C'était un jeune professeur à la stature un peu voûtée, mais au pas résolu, au front pensif et obstiné mais rayonnant, au comportement à la fois secret et cordial, au jugement sans complaisance, mais à la sensibilité vive. A Munich, en 1931, il a entendu un démagogue botté clamer dans les brasseries. Il avait rendu, à Fribourg, visite à Husserl, vieil homme amer. Ce fils d'officier, la guerre venue, est pris dans l'écroulement du système militaire français et capturé par les troupes allemandes. Avec Emmanuel d'Astier de La Vigerie, il fonde le mouvement Libération-Sud. De Londres, où il a réussi à parvenir en février 1943, où il a séjourné deux mois, Cavaillès revient chargé de missions plus dangereuses encore que par le passé. Quelques semaines après, c'étaient à nouveau l'arrestation, la torture et la mort. Cavaillès a toujours lu, étudié et on peut dire pratiqué Spinoza. Il a trouvé en lui, malgré sa dureté, plus de vraie vie spirituelle qu'en Leibniz ou en Malebranche. Et c'est à Spinoza qu'il est revenu après avoir été déçu par Husserl. Cavaillès a assigné, vingt ans à l'avance, la tâche que la philosophie est en train de se reconnaître aujourd'hui: substituer au primat de la conscience vécue ou réfléchie le primat du concept, du système ou de la structure. Philosophe combattant, il enseigne aux hommes dits d'action que l'action n'est pas une inconsistante et lâche pratique empirique. Philosophe mathématicien, nourri de poésie, qui citait Rimbaud dans ses leçons sur l'expérience, qui disait s'être cru dans le monde du Bateau ivre en contemplant pour la première fois le port de Strasbourg, il enseigne aux terroristes littéraires qu'avant d'être la soeur du rêve, l'action doit être la fille de la rigueur. Pour bien saisir la géniale singularité de Cavaillès en son temps, il faut se remémorer la figure et la composition du monde philosophique français où il a vécu comme étudiant. La dissonance de la philosophie que Cavaillès s'est senti en quelque sorte tenu d'élaborer a consisté à rendre à la science elle-même la responsabilité de son progrès par un travail interne et à inviter la raison à exercer sa puissance par le seul moyen de la vérité, condition nécessaire de la morale.
Nombre de pages
686
Date de parution
01/01/1994
Poids
1 095g
Largeur
170mm
Plus d'informations
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EAN
9782705662219
Titre
Oeuvres complètes de philosophie des sciences
Auteur
Cavaillès Jean ; Huisman Bruno
Editeur
HERMANN
Largeur
170
Poids
1095
Date de parution
19940101
Nombre de pages
686,00 €
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Quatrième de couverture Créée à l'initiative d'A. Koyré, la collection réunit des textes importants expliquant l'élan de la science à certaines époques, fournissant les résultats d'enquêtes sur les pionniers de la science et les grands mouvements qui ont marqué les étapes de la connaissance. Documents de référence, illustrations de méthodes, mises en lumière ou sources d'information, ses ouvrages montrent comment les voies de la transformation des esprits suivent celles de l'histoire de la pensée scientifique.
Cavaillès Jean ; Desanti Jean-Toussaint ; Cartan H
Préfaces de d'Henri Cartan et de J. -T Desanti. Jeune philosophe, martyr de la Résistance dont l'action et le rôle furent liés à ceux de Jean Moulin, Cavaillès est l'un des penseurs qui ont marqué la génération de Sartre et de Camus et qui continue à influencer profondément la philosophie contemporaine. Le problème posé par la crise de la théorie des ensembles. Axiomatisation et formalisation au dix-neuvième siècle. La méthode axiomatique. Défintion d'un système formel en général. Le formalisme hilbertien et l'analyse. Les démonstrations de non-contradiction.
