Editorial Résumés et abstracts Jean-Daniel Causse Le Sermon sur la montagne : critique freudienne et redéploiement éthique Jean-Daniel Causse, professeur de théologie systématique et d'éthique à l'Institut protestant de théologie de l'Université de Montpellier, poursuit par son article la réflexion que la revue mènera tout au long de cette année sur le Sermon sur la montagne. Partant de la critique freudienne, il dessine ici les traits d'une éthique tout à fait garantie à partir de Matthieu 5, contre la pensée de Freud, s'appuyant sur la lecture de Lacan et la pensée de Paul Ricoeur, celle de Jacques Derrida ou encore les débats entre Jean-Luc Nancy et Alain Badiou Emmanuel Housset La douceur de la patience Emmanuel Housset, maître de conférence à l'Université de Caen, rappelle la place quasi absente de la vertu de patience dans l'histoire de l'éthique après la période médiévale, et constate sa réapparition sous la forme de constance/persévérance. Comprendre ce que " prendre patience " veut dire nécessite une approche phénoménologique de la sensibilité, pour réactiver l'antique valorisation de la patience. La patience est un mode fondamental de l'être au monde, qui consiste dans une confiance en la manifestation des êtres, et il s'agit donc de savoir dans quelle mesure l'analyse phénoménologique contemporaine peut réactiver l'ancienne valorisation de la patience, en lui donnant une signification très élargie de façon à montrer en quoi le fait d'être passible n'est pas un obstacle à la liberté de la connaissance et de l'action, mais sa condition Dominique Foyer Une notion en débat : la " laïcité positive " Dominique Foyer, professeur de théologie à l'Institut catholique de Lille, analyse attentivement les derniers discours du Président Sarkozy (Discours du Latran, discours de Riyad, discours au CRIF). La notion de " laïcité positive " employée dans le Discours du Latran apporte-t-elle du neuf dans la réflexion actuelle ? Le pacte républicain français est-il modifié, mis en péril ? Peut-on risquer sur ces questions une appréciation éthique et théologique ? Maintenant que les vagues et les remous se sont un peu apaisés, voici une évaluation Jacques Massion Pour une morale dynamique et ouverte aux soignants Jacques Massion, professeur émérite de l'Université catholique de Louvain (UCL) et membre de la Commission d'éthique biomédicale hospitalo-facultaire de I'UCL, part du constat de l'existence d'un fossé qui sépare souvent, d'un côté, les praticiens de terrain face aux demandes adressées dans le contexte de la souffrance et de l'angoisse par des patients et, de l'autre, les référents moraux, philosophiques, religieux ou politiques sur ces questions. Voici le fruit de sa réflexion et sa tentative pour dépasser l'impasse actuelle Jean-Yves Calvez - Marie-Jo Thiel Chroniques - "Jean-Yves Calvez, du Centre Sèvres (Paris), fait écho à l'article de Dominique Foyer, d'un point de vue plus théorique. Il redéfinit ici deux aspects, deux niveaux, passablement divers, l'un et l'autre cruciaux, du mot laïcité : la laïcité distinction, séparation ou indépendance mutuelle entre Etat et Eglise ; la laïcité respect mutuel des convictions suprêmes des citoyens - important elle aussi à l'Etat même" - Marie-Jo Thiel, enseignante à la faculté de théologie catholique de l'université Marc-Bloch à Strasbourg commente quatre points relevant de la problématique éthique engendrée par les progrès de la bioéthique. Le chantier est immense, le défi sans précédent pour notre société comme pour notre Eglise. Véritable épreuve au double sens de ce mot, Marie-Jo Thiel évoque ici : la recherche scientifique autour du vivant, la rigueur dans la complexité, la responsabilité modulée par la souffrance, et enfin, la communication Comptes rendus critiques
Loin de toute adhésion confessionnelle, Jacques Lacan se réfère au christianisme comme à un fait de langage majeur. Saint Augustin, notamment, ne cesse de l'inspirer tout au long de son enseignement. Quelle place le christianisme occupe-t-il dans l'oeuvre de Lacan ? Quelle lecture critique en propose-t-il ? Ce sont ces questions, souvent passées sous silence, qu'aborde ce livre. Jean-Daniel Causse met en lumière les ressorts de l'interprétation que Lacan propose de différents motifs du christianisme : la croyance et la foi, l'athéisme et la mort de Dieu, l'amour et la jouissance, la loi et la grâce, ou encore sa théorie de l'excès. Lacan et le christianisme est un ouvrage novateur, essentiel pour saisir les relations complexes entre religion et psychanalyse dans le monde contemporain, et leurs manières distinctes de penser la question de la vérité.
