabots
Auteur
Ceravolo Joseph ; Richet Martin
Editeur
UNES
Largeur
152
Poids
210
Date de parution
20241004
Nombre de pages
104,00 €
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Pessoa Fernando ; Deluy Henri ; Hourcade Rémy ; Ho
Dans la mythique malle de Pessoa retrouvée après sa mort, parmi les milliers de manuscrits, une enveloppe, sur laquelle il est simplement écrit « Quatrains ». À l'intérieur de l'enveloppe, 325 poèmes. Les premiers datent de 1907 et 1908, et sont les tout premiers que Pessoa, âgé de 20 ans, écrit en portugais. Avant cela, il n'avait publié que quelques poèmes en anglais. Un acte de naissance donc, dans sa langue maternelle, pour celui qui a passé une grande partie de son enfance en Afrique-du-Sud, et qui dira plus tard que sa « patrie est la langue portugaise ». Mais la grande majorité des quatrains sont rédigés entre juillet 1934 et août 1935, soit à la toute fin de sa vie, Pessoa disparaissant en novembre 1935 à l'âge de 47 ans. Quatrains donc, tout simplement, et non pas « au goût populaire », sous-titre ajouté artificiellement par les éditeurs de la première édition portugaise, Georg Rudolf Lind et Jacinto do Pradho Coelho, et repris depuis. Précision inutile, dans le quatrain est constitutif de la culture portugaise. Pessoa le dit lui-même en 1914 : « qui fait des quatrains portugais communique avec l'âme du peuple ». Le mètre court, la rime, autant que le sujet, volontiers courtois, ancrent le quatrain dans la tradition de la « romance » et de la poésie des troubadours, « orale ou écrite, savante ou naïve », comme le souligne Henri Deluy dans sa préface. Pessoa s'inscrit donc ici dans une histoire ancienne, où s'épanouit toute la variété de son écriture. Dans ces poèmes où il apparaît et disparaît tour à tour, Pessoa joue avec une virtuosité absolue de la « gravité dans la légèreté » selon Deluy, brodant et répétant à l'infini les thèmes traditionnels de l'amour éconduit, des ?illets accrochés à la poitrine, des pots de basilic aux fenêtres, des peignes oubliés, des signes de la main restés sans réponse, des baisers refusés. Tout est vrai et tout est faux, la simplicité est complexe, la naïveté surjouée, la complainte se pare de mauvaise foi, on retrouve le goût de l'illusion cher à l'auteur aux multiples hétéronymes, qui sans cesse s'efface derrière son ?uvre, allant jusqu'à rejeter ici l'intime pour se fondre dans le grand mouvement collectif de l'identité portugaise. Poèmes d'amour, ces Quatrains sont avant tout un espace de jeu, où la beauté formelle, la mélodie, permettent seules de capturer la volatilité du sens, rejoignant là l?« Éventail » de Mallarmé. C'est comme danser autour de rien, « rien » qui est chez Pessoa, nous le rappelle Henri Deluy, « source et fin de toute chose ».
Comment se comprendre ? C'est la question que pose Hester Knibbe livre après livre. Par les mots, par les gestes, par le temps. Par l'observation des silhouettes dans la foule humaine, chaque être dans son destin, ses mouvements, sa douleur. Par intimité corporelle, par intimité du foyer. Par l'histoire, les coutumes et les pierres. En une suite de séquences qui sont autant d'approches d'une humanité infirme, Considérant la maison tente de frayer un chemin à travers le « multiple inintelligible » qui nous entoure, fait de ruines, de multitude, de symboles des plus anciens aux plus immédiats. Sourds et aveugles, chacun dans sa poussière ou son fardeau, nous cherchons « comment faire langue », inventons des jargons, nous approchons à tâtons, créons des espaces de proximité pour se comprendre, se déchiffrer, s'appréhender. Knibbe observe nos intimités de son regard qui se tient comme toujours dans son ?uvre sur une ligne de tension entre violence et douceur, entre tendresse et dureté. Ses poèmes portent une densité archaïque, tout ici est toujours très ancien, hérité des gestes des bergers, des artisans, des pêcheurs et des moines. La profondeur du passé transparaît dans les gestes les plus simples, dont la simplicité n'est pas altérée par le temps, alors que nous sommes soumis à la brutalité et à la soudaineté des départs, des disparitions, que la permanence du temps même ne peut empêcher. Au milieu de l'abandon et du silence, du danger et de la peur, la maison du titre apparaît comme un refuge précaire contre la cacophonie d'un monde qui compte « trop peu de bonheur pour chacun », où l'amour apparaît dans toute sa porosité, et sa corporéité, tant le rapport à l'autre est matière corporelle, entre contamination et sécrétion. Dans toute cette pesanteur du temps et des corps, la légèreté vient du rêve, et de cette drôle de distance entre l'âme et la chair, et si le rêve ne résout rien de l'énigme de vivre, il contribue à nouer « une alliance entre ce qui est et ce qui n'est pas écrit ». « Mon amour nous sommes sans réponse », dit Hester Knibbe, et c'est vrai. Mais dans cette succession infinie d'humains et d'animaux, de pierres et d'histoires, de vivants et de morts, l'amour est peut-être une réponse, l'amour est peut-être une maison.