Cavaillès Jean ; Godani Paolo ; Geach Peter Thomas
Ce numéro s'ouvre par un document exceptionnel, ici édité pour la première fois de manière complète, dans une présentation où Hourya Benis Sinaceur en explicite le contexte, les figures et les enjeux : les lettres adressées de juin 1930 à septembre 1931 par Jean Cavaillès à Etienne Borne. De Cavaillès, on connaît l'ultime écrit intitulé, post mortem, Sur la logique et la théorie de la science, où il se livre notamment à une critique approfondie des philosophies kantienne et husserlienne des mathématiques, et les ouvrages ardus que sont Méthode axiomatique et formalisme et le recueil Philosophie mathématique, que leur technicité réserve à des lecteurs rompus aux abstractions mathématiques ; on connaît aussi sa stature intimidante de héros de la Résistance, documentée dans l'ouvrage collectif Jean Cavaillès résistant ou la Pensée en actes. Entre les deux, le spinozisme revendiqué par le penseur a tissé un lien apparemment évident : dans les actes doit régner la même nécessité que dans la pensée mathématique. où toute situation conceptuelle implique ses problèmes spécifiques et trace, pour l'élucidation rétrospective, la voie de leur résolution. Ce groupe de lettres offre un autre visage de Cavaillès, occulté par son image de philosophe anti-subjectiviste et son idée programmatique de philosophie du concept : sa dimension existentielle et charnelle, ses interrogations, doutes et quêtes, mais aussi l'inscription de sa pensée dans un champ problématique multiple - celui de la sensibilité, du corps, de l'histoire vécue et pensée, de l'éthique et de la spiritualité religieuse. Dans " Corrélation et immanence chez Bergson et Husserl ", Paolo Godani confronte les méthodes respectives de Bergson et Husserl en analysant quelques questions fondamentales - notamment la temporalité et la synthèse passive du sensible. L'objet de l'article est de montrer que ce qui sépare Bergson de Husserl ne tient pas au fait que le premier nierait l'a priori universel de corrélation que thématise le second, car Bergson semble au contraire vouloir en élargir la fonction de manière hyperbolique ; mais que là où Husserl maintient cet a priori dans les limites de la subjectivité transcendantale, Bergson tente de l'étendre à une multiplicité de niveaux transcendantaux, qui correspondent à la multiplicité intensive qu'est l'être lui-même. Penser à soi, est-ce penser à quelqu'un qui se trouve être soi-même, à savoir le sujet qui pense ainsi ? Cette manière de poser la question a été l'ouvre d'un court article fondateur rédigé en 1957 par Peter Thomas Geach, " Sur les croyances à propos de soi ". Analysant le discours indirect qui rapporte les pensées ou propos d'une personne à son propre sujet - du type " Philippe pense que lui-même est P " -, l'auteur montre que le pronom réfléchi " lui-même " n'a pas le rôle qu'on lui assigne traditionnellement, à savoir celui d'un substitut de nom propre - lequel constitue le paradigme de l'expression référentielle. Ce pronom réfléchi étant l'équivalent in oratione obliqua du " je " in oratione recta, la réflexion de Geach invitait ainsi à une réflexion approfondie sur la nature de la subjectivité. S'attaquant à cette même question dans " Penser à soi ", Bruno Gnassounou tente de réfuter les arguments généralement avancés à l'appui de la thèse courante selon laquelle, dans les pensées en première personne, le pronom " je " serait référentiel au même titre qu'un nom propre. D P.
Trop souvent abordée avec fatalisme par des étudiants insuffisamment préparés, l'épreuve d'entretien aux concours réserve souvent des surprises désagréables. Particulièrement redoutée car mal connue et donc mal comprise, cette épreuve fait souvent l'objet d'accusations d'opacité, par des étudiants qui s'en remettent en vain à la chance pour obtenir un bon résultat. Or, l'épreuve d'entretien aux concours est régie par des principes et des règles qu'il est possible de clarifier, de manière à proposer des conseils de préparation efficaces, d'autant plus indispensables que l'épreuve évalue les capacités du candidat bien au-delà de ses simples connaissances. Ce sont les objectifs que poursuit cet ouvrage. Il s'adresse à tous les étudiants qui présentent des concours dans lesquels figure ce type d'épreuve: concours administratifs, concours d'entrée en école de commerce, d'ingénieur, ou à certaines formations universitaires (entrée en 3e cycle, magistère)... Biographie de l'auteur Jean-Philippe Cavaillé est diplômé de l'IEP de Paris et de l'ESSEC, ancien moniteur en droit privé de l'Université Paris II Panthéon Assas et formateur dans le cadre de préparations aux concours administratifs.