Biographie de l'auteur Né en 1962, Jean-Daniel Causse est professeur à l'Université Paul-Valéry Montpellier III où il dirige le Département de psychanalyse. Il enseigne également l'éthique à la faculté de Théologie protestante de Montpellier. Aux éditions Labor et Fides, il est notamment l'auteur de La haine et l'amour de Dieu (1999).
Dans un temps où la figure de l'enfant fait l'objet de nombreuses captures fantasmatiques, comment repenser la notion de filiation? La thèse de cet ouvrage est que le mot "fils" est une définition de notre propre humanité. La filialité, en son sens profond, signifie la nécessité de reconnaître une "précédence", c'est-à-dire le fait que nul ne peut se situer à l'origine de lui-même. C'est pourquoi l'obsession contemporaine d'un individu qui pourrait s'auto-fonder est justement à comprendre comme une haine, souvent masquée, de la filiation. Une telle haine trouve de multiples expressions, notamment le désir que le "fils" ne soit pas le nom de la nouveauté, mais seulement une perpétuation de ce qui a été. Revisiter quelques grands lieux de la pensée permet sans doute le recul nécessaire pour affronter les questions d'aujourd'hui. C'est ce qui donne forme au parcours proposé: le mythe freudien de Totem et tabou, le récit de la tour de Babel et l'histoire du patriarche Abraham, l'émergence de Dieu sous la figure du Fils dans le christianisme, l'articulation d'une fraternité et d'une filialité, une relecture de l'affirmation de Jacques Lacan selon lequel il n'y a pas de rapport sexuel et ses effets sur une pensée de la filiation.
La foi chrétienne n'est pas un savoir, mais la rencontre avec un homme crucifié, moqué par ses tortionnaires, mais déclaré "fils de Dieu" par un soldat témoin de son agonie (Mc 15. 39). Paradoxe étonnant qui nous dépouille de nos croyances archaïques pour nous laisser aller nus, tel le jeune homme s'enfuyant lors de l'arrestation de Jésus (Mc 14. 52) ! N'y a-t-il pas là, au pied de la croix comme au seuil du tombeau vide, une parole qui questionne radicalement les 'religieux' que nous sommes parfois, protégés de toute interpellation par des constructions doctrinales verrouillées ? Effectuer une traversée du christianisme, c'est creuser en soi, toujours plus profondément, le sillon qui distingue la foi de la croyance, comme il distingue aussi la foi de l'incroyance. C'est ouvrir des chemins surprenants où peut se faire entendre l'actualité insoupçonnée de la foi chrétienne. Bien plus qu'un parcours exploratoire du dogme chrétien, Traversée du christianisme, est l'occasion de comprendre que la vie jaillit toujours d'une blessure : de soi, du monde, de Dieu même. Le brillant dialogue entre Elian Cuvillier, le bibliste, et Jean-Daniel Causse, spécialiste de l'éthique et de la psychanalyse aborde le christianisme sous l'angle de l'exégèse, de l'anthropologie et de la psychanalyse. Jean-Daniel Causse est décédé en 2018. Ce livre veut lui rendre hommage.
La Traduction Oecuménique de la Bible (TOB), publiée en 1975, a marqué un tournant dans la longue histoire de la traduction de la Bible. Pour la première fois au monde, des biblistes catholiques, protestants et orthodoxes travaillaient ensemble pour produire une traduction moderne dont la fiabilité et le sérieux sont aujourd'hui reconnus par tous. La Bible TOB a bénéficié depuis d'importantes révisions, en 1988 et 2004, proposant un texte plus précis et harmonieux et prenant en compte les avancées de la recherche biblique. Cette édition 2010 comprend de nouvelles actualisations des notes et introductions, avec quelques corrections de la traduction. Elle porte la même exigence de clarté de la langue et de fidélité au texte source. La TOB 2010 constitue aussi un événement éditorial et oecuménique sans précédent: pour la première fois dans l'histoire de la Bible en langue française, elle intègre un ensemble supplémentaire de six livres deutérocanoniques en usage dans la liturgie des Eglises orthodoxes 3 et 4 Esdras, 3 et 4 Maccabées, le Psaume 151, la Prière de Manassé. Avec des introductions générales, une introduction à chaque livre, des notes essentielles sur les particularités du texte, un tableau chronologique, un tableau synoptique, un glossaire et huit cartes couleur, la TOB 2010 est tout indiquée pour se plonger dans les récits plusieurs fois millénaires de la Bible, tels qu'ils ont été reçus dans les diverses traditions juives et chrétiennes.
