C'est aux abords de la nuit que les hommes racontent des histoires. Des Guayaki de Pierre Clastres au chanvreur de George Sand et de Shéhérazade aux parents d'aujourd'hui, il existe un lien atavique entre l'usage du récit et la peur d'un univers livré aux puissances nocturnes. Ou plutôt : il existait. La domestication du monde a fini par dispenser l'imagination des hommes d'opérer la catharsis de l'effroi des lieux qu'ils habitent. Affranchie de son ancien rôle, la littérature ne célèbre plus que son propre office. Mais voilà que le monde change. Voilà qu'un nouveau contexte — hostile, inhospitalier — fissure nos systèmes de climatisation. Les désordres climatiques nous remplissent de terreur, l'agonie de la vie sauvage nous accable de pitié. Nous pleurons pour la planète et tremblons pour le futur. Ce nouveau sentiment tragique invite la littérature à sortir de sa réserve et à reprendre du service. Court-circuiter le réel n'est plus une solution. Licencier l'imaginaire n'est plus une solution. La hantise du contexte travaille de nouveau sous le plaisir du texte. L'économie de la fiction se réouvre aux cycles longs d'une écologie du récit.
Nombre de pages
304
Date de parution
29/04/2021
Poids
366g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782714312532
Titre
Valet noir. Vers une écologie du récit
Auteur
Cavallin Jean-Christophe
Editeur
CORTI
Largeur
135
Poids
366
Date de parution
20210429
Nombre de pages
304,00 €
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L'homme des Mémoires a deux vies. Dans la première, il est " l'homme des faits ", personnage positif et public ; dans la seconde, " l'homme aux songes ". Les Mémoires d'Outre-Tombe retracent aussi le récit de cette seconde existence, soit de l'initiation de leur héros aux mystérieuses chimères de la faculté poétique. Cette voie des mystères se compose d'un cycle de trois initiations successives que le mémorialiste configure respectivement sur la geste de trois personnages mythologiques. Au bord de l'étang de Combourg, le jeune François-René renouvelle les infortunes d'Hermaphrodite en se fondant à un fantôme de femme dont l'incorporation dérange à jamais sa nature. Ce sont l'épisode de la Sylphide et l'inoculation de la poésie. Des casernes de Cambrai aux salons littéraires de Paris, le jeune chevalier de Combourg renouvelle l'aventure d'Achille travesti parmi les filles de Lycomède. Ce sont le bivium de son existence et le choix de la poésie. Dans les déserts américains, enfin, le jeune voyageur égaré renouvelle les vicissitudes d'Attis, connaît la folie dans l'antre des nymphes et se mutile afin d'achever son initiation aux arcanes de l'enfantement. Ce sont sa mort au monde viril et sa renaissance mystique à la vie Ce livre retrace le cycle de ces trois initiations, afin de déchiffrer le mythe de cette faculté des songes qui doue l'homme des Mémoires de caractères féminins et dont la " maladie sacrée " enveloppe le double mystère de sa dégénérescence et de sa régénération.
Racine, le "Divin Sot", ne composa jamais d?ouvrages théoriques. Peut-on en conclure pour autant qu?il n?existe pas de théorie racinienne du genre tragique ? L?hypothèse de ce livre est que l?émule d?Euripide spéculait per actiones comme son grand modèle antique et ne cessa jamais d?écrire "la tragédie des tragédies". Ses héros personnifient des styles et des idées ; ses intrigues sont des périphrases de débats spéculatifs et de conflits d?archétype ; le noeud, l?agôn et la conduite de ses tragédies successives allégorisent les querelles qui se succèdent au XVIIe siècle autour du modèle tragique : querelle des cornéliens et des "doucereux", querelle des règles, querelle des anciens et des modernes, querelle des dévôts ou "des Visionnaires". D?Andromaque à Iphigénie et de Bérénice à Phèdre, Racine s?avance caché sous le masque de ses héros et sous le voile de ses intrigues. Ce sont ses argumentations que cet ouvrage déchiffre sous l?argument des tragédies.
Pourquoi nos lieux de culture n'ont-ils pas la culture des lieux ? Pourquoi, les pieds sur terre, nous sommes dans la lune ? Confrontant la pensée et l'action de Malraux aux souvenirs fragmentaires d'un traumatisme infantile, Nature, berce-le défend l'hypothèse que la culture occidentale offre tous les caractères d'une formation de défense. Erigée contre la vie en tant que milieu et pulsion, cette culture vide les lieux.
À quelques encablures de Venise, sur l'horizon de la lagune se profile Poveglia. L'île abandonnée abrite les ruines d'un ancien asile. Lorenzo Kiesler prétend que King Kong est mort là-bas, au milieu des aliénés. Certain qu'il est son petit-fils, il regarde sa fin injuste comme une prémonition du meurtre de la nature. Quand la Mostra organise une soirée en l'honneur du King Kong de 1933, Lorenzo décide de s'y rendre et de venger son grand-père.Avec ses jeux de miroirs, ses rencontres équivoques, son naufrage au ralenti, la Venise de Kong Junior est la cité des lacunes. La réalité s'y noie sous le poids de ses reflets. La prose incandescente de Jean-Christophe Cavallin mêle la topographie incertaine de la ville au drame intérieur d'un homme obsédé d'apocalypses.
« Dans le vol onirique, si nous revenons au sol, une impulsion nouvelle nous rend aussitôt notre liberté aérienne. Nous n'avons à cet égard aucune anxiété. Nous le sentons bien, une force est en nous et nous connaissons le secret qui la déclenche. Le retour vers la terre n'est pas une chute, car nous avons la certitude de l'élasticité. Tout rêveur du vol onirique possède cette connaissance de l'élasticité. Il a aussi l'impression du bond pur, sans finalité, sans but à atteindre. En revenant vers la terre, le rêveur, nouvel Antée, retrouve une énergie facile, certaine, enivrante. » (Gaston Bachelard)
« Si le regard des choses est un peu doux, un peu grave, un peu pensif, c'est un regard de l'eau. L'examen de l'imagination nous conduit à ce paradoxe : dans l'imagination de la vision généralisée, l'eau joue un rôle inattendu. L??il véritable de la terre, c'est l'eau. Dans nos yeux, c'est l'eau qui rêve. Nos yeux ne sont-ils pas ?cette flaque inexplorée de lumière liquide que Dieu a mise au fond de nous-mêmes? ? Dans la nature, c'est encore l'eau qui voit, c'est encore l'eau qui rêve. » (Gaston Bachelard)
À la suite d'un chagrin d'amour, Aldo se fait affecter par le gouvernement de la principauté d'Orsenna dans une forteresse sur le front des Syrtes. Il est là pour observer l'ennemi de toujours, replié sur le rivage d'en face, le Farghestan. Aldo rêve de franchir la frontière, y parvient, aidé par une patricienne, Vanessa Aldobrandi dont la famille est liée au pays ennemi. Cette aide inattendue provoquera les hostilités... Dans ce paysage de torpeur, fin d'un monde où des ennemis imaginaires se massacrent, le temps et le lieu de l'histoire restent délibérément incertains dans un récit à la première personne qui semble se situer après la chute d'Orsenna. Julien Gracq entraîne son lecteur dans un univers intemporel qui réinvente l'Histoire et donne lieu à une écriture qui s'impose avec majesté, s'enflamme au contact de l'imagination. Pour Le Rivage des Syrtes Julien Gracq obtint en 1951 le prix Goncourt, qu'il refusa.