Résumé : " Une peinture est un tout organisé, un ensemble de formes (lignes, surfaces colorées...) sur lequel viennent se faire ou se défaire les sens qu'on lui prête. Le contenu de cet ensemble n'est pas un équivalent d'émotion, de sensation, il vit de lui-même. Ces relations entre les formes sont un transfert de relations de l'univers à une autre signification. Dans ce qu'elle a d'essentiel la peinture est une humanisation du monde. " Pierre Soulages (1948) Voici réunis, dans leur variété, leur constante et exemplaire rigueur, quelques-uns des textes et entretiens de Pierre Soulages. Ils explicitent pour nous son oeuvre immense.
Nous vivons une époque paradoxale : les extraordinaires progrès scientifiques et techniques des dernières décennies ont bouleversé notre existence, mais, dans le même temps, un fulgurant retour de la barbarie sape nos valeurs laïques fondamentales, héritées des Lumières. Religions et utopies sociales, ces illusions dangereuses constituent la pire malédiction de l'humanité ; elles assaillent notre liberté de penser et de nous exprimer librement. Elles nous imposent leurs critères absolutistes du Bien et du Mal ainsi leur foi dans un au-delà ou un avenir radieux chimériques. Leur but est évident : nous empêcher de vivre sereinement et nous priver du bonheur quotidien. Dès lors, l'alternative est tranchée : Homme ou Dieu ? Raison ou foi ? Plaisir ou ascèse ? Vivre ici et maintenant ou attendre la vie après la mort ? Ce livre très documenté n'en est pas moins un ouvrage grand public : écrit dans un style simple et accessible, il se veut un essai-coup de poing, un pamphlet choc et sulfureux pour nous libérer des fausses promesses et des mensonges qui nous emprisonnent.
Les technologies visant à augmenter les capacités physiques et psychologiques des soldats ont toujours fait partie intégrante de l'histoire militaire. Toutefois, les recherches actuelles n'ont plus rien à voir avec les expériences du passé, à tel point qu'il est désormais possible de parler d'une révolution de la condition humaine qui mènera à plus ou moins brève échéance à une situation où les guerres du futur seront menées par des "super soldats". Cette possibilité, qui est de plus en plus réelle et inévitable, mais qui demeure étonnamment négligée par les éthiciens, ouvre la porte à une série de questions fondamentales : ces technologies sont-elles moralement problématiques ? Si elles sont permises, en vertu de quels critères est-il possible de distinguer celles qui sont acceptables de celles qui ne devraient pas être tolérées ? Ces innovations vont-elles enfreindre les principes moraux de la "guerre juste" ? Quels devraient être les paramètres éthiques du développement de ces technologies ? Ce premier ouvrage en langue française sur le soldat augmenté cherche à répondre à ces questions. Refusant d'adopter un point de vue manichéen sur cette question, Jean-François Caron explique que les nouvelles technologies d'augmentation entraînent un dilemme moral important. D'un côté, elles peuvent être interprétées comme une obligation morale de la part de l'armée à l'égard des soldats. De l'autre, elles peuvent également entraîner des violations des règles de la guerre. A la lumière de cette tension, l'auteur propose une vision nuancée des tenants et aboutissants de ces technologies militaires et suggère un cadre éthique original permettant de délimiter leur développement et leur utilisation.
Cénat Jude Mary ; Cyrulnik Boris ; Dérivois Daniel
Même si, avec plus de 200 000 morts et des dizaines de milliers de blessés, le séisme du 12 janvier 2010 a déjà suscité nombre de réflexions sur l'histoire et la population haïtiennes, on a rarement l'occasion de lire des témoignages aussi poignants ainsi qu'une fine analyse des traumatismes et de la résilience des survivants. Tout le monde s'en souvient : isolés, sans abri, sans nourriture, débordés par la dévastation et dans l'attente des secours, les insulaires ont vécu parmi les morts et avec les morts pendant de nombreuses semaines. Ces témoignages de survivants nous font précisément entrer dans cet enfer, dans le récit d'une souffrance insupportable, mais qui refuse toute attitude condescendante. Par-delà blessures et amputations, le dialogue avec l'auteur laisse lentement apparaître les voies salutaires de la résilience, une sortie proprement humaine vers la vie, comme une renaissance que donne en partage le peuple haïtien à l'humanité entière. Cela nous donne un ouvrage touchant, rigoureux et engagé. Un ouvrage édifiant.