Résumé : Pour commémorer ses douze années passées sur le siège de Pierre, voici un livre photos retraçant les grands moments du pontificat de François : le pape apparaissant au balcon de Saint-Pierre de Rome, à Lampedusa avec les migrants, les cérémonies de Pâques pendant la période du confinement, l'ouverture des portes saintes du jubilé. Autant d'événements, heureux ou graves, dont il faut se souvenir. Ouvrir ce livre consacré au pape François, c'est se rappeler son immense action pastorale : l'intérêt consacré aux Eglises d'Amérique du Sud, d'Afrique ou d'Asie, le souci des pauvres retrouvé, l'attention portée aux périphéries... Autant de choses qui révèlent la préoccupation du pasteur, que chacun trouve sa place dans l'Eglise. François, c'est aussi un héritage théologique majeur : la prise de conscience, au sein de l'Eglise, de la crise écologique et l'initiation d'une réflexion théologique ; l'accueil fait aux divorcés-remariés. Tout cela, c'était François. Pour ne pas oublier.
Résumé : Cette synthèse, remarquable et accessible, sur les débuts du christianisme nous conduit des années de prédication de Jésus en Galilée et en Judée, de sa mort ignominieuse, et de la diffusion complexe et diverse de son souvenir et de son héritage dans l'Empire romain, jusqu'à la constitution d'une "mémoire officielle" et institutionnelle qui donnera un corpus canonique d'écritures. Pour quelles raisons la mort infamante de Jésus n'a-t-elle pas mis fin à ce mouvement à l'intérieur du judaïsme de l'époque ni arrêté la diffusion de son message aux frontières d'Israël ? Comment, à partir du second siècle, s'est constitué un système doctrinal et spirituel qui a pu s'imposer à l'Empire romain ? Enrico Norelli montre la diversité étonnante des modèles de foi qui aura permis la naissance et surtout le développement de la doctrine chrétienne. Il explique pourquoi certains de ces modèles se sont imposés au détriment d'autres. Il aborde de nombreuses questions relatives à cette construction : la lecture de la Bible, la constitution de l'Eglise, Marcion, le judéo-christianisme, l'influence et le rôle de Paul, la constitution d'un canon écrit à la confluence de mémoires plurielles...
Résumé : Ecrire en 100 dates l'histoire de l'Eglise, l'une des plus vieilles institutions religieuses au monde, voilà le pari insensé de ce petit livre ! D'emblée, quelques dates célèbres s'imposaient. Pourtant, elles ne suffisaient pas. C'était compter sans certains détails qui, parfois, font sens, et des acteurs secondaires qui n'en ont pas moins joué un rôle significatif. Au fil de chemins de traverse se dessine ainsi un autre visage de l'Eglise. Mais au juste, qu'appelle-t-on "Eglise" ? L'Eglise catholique, apostolique et romaine ? L'Eglise au sens sociologique et protestant du terme ? Les Eglises ? De l'exercice banal, en histoire, de la frise chronologique, Bénédicte Sère fait un jeu, pour éveiller la curiosité, brouiller les catégories, ouvrir de nouveaux horizons...
D'innocentes jeunes femmes enfermées au couvent à leur corps défendant : voilà une image héritée des Lumières dont il est bien difficile de se départir... Si la part des vocations forcées doit être relativisée, comment expliquer qu'au xviiie siècle, deux tiers des établissements détenant des " correctionnaires " étaient les communautés religieuses ? Aude Loriaud se penche sur l'évolution de ces microsociétés à la suite du concile de Trente qui imposa, en 1563, la clôture stricte comme condition de la vie religieuse féminine. Le contrôle des couvents devint alors un véritable enjeu de pouvoir politique, religieux et familial car ces refuges n'en n'étaient pas moins centres de régulation sociale, rouages de l'institution judiciaire, sanctuaires de la réputation des familles et lieux de conversion et d'éducation en plein coeur battant des villes. Des puissantes supérieures rompues aux exercices juridiques, aux détenues des " chambres de force " , se dessine une grande diversité de conditions féminines, qui renseigne en filigrane sur la vie des femmes de l'époque moderne. A l'affût de toutes les sources, et même les plus discrètes, Aude Loriaud rétablit ici l'histoire des femmes dans les couvents et fait à nouveau résonner leurs voix.